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MARCHES, SIT-IN ET CONFÉRENCES-DÉBATS POUR LA MÉMOIRE DES ÉTUDIANTS DE LA RÉVOLUTION DE NOVEMBRE : L’esprit du 19 Mai 1956 pour éclairer le chemin de lutte d’aujourd’hui

L’Algérie, à travers la communauté estudiantine, célébrera, aujourd’hui, une date historique, qu’est le 19 mai 1956. La célébration du 63e anniversaire de la grève illimitée lancée par l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA) en réponse à l’appel du Front de libération nationale (FLN), pour rejoindre les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN) contre l’invasion coloniale française.

Une date qui nous rappelle ainsi, l’engagement des étudiants algériens qui ont tout quitté afin de contribuer à renforcer les rangs du peuple, de ces cadres jeunes en tirant profit de leurs compétences et ainsi lutter pour l’Indépendance de l’Algérie. Ce qu’il faut retenir pour la célébration du 63e anniversaire de la journée du 19 mai historique de cette année, les festivités de celle-ci, ne sont définitivement pas comme les autres. Il y a quelques années, l’université a été accusée de tous les maux et l’étudiant occupé par le souci du chômage qui le guette à la fin des études supérieures, n’occupe plus aucun rôle dans son environnement immédiat. Ils n’étaient plus engagés politiquement, avant le 22 février historique, et ne reconnaissaient même plus l’héritage que lui ont légué leurs aînés. Aujourd’hui, après les premières marches populaires pacifiques, l’expression pour le changement revient sans cesse et la communauté estudiantine ne cesse de forcer le respect à travers l’organisation des étudiants et étudiantes qui sont au rendez-vous des mardis. Donc, la célébration du 19 mai, durant le rendez-vous d’aujourd’hui, avant leur 13ème mardi, devenue depuis le 26 février dernier historique, une tradition des marches pacifiques de la communauté estudiantine à travers le pays, rythment l’action de soutien aux revendications légitimes du peuple. Les étudiants comptent faire entendre leurs voix pacifiquement, simultanément au sein des campus et dans les rues et espaces publics notamment à la capitale, pour que «l’esprit du 19 mai ne s’éteigne pas,» selon leurs termes.
Le rendez-vous d’aujourd’hui, s’annonce mobilisateur en dépit du jeûne et de la chaleur qui caractérise le mois sacré de cette année, selon le monde universitaire, à travers les réseaux sociaux, notamment sur l’espace bleu, facebook, où d’ailleurs, l’appel d’une importante mobilisation à travers le pays, était déjà en ligne, au moment où nous mettons ces lignes sous presse, hier.

Les étudiants au rendez-vous avec l’histoire
Les étudiants ont multiplié les réunions et les débats ces jours-ci en vue de faire de la journée de ce dimanche, un rendez-vous inoubliable, comme nous l’a affirmé hier, un étudiant de l’Université des Sciences et de Technologies, Houari Boumedienne (USTHB) de Bab Ezzouar, Alger, qui nous a expliqué que « la communauté estudiantine veut marquer cette journée qui symbolise l’engagement et la lutte des étudiants pour la libération nationale.»
Poursuivant, il nous indique que «des marches, des sit-in et plusieurs activités et thématiques sur la célébration de la journée du 19 mai, sont prévus dans les établissement universitaires à travers le pays, pour célébrer la date du déclenchement de la grève générale illimitée du 19 mai 1956, sans oublier de rendre hommage aux héros de la jeunesse du savoir et de la connaissance de l’époque, tels Abderrahmane Taleb, et Maurice Audin. »

L’effigie de Taleb Abderrahmane flotte chaque mardi
Dans ce sens, notre interlocuteur a rappelé qu’un étendard à l’effigie de Taleb Abderrahmane revient flotter durant la mobilisation estudiantine des mardis à Alger, où les marcheurs commencent par entonner Qassaman, suivi d’applaudissements avant que le cortège enchaîne par des salves de «Dégage !» en tapant dans les mains.
Pour l’histoire, il y a 61 ans, le 24 avril 1958, le jeune Taleb Abderrahmane est guillotiné à la prison de Serkadji. Avant son exécution, il lance à l’adresse de ses bourreaux : “Pour ma patrie, pour mon idéal et pour mon peuple, périr n’est qu’un sublime sacrifice auquel je suis résigné… Je saurai mourir. L’Algérie sera libre envers et contre tous.” En 1955, pendant les vacances universitaires, il forme les artificiers de l’ALN. L’année suivante, il intègre l’Armée sous le nom de Mohand Akli, mais il sera vite rappelé à la Zone autonome d’Alger (ZAA), pour mettre à exécution son projet de fabrication de bombes, dans la lutte contre le colonialisme français.

«Un tournant décisif de notre révolution»
Il y a lieu de noter dans ce sens que des conférenciers, réunis mercredi dernier à Alger, lors d’une conférence organisée au forum du journal El-Moudjahid, ont révélé que la grève déclenchée le 19 mai 1956 par les étudiants algériens, en pleine guerre de libération nationale, a eu un « impact important » sur la Révolution qui a mené à l’indépendance du pays.
L’un d’eux, le moudjahid Laïd Lacheguar, a soutenu à cette occasion que «la grève des étudiants a été un élan du cœur dont nous sommes fiers. Elle a eu un impact très important sur la Révolution algérienne au moment où la France véhiculait l’idée que l’élite intellectuelle n’y était pas engagée », a soutenu le moudjahid Laïd Lacheguar. De son côté, Mohamed Lahcène Zeghidi, universitaire et chercheur en histoire, a qualifié la grève des étudiants en 1956 de « tournant décisif » dans l’évolution de la guerre de libération nationale, ajoutant que les lycéens qui avaient renoncé aux examens du Baccalauréat, ont constitué la « pépinière » du Mouvement de libération nationale. Selon les historiens toujours, les jeunes étudiantes et étudiants de l’époque, étaient conscients de la justesse de la Guerre de libération nationale. Ils ont démontré qu’ils avaient un degré élevé de conscience politique et d’engagement nationaliste, vu qu’ils savaient, selon les historiens, que les diplômes que l’administration coloniale distribuait au compte-gouttes aux algériens ne leurs serviraient à rien, notamment qu’à ce moment notre peuple luttait héroïquement.

On y prépare activement «La grande marche»
Les étudiants des différents établissements universitaires de la Capitale et de ses environs à savoir de Blida, Tizi-Ouzou Koléa et Boumerdès n’ont pas attendu la veille pour préparer la célébration de cette journée.
Ils se préparent à envahir les boulevards d’Alger, depuis plusieurs jours déjà, outre les rencontres et débats dédiés à la journée du Mardi, le rendez-vous habituel de la communauté estudiantine à travers le pays, depuis le 26 février dernier.
Jointe hier par téléphone, Melissa, étudiante et membre du collectif des étudiants de l’École nationale polytechnique nous a affirmé que «les étudiants passent depuis plusieurs jours des heures à se concerter dans leurs campus respectifs, dans des salles dédiées à la préparation des banderoles, dont les ateliers se tiennent chaque lundi : slogans et chants à interpréter durant la marche prévue ce dimanche, à la Grande-Poste, Alger.»
Cela avant de nous indiquer que «les étudiants préparent des brochures qui seront distribué ce dimanche mardi prochain.» À noter que le rendez-vous d’aujourd’hui, coïncide dans de nombreux établissement universitaire avec le calendrier des examens, qui ont débuté samedi (hier). Sauf que les étudiants, comme ceux de Dely Brahim, ont exprimé leur volonté à marquer cette journée par un Sit-In à la fin de l’examen prévu ce dimanche. Selon Melissa, la mobilisation du monde universitaire pour le départ du système en place pour bâtir un État de droit doit être «maintenue durant le rendez-vous du monde universitaire», soit chaque mardi. Poursuivant, elle nous affirme que «nous, étudiants maranache habssine, fi Ramdhane khardjine» (On ne s’arrêtera pas, chaque mardi, on sortira malgré le Ramadhan : NDLR).»
Elle ajoute également que «la communauté estudiantine reste entièrement engagée aux côtés du combat pacifique de notre peuple, pour une nouvelle Algérie du respect des droits, de la liberté et de la dignité», cela avant de préciser que « la communauté estudiantine veut un vrai État de droit et une vraie transition gérée par le peuple. Et des élections transparentes, et qu’en tant qu’intellectuels algériens on se sent responsable. L’étudiant de nos jours veut être le cœur battant d’une nouvelle ère de l’Algérie démocratique.»
Mohamed Amrouni