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Le sang mêlé

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Il était 10h 05mn ce matin-là. C’était le jour du marché. L’endroit grouillait de monde venu de toutes les régions environnantes. A proximité, il y avait une école primaire et tous les élèves étaient en classe. Tout à coup le ciel s’assombrit, suivi par le vrombissement d’une armada d’avions-bombardiers qui, sans attendre, larguaient leurs bombes sur la population du petit village. Explosions. Cris. Fumées ocres qui s’élevaient au ciel. Des gens couraient dans tous les sens. Les écoliers se cachaient sous leurs tables. Gémissements. Pleurs. Les avions tournoyaient, semant la mort avec leurs bombes à chacun de leur passage. Cette atmosphère apocalyptique dura deux heures. Deux interminables heures de massacres en Tunisie que l’armée coloniale française était habituée à commettre en Algérie depuis 1830. Cette fois, le 8 février 1958, elle avait ciblé le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef. Pourquoi ? Le village est à 500 m. de la frontière avec l’Algérie et à 50 km de la première ville algérienne : Souk-Ahras. En ce début de l’année 1958, la Guerre d’Indépendance d’Algérie faisait rage depuis plus de trois ans. Le pouvoir français dont l’armée venait de subir une lourde défaite après un accrochage avec l’ALN, accusait la Tunisie de servir de base arrière aux combattants algériens. Aveuglée par la rage d’avoir était battue par les moudjahiddine, l’armée coloniale a décidé de bombarder le village tunisien frontalier, Sakiet Sidi Youssef en s’octroyant le « droit de suite ». À la fin de l’expédition punitive, un silence de morts planait dans le village. On dénombra plus de 200 victimes entre morts et blessés. Tous des civils innocents et de nombreux enfants de l’école détruite. Ce bombardement a eu lieu sous la quatrième rRépublique française. Il était dirigé par le tristement célèbre général Edmond Jouhaud né à Bousfer (Oran) activiste acharné de « l’Algérie française » qui, avec le général Salan, créera en 1961, l’OAS. Demain, comme chaque année, on célébrera le 68ème anniversaire de ce massacre. Demain, Tunisiens et Algériens, se recueillerons ensemble en hommage aux victimes de cette abominable tuerie que la France a imposé à la Tunisie. Des victimes tunisiennes et algériennes qui étaient réfugiées à Sakiet Sidi Youssef. De tous les pays qui ont aidé les Algériens en lutte pour leur indépendance, c’est la Tunisie qui en paya le prix fort. Une fureur coloniale où le sang, tunisien et algérien, s’était mêlé. Un lien éternel. Ce massacre consolidera la relation fraternelle entre les deux pays. À sa proclamation le 19 septembre 1958, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) a installé son siège en Tunisie. Les armes continuaient à être livrées aux maquis algériens via la frontière tunisienne. La formation des combattants de l’ALN s’est poursuivie en Tunisie… Etc. Un musée de la mémoire commune algéro-tunisienne est ouvert à Ghardimaou (Tunisie) pour que nul n’oublie. Cette douloureuse histoire partagée explique, à elle seule, les relations exceptionnelles qu’entretiennent l’Algérie et la Tunisie !
Zouhir Mebarki

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