La presse espagnole, s’appuyant sur les révélations de la Garde civile dans l’affaire de l’invasion migratoire spectaculaire de la ville autonome de Ceuta, a pointé d’un doigt accusateur les services marocains d’avoir été dans le coup.
Le Makhzen est désormais dans le collimateur. Jeudi dernier, au moment où le roi Mohammed 6 donnait lecture à son discours à l’occasion de la Fête du Trône, des dizaines de milliers de marocains ont pris d’assaut la ville autonome espagnole. Les témoignages des migrants accablent les autorités et l’armée marocaine d’être derrière la déferlante humaine alors que les preuves matérielles sont irréfutables.
Sous le titre éloquent : La Garde civile détecte des agents des services de renseignement marocains infiltrés parmi les « envahisseurs » entrés à Ceuta », le journal « El Español » a rapporté comment les autorités espagnoles ont réussi à identifier des agents présumés parmi les foules de personnes qui sont entrées dans la ville autonome. « La Garde civile a détecté la présence à Ceuta d’agents présumés des services de renseignement marocains infiltrés parmi les groupes de migrants entrés irrégulièrement dans la ville autonome lors de la dernière vague de migration », a révélé le journal citant des sources de l’état-major général de l’armée. Selon les mêmes sources, l’identification a été effectuée grâce au système de vidéosurveillance déployé sur le périmètre frontalier, qui a permis aux analystes de suivre en temps réel les mouvements enregistrés lors des entrées massives des 30 et 31 juillet.
« Il ne s’agirait pas d’un incident isolé »
Selon les sources consultées par le journal, la présence d’agents des services de renseignement marocains qui se sont mêlés aux migrants lors de l’assaut contre Ceuta, ne serait pas un incident isolé, mais une situation déjà constatée lors d’autres crises migratoires enregistrées à Ceuta et à Melilla. Les responsables de la surveillance par caméra auraient attribué la présence de certains individus lors des passages massifs aux services de renseignement marocains, dans le but de surveiller l’opération sur le terrain et d’observer la réaction des forces de sécurité de l’État. Par ailleurs, des sources au sein des services de renseignement espagnols, citées par le journal, estiment qu’une opération de cette nature correspondrait à un schéma typique de ce qu’on appelle la guerre hybride.
« La pression marocaine se poursuit sur Ceuta »
Ces mêmes sources situent cette invasion orchestrée par Mohammed VI dans un contexte de tensions diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc. Parmi les facteurs qu’ils évoquent figurent la récente décision de la Cour suprême concernant les retours aux frontières et le voyage du président du gouvernement, Pedro Sánchez, en Algérie, circonstances qui, selon leur évaluation, auraient accru la pression sur la frontière de Ceuta. D’après les données publiées par le ministère de l’Intérieur, environ
50 000 personnes sont entrées à Ceuta les 30 et 31 juillet, même si un nombre important d’entre elles sont ensuite retournées au Maroc. Le président de la ville autonome, Juan Vivas, avance le chiffre de 60 000. Les mêmes sources policières affirment que le Maroc conserve la capacité d’accroître ou de diminuer la pression migratoire à la frontière et estiment que les événements de cette semaine s’inscrivent dans une stratégie visant à tester la capacité de réaction des autorités espagnoles.
Vendredi dernier, le journal El Pais a révélé que les services de renseignement espagnols ne pensent pas que l’absence de contrôle marocain à la frontière soit due aux célébrations de la Fête du Trône.
F. G.














































