Marche

MOUVEMENT POPULAIRE ET CITOYEN : Forte mobilisation au 41e vendredi

Des milliers de manifestants, venus de différentes régions du pays, ont sillonné, hier, les rues et autres ruelles de la capitale, Alger, comme un peu partout à travers le territoire national, pour marquer le 41e vendredi consécutif du mouvement populaire pacifique en marche depuis plus de neuf mois maintenant.

Le premier carré de manifestants s’est constitué au boulevard Didouche Mourad, avant de prendre le chemin vers la place Maurice Audin, point de chute habituel des marches précédentes. La situation était plutôt tendue sur place après une intervention musclée des forces de l’ordre, déployées en force depuis jeudi, et l’arrestation de quelques militants du mouvement citoyen. La situation a failli dégénérer si ce n’est le rappel à l’ordre des personnes âgées et autres militants en entonnant le slogan « Silmia Silmia  » pour calmer les esprits. Et, depuis, tout semble rentrer dans l’ordre.
Les manifestants, jeunes et moins jeunes, des personnes âgées et des femmes, scandaient à l’unisson des slogans hostiles au pouvoir, dont certains sont connus, et d’autres actualisés, comme à l’habitude, selon l’évolution de la situation politique dans le pays, pour réitérer au pouvoir le refus de la prochaine élection présidentielle, dans les conditions actuelles, et avec le même système. Les rangs des manifestants grossissaient, peu à peu, au fur et à mesure que la procession avançait pour faire boule de neige en un laps de temps. Les manifestants ont fustigé les magistrats de Sidi M’Hamed ayant condamné injustement plusieurs manifestants pour de lourdes peines de prison, soit pour le port de l’emblème amazigh, ou juste pour avoir participé aux différentes manifestations de mardi et vendredi.   »Libérer les détenus », « Qodhat Sidi M’Hamed fi khidmet  anidham » ( Les juges de Sidi M’Hamed au service du pour voir), »makenche intikhabet m3a el 3issabat »,(Pas de vote avec la bande), « rana wled A3mirouche wallour manwalouche », (Nous sommes les descendants de Amirouche, et on fera pas marche arrière), ou encore « Dawla madania machi 3askaria » (État civil et non militaire), sont entre autres les slogans phares de ce 41e acte de la révolution pacifique du 22 février.
La rue Didouche, la place Maurice Audin, la Grande-Poste, le jardin limitrophe de celle-ci, et plusieurs axes menant vers Bab El-Oued, sont quadrillés par un impressionnant dispositif sécuritaire, notamment les fourgons cellulaires dépêchés en grand nombre sur la capitale depuis jeudi, où la manifestation nocturne a été empêchée, et l’opération « Deg El Mahraz » a été interdite. Mais les Algérois ont eu l’ingéniosité de maintenir cette opération à partir de leurs foyers.
À 15 h 00, difficile de se frayer un chemin parmi la foule, après l’arrivée des autres « contingents » de manifestants, venus des quartiers populaires Beb El-Oued, la Casbah, et la place des Martyrs, dans un civisme exemplaire, loin de toute scène de violence.
Les manifestants reprenaient en chœur les slogans du mouvement tout au long de la manifestation, sous le rythme de la derbouka, le tambour, et les youyous de nombreuses femmes présentes sur les lieux lors de cette journée bien ensoleillée, encore illustrée par la présence de beaucoup de parents accompagnés de leurs petits, sous les couleurs du drapeau national, et l’emblème amazigh qui était également présent à la place Maurice Audin.
À moins de quinze jours du scrutin présidentiel contesté, le bras de fer, engagé contre le pouvoir en place, semble s’installer dans la durée, à tel point que chaque partie campe sur ses positions.
Brahim Oubellil