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L’EXPERT abdelkrim CHELGHOUM SUR LA PREVENTION ET GESTION DES RISQUES MAJEURS : « Un problème à prendre au sérieux par les pouvoirs publics »

Évoquer les différentes questions liées aux causes des risques majeurs auxquels notre pays est exposé, soit à 10 parmi les 14 classés et identifiés par les Nations unies, n’est pas sans rappeler pour la énième fois que même si des efforts ont été consentis ici et là, il n’en demeure pas moins que les politiques promues jusque-là demeurent en deçà de l’ampleur et de l’étendu de l’impact de ces risques sur notre pays.

Qu’il s’agisse des régions du sud du pays, des Hauts-Plateaux ou des grandes villes du nord du pays, les conditions confortant ces risques majeurs, désertifications, sécheresse, feux de forêt, pollution de l’eau, notamment par l’usage des pesticides, l’urbanisation anarchique, inondations, accidents industriels, si certaines parmi eux sont dus à des phénomènes naturels, l’action de l’homme en est la principale, notamment celle relative à l’absence de politique appropriée pour une meilleure gestion de ces risques et donc réduire leurs impacts et effets. Si pour le président du Club des risques majeurs, dans son intervention à la journée d’Etude organisée lundi dernier par l’Institut des études de stratégie globale (INESG), il est temps de s’imprégner des études réalisées par les experts et chercheurs en la matière, ce qui permettra sans nul doute d’influer sur le cours accéléré des causes à l’origine de la précipitation des catastrophes, dans notre pays, dont celles précitées. “Rendre l’Algérie résiliente” ayant été au centre des communications des experts en cette journée,  il a été impératif pour ces derniers ainsi que pour les participants représentants différents les secteurs et domaines d’intervention, la circulation et l’accès à l’information et les études élaborées et celles à venir ont été fortement soulignées. Comment converger et lancer une synergie entre les différentes institutions, intervenants, acteurs économiques, citoyens, médias et chercheures, a été un facteur impératif pour un meilleur diagnostic des risques majeurs, et donc pour l’élaboration et l’apport des réponses appropriées, non seulement à court terme mais aussi à long terme. Même si des interventions et des communications présentées mettent en avant des études et perspectives en vue pour œuvrer à réduire les risques majeurs, la pertinence de l’action et du rôle des pouvoirs publics, des décideurs politiques et aussi des autres acteurs de la chaînes notamment le citoyen, est primordiale, voire impérative, car « c’est l’affaire de tous », comme l’a si bien souligné la responsable du secteur des forêts, Fertas Saliha, intervenant lors des débats sur la teneur ou les interrogation suscitées par les communications des experts animant la journée d’étude de l’INESG, sur les risques majeurs.

« LES RISQUES MAJEURS EN ALGÉRIE CONSTITUENT L’UN DES DEFIS RÉÉLS QUE LES POUVOIRS PUBLICS DOIVENT RELEVER »
Alertant sur les conséquences des risques majeurs, lesquelles «engendrent des dommages importants dépassant les capacités de réaction de la société et des pouvoirs publics » l’expert Chelghoum, n’a pas manqué de souligner dans sa communication que « les risques majeurs en Algérie constituent l’un des défis réels que les pouvoirs publics doivent relever », invitant à prendre ces risques « au sérieux en vue d’un développement durable ». Citant à titre d’exemple les feux de forêt, qui sont enregistrés chaque année, avec une hausse du nombre de foyers d’incendies et des superficies ravagées par les flammes, ce risque majeur pour la flore forestière, dans notre pays, est considérable , affirmant que « tous les massifs forestiers, sans exception, sont affectés » par ce qu’il qualifie « de catastrophe » qui fait disparaître, poursuit-il «  en moyenne 30.000 hectares de couvert végétal annuellement ». Des pertes en termes de richesse et de patrimoine forestier, qui, faut-il le rappeler, occupe une superficie déjà minime par apport au reste de la superficie du pays et si ce risque n’est pas pris par les cornes, les autres efforts consentis et à consentir , pour réduire le risque de la désertification, un autre risque majeur auquel nous sommes confrontés, seront vains. Se pencher sur la vulnérabilité de notre pays face aux risques majeurs permet, selon les présents d’identifier les points faibles confortant les risques majeurs, notamment les 10 auxquels est confronté le pays, sur les 14 classés par l’ONU, leurs causes, en vue de renverser la vapeur, notamment pour ceux dépendant fortement des politiques promues et de l’action de l’homme, et réduire les conséquences des dégâts, comme c’est le cas des séismes, autre risque majeur auquel est confronté l’Algérie. Quant à la gestion du risque majeur, laquelle est le maillon fort dans toute approche de prévention contre ces risques, pour l’expert Chalghoum celle-ci relève d’un processus et de l’implication de nombreux acteurs, à travers une synergie d’ensemble, sans omettre l’importance de l’existence d’un Centre d’éveil. En Algérie, la dégradation écologique a atteint « un niveau risquant, selon le conférencier, non seulement de « compromettre » une bonne partie des acquis économiques et sociaux mais également de « limiter les possibilités de gains ».

L’ABSENCE DE CONTROLE RIGOUREUX ET APPROPRIÉ DES PESTICIDES CONFORTE LES RISQUES DE CATASTROPHE
Pour alerter sur la dangerosité de l’usage des pesticides en général, celui qui compte parmi les experts du monde des pesticide, Rachid Boussahel, et ayant à son actif et au cours de son parcours des recherches et des études qui ont eu leurs échos au-delà de nos frontières, publiant certaines dans des revues de renommée internationale, rappelle un fait historique, son usage par l’armée américaine dans sa guerre contre les Vietnamiens. Les pesticides, selon cet expert qui a abordé dans sa communication « la gestion du risque chimique dans les eaux destinées à la consommation », ont été utilisés « comme une arme de destruction massive par l’armée américaine contre les combattants de la guérilla vietnamienne ». Si les dommages en pertes humaines et les dégâts sur le tissu forestier ont été importants en cette période, « ses conséquences et impacts perdurent à ce jour », notamment par la malformation des nouveau-nés au Vietnam. « Dans l’agriculture moderne, les pesticides sont utilisés à 90% » a-t-il fait savoir, sans manquer de mettre en lumière les dégâts de leur usage, leur mauvaise utilisation, la qualité du produit et l’absence de contrôle rigoureux de leur usage chez nous, en plus de la problématique de la gestion des quantités énormes de ces produits périmés en Algérie. Des stocks de produits de fin de validité, selon cet expert, n’échappent pas aux réseaux maffieux, qui « les réinjectent sur le marché, notamment informel ». Plus loin dans son exposé, il a indiqué que « des pesticides interdits de commercialisation et d’usage dans l’Union européenne ont été retrouvés dans les raisins vendus en Algérie ». Citant une étude réalisée à Biskra sur l’utilisation des pesticides et perception des risques chez les agricultures, celle-ci a révélé « l’intensité élevée de l’utilisation des pesticide», « des composés non enregistrés, obsolètes et interdits ont été trouvés dans l’utilisation active » de ces produits. S’ajoute aussi, selon cette étude, « le manque de conformité aux règles de base en matière d’innocuité des pesticides observé chez toute la population et « les connaissances des ouvriers agricoles sur les propriétés toxiques de ces pesticides ainsi que sur les normes d’hygiène de base qui sont très faibles » mentionne l’étude présentée par M, Rachid Boussahel. Des points soulevés et des éléments parmi d’autres qui renseignent ampalement sur le risque majeur persistant sur la pollution de l’eau, source de vie, risquant de se transformer en source de danger permanent, si le risque majeur de sa pollution, par les pesticides, les déchets industriels et autres causes n’est pas pris en compte. Une prise en compte par les différents acteurs, d’une manière appropriée, par les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs, dont les agriculteurs, lesquels doivent être accompagnés et sensibiliser, à travers un plan d’action permanent et durable, pour venir à bout, en premier lieu à la non maîtrise de l’usage des pesticides, si ce n’est par l’intégration de nouvelles solutions naturelles pour lutter contre les insectes attaquant des champs de culture ou les arbres et autres. Les pesticides homologués doivent être utilisés sur des cultures, des insectes et contre des maladies précises et à des doses précises. Le citoyens en général et le consommateur en particulier devraient s’intéresser davantage aux questions de l’agriculture, la chaîne de fabrication des produits, la qualité de l’eau, les dangers des produits chimiques, notamment sur l’eau et l’agriculture, vitales pour le pays et pour son développement durable.
Karima Bennour

RAPPORT SUR L’ENVIRONNEMENT 2019/2020 QUI SERA REMIS AU GOUVERNEMENT EN NOVEMBRE PROCHAIN
Les recommandations de la Journée d’étude y seront incluses
Présente à la Journée d’étude initiée par l’INESG, la ministre de l’Environnement, Nassira Benharrats, qui n’a pas caché le fait d’ignorer jusqu’à l’existence même du Club des risques majeurs et donc de ses recherches et études, a fait savoir que son secteur présentera, novembre prochain, le rapport national sur l’environnement pour 2019 et 2020 au gouvernement d’Abdelaziz Djerad. . Indiquant, par la même occasion, après avoir reconnu la qualité des exposées et des communications présentées lors de cette rencontre sur les risques majeurs, que les recommandations de cette journée « permettront  à son secteur de mettre à jour ses données » et soutenir le rapport précité «  avec les propositions et les recommandations des participants ».
K. B.