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FILIÈRE LAIT : Qui sont les « barons » dont parle le ministre du Commerce ?

Le nouveau ministre du Commerce du gouvernement Djerrad dans une récente proclamation, semble déclarer la guerre contre ce qu’il appelle les barons « ces affameurs du peuple» sans les nommer précisément, mais enfin qui sont-ils ? La question peut paraitre saugrenue, mais elle a la pertinence de vouloir lever le voile sur ces « seigneurs » sans visage qui gangrènent tous les segments d’activités économiques du pays, tout le monde en parle, sauf que personne ne veut les designer nommément, sont-ils inidentifiables à ce point là ? Et pourtant la mafia du ciment existe, celle du rond à béton aussi, la mafia du foncier, de l’immobilier, les pilleurs de sable, les barons de la drogue, ceux des marchés des fruits et légumes, de l’aliment du bétail, la mafia du lait, de la viande, la mafia politico-financière etc…
Malheureusement, la liste est encore longue et on peut admettre sans risque de nous tromper que ces « barons » sont omniprésents dans tous les circuits d’activités, et aucun n’y échappe à cette monstrueuse araignée qui a tissé sa toile sur des pans entiers de l’économie du pays. Ces derniers temps, et face à une mercuriale en folie, on n’hésite pas à pointer du doigt les barons qui contrôlent les marchés des fruits et légumes, mais cela reste insuffisant, car il faut identifier ces affameurs du peuple et les traduire en justice. Les déclarations des uns et des autres sur ces prétendus barons sont assez graves pour ne pas enclencher des enquêtes, et mettre à nu les tenants et aboutissants de ces réseaux mafieux.
Alors pour tous ceux qui font allusion à ces barons qui empoisonnent la vie des Algériens, autant aller jusqu’au bout et mettre des noms sur ces visages invisibles. Pour rappel, il y a quelque temps, nous avons eu des aveux d’impuissance émanant de deux ex-ministres de l’ex-gouvernement en l’occurrence celui du Tourisme, et de son collègue du Commerce, face à une mafia du foncier, ou encore l’autre réseau mafieux de l’importatation. Les déclarations de ces deux ministres ne sont pas passées inaperçues auprès de l’opinion publique nationale, et cette dernière s’est toutefois demandée pourquoi ces deux membres du gouvernement s’en remettent aux citoyens pour dénoncer ces malversations avérées, alors qu’ils devraient soumettre ces dossiers à la justice ?
En effet, lorsque fut évoqué le détournement des assiettes foncières à Dounia Parc, on vient tout simplement de mettre le doigt sur un phénomène qui a pris de l’ampleur, et que personne ne semble contrecarrer par aucune quelconque enquête judiciaire. Pour preuve, l’ex-Premier ministre Sellal (actuellement en prison), dira qu’il y a eu des erreurs et qu’elles ont été rectifiées et qu’il n’y pas eu de scandale à Dounia Parc et que le dossier est clos. Point barre. Autrement dit aucune enquête ne sera ouverte, et aucune poursuite judiciaire ne sera engagée contre quiconque, comme si de rien n’était. Et lorsque feu Bakhti Belaïb du Commerce a parlé des réseaux mafieux qui sont devenus très puissants qui prennent en otage l’économie du pays, il s’adresse en plus de la mafia, à certains de ses collègues du gouvernement d’alors et désigne du doigt les failles qui ont permis aux importateurs d’imposer leur loi.
L’on se rappelle aussi que l’ex-ministre de la Justice, Tayeb Louh (actuellement en prison), qui a tenu à adresser à partir de l’Assemblée populaire nationale (APN) des mises au point à ses collègues au sein du gouvernement, notamment ces deux ministres qui ont peu ou trop dit, ainsi qu’à d’autres hauts responsables qui ont dénoncé publiquement la main mise de la mafia sur l’économie du pays et ont avoué leur incapacité à y faire face. Alors, avec cette sortie pour le moins fracassante, faut-il s’attendre à une guerre contre ces barons qui encrassent l’économie du pays et les mettre hors d’état de nuire? C’est vrai aussi que par le passé l’impunité s’était érigée en dogme et que le diktat des cercles qui gangrènent le pays n’a d’égal que le silence et la complicité des hauts responsables qui étaient corrompus jusqu’à la moelle.
Aujourd’hui, les choses ont changé, elles doivent changer, c’est toute la crédibilité des engagements du président de la République et de son gouvernement qui est à l’épreuve du terrain.
Mâalem Abdelyakine