L’interdiction des marches en appelle aussi au sens civique

Par Ali El Hadj Tahar

Le discours du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, atteste que l’État algérien est décidé à prendre toutes les mesures nécessaires pour stopper la propagation de l’épidémie. La batterie de nouvelles mesures qu’il vient de décider mardi, et annoncée dans les douze point du traitement qui viennent d’entrer en vigueur, s’inscrit dans un plan relevant de « la sécurité sanitaire nationale », pour utiliser la terminologie du chef de l’État.
L’heure est grave et le moment est donc venu de renforcer les mesures de protection d’autant que notre pays a encore l’avantage de n’avoir que 72 cas d’infection mais le grand désavantage d’être un pays à multirisques à cause de la faiblesse de nos infrastructures sanitaires et surtout de nos habitudes comportementales et de la proximité de nombreux pays à risques au Nord et au Sud. Le Président a affirmé que l’État est pleinement conscient du caractère sensible de la conjoncture et soucieux du respect des libertés et des droits, et tout autant responsable de la protection des personnes et des biens. Constitutionnellement responsable de la protection de la santé et de la vie des citoyens, l’État a pris les mesures jugées nécessaires en conformité avec la phase 2 de l’épidémie.
Prioritairement et en adéquation avec les normes de lutte contre l’épidémie ― qui se déclinent en trois phases ―, l’Algérie a fermé tous les établissements d’enseignement et de formation car touchant des millions de personnes. Parmi les douze mesures, M. Tebboune a donc décidé « la suspension de la prière du vendredi et des prières collectives et la fermeture des mosquées avec maintien de l’appel à la prière». Quoique très sensible, la question religieuse ne fait pas exception quand il s’agit d’épidémie même si les risques de contamination dans une mosquée ne sont pas moins grands que dans un souk où les gens se font face, parlent, et surtout dans une manifestation. Dans une même logique d’endiguement de la propagation du virus, le Président a donc décidé l’«Interdiction des rassemblements et des marches quelles que soient leur forme et leur nature et isolement de tout endroit suspecté d’être un foyer de la pandémie ».
Auparavant, le Premier ministre, M. Djerad, avait déjà mis en garde contre les rassemblements inutiles, alors que le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, M. Benbouzid, avait dit qu’ « il est très dangereux scientifiquement de poursuivre le mouvement populaire, dès lors qu’il s’agit d’un regroupement favorable à la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19)». D’ailleurs, de nombreuses voix se sont élevées notamment sur les réseaux sociaux pour dénoncer des manifestations contraires à tout bon sens dans un moment critique. Allant dans le même sens, le ministre de la Communication, M. Ammar Belhimer, a carrément affirmé que le néo-Hirak est animé par des tentatives de « forces antinationales » de transformer le Hirak originel en mouvement insurrectionnel non armé visant la paralysie du pays.
Il ne faut pas être clerc pour savoir que la promiscuité est un facteur aggravant d’une épidémie. Le risque est plus grand avec des manifestants qui défilent pendant des heures et surtout venant de plusieurs régions du pays. La contamination pourrait disséminer le virus vers plusieurs wilayas et rendre la situation ingérable. Même les appels émanant de certaines voix supposées autorisées du Hirak n’ont pas réussi à suspendre les marches. Tout en étant ferme, la décision du président de la République en appelle d’abord à la sagesse des manifestants qui se disent démocrates et qui aspireraient à un État de droit garantissant une vie meilleure pour leurs concitoyens.
A. E. T.