La science, le charlatanisme et la politique en temps de corona

Par Ali El Hadj Tahar

La pandémie du coronavirus a fait de la médecine une préoccupation essentielle d’une grande partie de l’humanité. Jamais auparavant autant de personnes ne se sont intéressées au domaine, pourtant déjà assez populaire, de la santé. Tout le monde ressent le besoin de comprendre ce qui se passe, comment se protéger, quels sont les signes cliniques de la maladie, quels traitements sont utilisés, pourquoi il n’y a pas de vaccin et même à quoi servent les vaccins. Jamais aussi la science n’a fait un emballage aussi gigantesque de son savoir, d’informations, de conseils, de consignes, se contredisant parfois comme se contrediraient des vendeurs de gris-gris et des apothicaires, des chiromanciens ou des herboristes. Et d’ailleurs médecins traditionnels et guérisseurs de toutes sortes sont entrés en concurrence avec la science, profitant des failles de celle-ci et même de ses contradictions. Grace à cette pandémie, même le non-spécialiste vient de comprendre que la science n’est toujours pas exacte, même quand elle porte le label d’exacte, qualificatif qui n’est valable que le temps qu’une nouvelle théorie vienne remettre en question la précédente.
Beaucoup de philosophes et de savants ont écrit sur ce sujet-là, et ils s’accordent tous sur le fait que la science n’est pas dogmatique et qu’elle est donc ouverte à la critique et aux remises en question, puisque sa base est le questionnement, et que même ses méthodes acceptent la critique. C’est ce qu’on a vu avec l’épisode qui oppose encore le célèbre professeur français Didier Raoult et les conseillers scientifiques du président français, Emmanuel Macron, sur l’utilisation de la chloroquine, qui affirment que l’expérimentation devrait être fondée sur une publication scientifique alors qu’il s’agit d’une course contre la montre, puisque la vie de centaines de millions de personnes voire, de milliards, est en jeu. Alors que la chloroquine — un vieux médicament péruvien issu de l’écorce d’un arbre dénommé Cinchona (Cinchona officinalis) et utilisé contre les frissons et la fièvre et introduit dans la pharmacopée européenne en 1633 — a fait ses preuves contre la malaria durant tout le 20e siècle. Les autorités française ne trouvent rien de mieux à faire que remettre en question le protocole de leur plus éminent professeur, protocole qui a fait ses preuves en Chine avec des milliers de guérisons, cela ne peut que créer le trouble chez les citoyens, qui ne comprennent pas, médusés, que la science supposée être au service de la vie, soit instrumentalisée pour des considérations politiciennes ou matérielles.
On a même un épisode entre l’Organisation mondiale de la Santé et les autorités américaines qui l’accusent de s’être trompée et donc induit le monde en erreur en ne préconisant pas la fermeture des frontières et le confinement à temps. Puis, plus grave, on a vu la Chine accuser les États-Unis d’avoir amené le virus à Hubei lors des jeux militaires de Wuhan en octobre 2019, avant que Washington n’accuse à son tour Pékin de cacher des choses sur l’origine du virus après que Luc Montagnier eut lancé un pavé dans la mare en disant que le Covid-19 serait issu d’une manipulation génétique, dressant contre lui toute la communauté scientifique mondiale. Toutes ces contradictions nourrissent les sciences parallèles, lorsque ce n’est pas le charlatanisme où l’obscurantisme qui rejoint l’ignorance comme on l’a vu aux États-Unis où des télévangélistes ont voulu exorciser le Covid-19 et où des gens ont bu de l’alcool, croyant s’en prémunir.
Ces errements des politiques en temps de coronavirus ont des effets désastreux, pas seulement sur les esprits les plus faibles mais sur les gens les plus avertis. La peur, un sentiment naturel, ne trouvant pas de solution en la science retourne parfois à la pensée archaïque et magique. En ces temps de confusions, ce sont les pays dits sous-développés qui ont pris les mesures les plus logiques, les plus rassurantes pour la protection de leurs populations face à cette pandémie qui était supposée faire réagir les politiques d’une seule et même manière, en suivant l’exemple chinois, sans considération idéologique aucune mais avec pour seul objectif la protection de la vie.
A. E. T.