GHASSAN SALAMÉ SUR LA GUERRE EN LIBYE : «Le conflit pourrait muter de telle façon que nous regretterons de ne pas l’avoir arrêté à temps»

Lors d’une conférence à l’international Peace Institut, (IPI) à New York, le représentant spécial des Nations unies, Ghassan Salamé, a affirmé que «Six à dix pays interfèrent à différents niveaux» en Libye et que la communauté internationale manque de «motivation morale» pour mettre fin à la guerre dans ce pays.

Le responsable onusien chargé du dossier libyen a tenu ces propos, au lendemain de l’audition de son rapport mardi dernier, sur la crise libyenne, devant les membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Le représentant spécial de l’ONU avertit sur les risques majeurs et l’évolution de la situation en cours en Libye, vers ce qui peut être irréversible et de surcroît irréparable. Ghassan Salamé a déclaré, en effet, mercredi dernier que «je ne suis pas sûr que les principaux pays membres du Conseil de sécurité soient pleinement conscients des risques qu’ils prennent en permettant au conflit de s’envenimer». Poursuivant, il dira que le conflit en Libye «peut se transformer, il pourrait muter dans quelques mois» de telle façon, avertit le responsable onusien «que nous regretterons vraiment de ne pas l’avoir arrêté à temps». Alors que nul n’ignore les interférences et les ingérences étrangères, notamment de pays occidentaux et ceux des monarchies du Golfe qui sont à l’origine des blocages de la tenue du dialogue entre les acteurs libyens, le responsable onusien du dossier libyen a affirmé, lors de la conférence organisée à l’IPI, que «six à dix pays interfèrent à différents niveaux » en Libye, et que ces interférences se manifestent « par un soutien politique » d’une partie contre l’autre, « ça peut être vendre des armes ou fournir une assistance technique militaire et aller jusqu’à intervenir directement dans le conflit en soutien à son proxy » a précisé Ghassan Salamé. Acculant les membres du Conseil de sécurité, en affirmant que «la communauté internationale manque de motivation morale» pour mettre fin à la guerre en Libye et de souligner que l’évolution de ce conflit armé entre les Libyens « ne dépend pas de ceux qui envoient de l’argent pour alimenter le conflit » .Pour le responsable onusien du dossier libyen, la vérité, dira-t-il, «est que la Libye peut financer son propre suicide.» La Libye, plongée depuis plus de huits ans dans une situation de chaos en l’absence de vie politico-institutionnelle, est perçue par les pays qui interfèrent et s’ingèrent, pour que le pays atteigne un point de non-retour «comme un prix par les plus malins, les plus forts, les plus patients» et beaucoup moins, poursuit-il «comme un pays de 6 millions d’habitants qui mérite une vie décente après quatre décennies de dictature et une décennie de chaos» a rappelé le responsable onusien. Alors que les acteurs occidentaux et leurs alliés des pays du golfe ainsi que la Turquie se sont précipités à faire intervenir l’OTAN, en 2011, prétextant sauver des vies libyennes, d’éventuelles frappes aériennes de l’armée libyenne, et après la chute du régime de Maâmmar Khadafi le peuple libyen côtoie la mort, sur fond du jeu des grandes puissances pour garantir leurs interêts et atteindre les objectifs escomptés, notamment par l’intervention de l’OTAN dans ce pays. Pour le responsable onusien «Il n’y a pas assez de motivation morale pour mettre fin à cette guerre et, par conséquent, il y a moins de prédisposition politique à faire un effort supplémentaire pour trouver une solution.» a-t-il affirmé. Un manque de volonté de la part de la communauté internationale, notamment en matière de faire respecter les résolutions imposant l’embargo sur les armes, qui n’ont cessé d’être acheminées en Libye, selon les propos du responsable onusien. Ghassan Salamé ira jusqu’à dire que «les violations récentes flagrantes et télévisées» de l’embargo sur les armes imposé par l’ONU ont mis en péril la crédibilité de l’ONU, avant d’ajouter que celle-ci «devrait se rendre compte qu’elle n’est pas prise au sérieux lorsque les violations sont si flagrantes et exhibitionnistes.» a-t-il souligné. Ce qui montre encore une fois que les membres du Conseil de sécurité, dont ceux détenteurs du véto et leurs pays respectif qui sont membres de l’Otan, ont laissé faire, en jouant le jeu sur plusieurs fronts, en vue d’assurer davantage de conditions sur le terrain libyen, pour mener ce pays droit sur le chemin de la partition, sur la base du chaos constructif, tant vanté par les occidentaux, notamment les États- Unis.
Karima Bennour