Hirak

MARCHES ET RASSEMBLEMENTS LE JOUR DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES : «Le mouvement populaire ne baisse pas les bras»

La journée d’hier ayant été marquée par des marches populaires grandioses à Alger comme ailleurs pour exprimer le rejet des élections présidentielles organisées la même journée laisse présager la détermination du peuple à poursuivre son mouvement pacifique entamé le 22 février pour un changement radical du système en place. Plusieurs personnalités, dont des membres actifs du hirak que nous avons fait réagir, ont laissé entendre à l’unanimité que la révolte des Algériens continuera même après le 12 décembre, leurs revendications n’étant pas encore été satisfaites.

Louisa Ait Hamadouche, politologue:
«Aujourd’hui (hier NDLR) nous vivons deux processus simultanés, il y a d’un coté un processus technique qui consiste à organiser une élection de la même façon avec laquelle elles ont toujours été gérées à savoir une mobilisation médiatique importante, et une communication politique dominante, et de l’autre ; un aspect sociopolitique qui est en total décalage avec le premier. Les précédentes élections ont été marquées par une indifférence de l’opinion publique, aujourd’hui cette indifférence est remplacée par une contestation active. La poursuite du mouvement populaire même le jour des élections et même après l’annonce des résultats du scrutin est logique dans la mesure où ses revendications n’ont pas été satisfaites. Ce n’est pas une surprise, elles sont la poursuite d’un processus. Il faut dire que le plus important est que cette deuxième facette reste constructive et pacifique. D’autre part, la rationalité voudrait que le prochain président tente de compenser son déficit de légitimité avec des procédures d’ouverture et d’apaisements envers l’opposition. Renforcer la répression après le 12 serait allé à contre- courant de cette logique.»

Boualem Amoura, syndicaliste:
«En ce qui concerne cette journée du 12 décembre, le peuple algérien a dans sa majorité dit son mot. Il refuse que le vote soit organisé dans les conditions que tout le monde connait et qu’il soit surtout tenu contre sa volonté. Pour moi, ces élections présidentielles ne sont pas nationales comme le stipule la Constitution car aucun candidat ne s’est rendu en région de Kabylie, en plus du rejet massif au scrutin à ce niveau même si nous refusons la manière avec laquelle il a été exprimé. Pour ce qui est de l’avenir du mouvement populaire pacifique entamé le 22 février dernier, je dis qu’il n y a pas lieu de s’inquiéter parce que pour la première fois depuis 1964 le peuple algérien s’est uni. Pour la première fois depuis l’indépendance tout le peuple s’est senti concerné par la même question.
Maintenant je vais parler en tant que membre actif dans la société civile, pour dire qu’après ce 12 décembre nous n’allons pas baisser les bras, nous allons continuer notre initiative de rassembler toutes les associations, les syndicats qui veulent du bien pour le pays ainsi que les personnalités nationales, les partis politiques qui n’ont pas participé à ces élections, pour aller une seconde fois vers un 24 août bis. Le grand travail commencera demain (Aujourd’hui, NDLR). »

Mustapaha Bouchachi, avocat et défenseur des droits de l’homme :
« En voyant ce qui se passe dans la rue, on constate facilement que la majorité du peuple algérien refuse ces élections. Il considère que c’est le même système qui organise ce scrutin pour tenter de se recycler. Il faut dire que les Algériens qui sont sortis depuis le 22 février jusqu’à aujourd’hui ont pris conscience qu’ils veulent vivre dignement dans leur pays, et aller vers une vraie démocratie. Ils sont là, ils continuent à militer, et dire aussi que cette révolution se poursuivra pacifiquement au-delà du 12».

Nacer Djabi, sociologue :
« Le hirak va se clarifier d’avantage dans ses objectifs politiques parce que le 12 décembre ne représente certainement pas la fin de l’Algérie. C’est juste une étape ou le pouvoir tente de faire passer les élections malgré toutes les conditions qui ne sont pas favorables, et surtout un taux de participation très faible.
Les Algériens vont continuer à se battre parce que leurs revendications n’ont pas été satisfaites et ce depuis 10 mois de mobilisation. Ce n’est pas logique donc qu’ils arrêtent comme ça après tout ce combat. Toutefois nous devons rester pacifiques car après le 12 il ya risque de recrudescence de la répression».
Ania Nait Chalal