Hassan II et Shimon Peres

Maroc : Quand Hassan II évoquait ses relations avec Israël

Si les dernières semaines l ‘établissement de relations diplomatiques officielles des monarchies du Golfe a été perçu comme une trahison, non seulement par les peuples et des responsables de la région, mais également des femmes et des hommes libres à travers le monde, le royaume chérifien a préféré, voyant cette vague d’indignation, temporiser l’officialisation de ses relations avec Israël, poursuivant à les entretenir, comme des décennies auparavant, à l’abris des projecteurs pour ne pas s’attirer les foudres du peuple marocain et des autres peuples, dont ceux de notre région.

Bien avant l’annonce par le locataire de la Maison Blanche, Donald Trump, en janvier 2020, du « deal du siècle», un plan en violation du droit international, mis en marche depuis, en s’appuyant, sans surprise, sur les monarchies arabes qui, moins d’une année après, forment la file d’attente pour la « normalisation », à tour de rôle, de leurs relations avec l’entité sioniste, après l’avoir entretenu des décennies durant, selon leurs déclarations, les rapports et les articles de presse, dont ceux israéliens. Des annonces d’officialisation des liens entretenus dans divers domaines, principalement sécuritaires et de renseignements, depuis des décennies, entre les Rois et princes arabes et les différents gouvernements israéliens qui se sont succédé à Tel-Aviv. Le royaume chérifien n’ayant pas fait l’exception, sur fond des similitudes entre sa doctrine et celle d’Israël, doctrine constituant le ciment sur lequel s’est appuyé le système monarchique au Maroc pour perdurer, à savoir la non-reconnaissance par celui-ci de ses frontière, exigée par la nature de la doctrine expansionniste de Rabat, bien avant son occupation en 1975 des territoires du Sahara Occidental. Bien avant cette date, le royaume marocain revendiquait, en effet, et continue d’ailleurs de le faire, par des déclarations de responsables politiques marocains, la Mauritanie, le Sénégal ainsi que des régions de l’Ouest de l’Algérie, pays ayant repoussé l’agression militaire marocaine en 1963, par la riposte armée du peuple algérien, alors qu’il soignait encore ses blessures de sa Guerre de libération contre la colonisation française, jusqu’à arracher son indépendance, en juillet 1962.

Du roi Hassan II à Mohammed VI, des décennies de relations étroites avec l’entité sioniste
Préférant maintenir ses relations avec Israël derrière les rideaux feutrés et les couloirs du Palais royale, Andrey Azoulay, la carte maitresse d’Israël au Palais durant des décennies, conseiller du Roi Hassen II, puis de son héritier Mohamed VI, a tissé les liens entre Rabat et Tel-Aviv, dans divers domaines, du sécuritaire, au renseignement, en passant par les secteurs de la culture, l’économie et autres. Le Maroc ayant entretenu des liens étroits avec l’Entité sioniste, depuis les années soixante, a tout au long de ces années rendu bien des services aux différents gouvernements qui se sont succédé en Israël, et l’entité sioniste le lui a bien rendu, pour ne citer que sa contribution et supervision dans la construction du mur de la honte au Sahara Occidental et son travail de lobbying à Washington, en faveur de la colonisation marocaine des territoires sahraouis. Alors qu’en 1992, le Roi Hassen II déclarait avec un air de fierté, que « peu de pays pouvaient se vanter d’avoir comme le Maroc 750 000 fils comme ambassadeurs en Israël », le royaume chérifien accueillait déjà, bien avant cette date, les dirigeants israéliens, traitait avec les responsables de l’entité sioniste depuis les années 60, comme le rappellent, ces dernières semaines, des médias étrangers et israéliens, pour évoquer la perspective de la « normalisation » des relations entre Israël et Rabat, « une suite logique » selon des médias israéliens. Plus récemment encore, lors d’une rencontre, en mai 2006, sur l’environnement organisée en France, à laquelle participaient des villes jumelées avec la ville française Nîmes, le maire de Meknès déclarait, qu’ « il aurait voulu être le premier maire islamiste à conclure un jumelage avec une ville israélienne ». Les médias, des rapports, des études de recherches israéliennes ont de tout temps eu à traiter, durant des décennies, les relations bilatérales entretenues officieusement entre le royaume chérifien et Israël. Qu’il s’agisse des questions politiques, de renseignements et de surcroît du rôle et de l’apport des israéliens d’origine marocaine, non seulement dans la consolidation des liens entre Rabat et Tel-Aviv, mais dans l’exercice de la politique coloniale israélienne en Palestine ou des agressions contre des pays arabes tels le Liban et la Syrie.
L’actuel gouvernement de Netanyahu compte la présence de 10 ministres d’origine marocaine sur un total de 34, « un chiffre inédit », selon la presse de l’entité sioniste et même marocaine. Bien que ces deux systèmes politiques coloniaux, -le Maroc au Sahara occidental et l’entité sioniste en Palestine- n’affichent pas officiellement leurs relations bilatérales, préférant l’entretenir à l’abri des marocains et des peuples de la région nord-africaine et arabe, le Maroc accueille des dirigeants israéliens et des Israéliens sont autorisés à fouler le sol marocain, comme le rapportent des médias étrangers et israéliens, outre l’expression récurrente des citoyens marocains s’opposant à la présence israélienne, dès que l’information réussit à sortir des murs des palais et des résidences royales.

Le Maroc entretient depuis longtemps des liens informels mais étroits avec Israël, notamment dans le domaine du renseignement
Si Rabat n’ose pas franchir le pas d’annoncer officiellement ses relations avec Israël, pour les raisons dont celles évoquées plus haut, le timing de l’annonce par Rabat de l’ouverture du consulat d’une des monarchies du Golfe, les Emirats arabes unis dans la ville occupée du Sahara Occidental, Lâayoune, est loin d’être une coïncidence ou un fait de hasard. C’est au bout du quelques semaines de la normalisation des relations entre Abu-Dhabi et l’entité sioniste que Rabat fait l’annonce d’une présence consulaire d’Abu-Dhabi sur un espace géographique, Laâyoune, au Sahara Occidental, occupé, que nul pays à travers le monde ne lui reconnait la souveraineté, comme l’exige le droit international, pour une question de décolonisation inscrite à l’ONU. Les Emirats arabes unis ayant joué par le passé le rôle d’antenne d’Israël dans la région du Golfe, semblent avoir été sommés par sa présence dans la région nord-africaine, Mauritanie, Mali, Libye, et plus récemment au Sahara occidental de jouer ¨ce même rôle d’antenne pour Israël. Les traditions et les pratiques longtemps enracinées, entre Rabat et Tel-Aviv, du temps du règne de Hassen II, ne pouvaient que s’enraciner davantage et se perpétuer, depuis l’arrivée de Mohamed VI sur le trône à ce jour. Déjà, dans les années 80, parmi les conseillers du roi Hassen II, outre le plus puissant de ses conseillers, l’Israélien Andrey Azoulay, il y a avait le gendre d’un député israélien à la Knesset, David Amar, au poste de conseiller économique du roi Hassen II. En 1995, un journal israélien a publié dans sa Une une série d’articles sur les liens entre la monarchie marocaine et Israël et le travail accompli par le Roi Hassen II, dont son fils Mohamed VI en a hérité et continue à promouvoir. Dans un de ces articles, il a été indiqué que « la brèche que le roi Hassan II a ouverte aux Israéliens se creuse de jour en jour » avant d’indiquer que « le gouvernement « israélien (NDLR) s’essaie à contenir le déluge des dizaines d’hommes d’affaires et de représentants de commerce cherchant des relations au sommet du gouvernement marocain ». Et ces dernières années, la presse israélienne fait état « de la présence du Maroc officiel à l’intérieur de l’espace public israélien », outre les formations cycliques que dispensent des éléments des services de sécurité israéliens, dont certaines se sont déroulées sur le sol marocain.
Karima Bennour