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États-Unis : Le monument «West Side Story» revient à Broadway

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Le metteur en scène Ivo van Hove est à la tête de cette nouvelle production du classique de Jerome Robbins et Leonard Bernstein dont le tube I Feel Pretty est absent.

La comédie musicale West Side Story, déclinaison moderne de Roméo et Juliette et adaptée à l’écran avec succès par Robert Wise, est de retour à Broadway dans une production du metteur en scène Ivo van Hove. Le Belge de 61 ans est le premier à montrer une autre chorégraphie que celle originelle de Jerome Robbins pour cette production, dont la première a eu lieu jeudi au Broadway Theatre.
À l’origine de l’idée de cette comédie musicale, metteur en scène de la première version à Broadway, puis co-réalisateur du film, Jerome Robbins est tellement mêlé à l’œuvre que personne n’avait pu jusqu’ici s’écarter de sa ligne. Appuyé par la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker, celui qui navigue entre théâtre et opéra a pu complètement remanier West Side Story, pour en faire une comédie musicale du XXIe siècle. La chorégraphie, tout d’abord, rompt avec la fluidité de Jerome Robbins et se fait plus nerveuse, plus saccadée, avec une touche d’arts martiaux et de hip-hop pour secouer le tout.
Ivo van Hove a aussi fait table rase du décor imaginé par les concepteurs de ce conte moderne, censé se passer dans le quartier de Hell’s Kitchen, au cœur de Manhattan, même si aucun lieu n’est mentionné dans le livret.
Disparus les éléments qui rappelaient les rues de New York, avec ses petits immeubles caractéristiques, comme dans la production originelle en 1957. Les acteurs évoluent sur une scène gigantesque et totalement vide, un défi. «C’est une boîte noire, complètement nue, a expliqué le producteur Scott Rudin, dans l’émission de la chaîne américaine CBS, 60 Minutes. Ce n’est pas le West Side Story de 1957.» Tout au fond de la scène, deux ouvertures dans un mur avec, enfoncés derrière, une épicerie et un atelier reconstitués avec minutie. Impossible pour le spectateur de voir distinctement ce qu’il s’y passe sans l’aide de caméras, dont l’image est retransmise sur le mur du fond, qui fait office d’écran géant. Car la vidéo, comme dans beaucoup de spectacles d’Ivo van Hove, est un élément majeur de la mise en scène, au point, parfois, d’engloutir les acteurs. «On est en train de calibrer la chose, a expliqué Scott Rudin. Il y a des moments où c’est encore un peu trop envahissant, (…) et d’autres où c’est terriblement excitant.»

Une interprétation actualisée
Ivo van Hove a aussi choisi d’autres partis pris de mise en scène, écartant la chanson I Feel Pretty, ou utilisant Gee, Officer Krupke! pour dénoncer la violence policière, thématique très actuelle.
Auteur des paroles des chansons, Stephen Sondheim a expliqué, dans l’émission 60 Minutes, adhérer à cette radicalité nouvelle dans le propos, avec notamment une tentative de viol sur le personnage d’Anita, une nouveauté. «Il s’est passé tellement de choses depuis 1957 (…) et cela se traduit au théâtre aussi.»
Dernier vecteur de changement, et pas le moindre, la distribution. La première production de West Side Story, tout comme le film, était excessivement dominée par des acteurs blancs. Dans le long-métrage aux 10 Oscars, Nathalie Wood, fille d’immigrés russes, interprétait ainsi l’héroïne Maria et George Chakiris, fils d’immigrés grecs, son frère Bernardo, deux personnages portoricains.
La plupart des rôles principaux sont tenus, cette fois, par des acteurs d’origine hispanique, métisses ou noirs, et Shereen Pimentel, qui interprète Maria, a des racines portoricaines. Le chef de l’une des deux bandes de l’histoire avec les Sharks portoricains, les Jets, à l’origine composée uniquement de Blancs, est noir.
Reste la musique de Leonard Bernstein, qui ramène la pièce à son univers d’origine. «Ivo a un style particulier, qu’il a utilisé par le passé et qu’il applique à cette pièce», explique Stephen Sondheim au sujet de la comédie musicale dont l’accueil critique est mitigé. «C’est une nouvelle interprétation et, si Dieu le veut, dans quelques années, il y en aura une autre.» «C’est ce qui est formidable avec le théâtre», dit-il. «C’est un organisme vivant.» La nouvelle mise en scène d’Ivo van Hove n’a pas conquis le cœur de toute la presse, The New York Times qualifiant l’œuvre de «réimagination curieusement sans effet» tandis que The Guardian parle d’un spectacle «qui lance un tas de paris, dont la plupart sont payants».
Si le casting fait l’unanimité, Variety met aussi en avant une chorégraphie «moins ballet, plus athlétique et parfois même brutale – un style authentique pour notre propre époque». La cause de la rupture critique vient avant tout de la mise en scène, en particulier la projection scénique. «Un gaspillage ridicule» s’offusque The New Yorker, un hybride cinéma-théâtre «immersif» pour The Guardian alors que The New York Times reproche une attention fragmentée qui «nous prive de toute possibilité de concentration émotionnelle et, par conséquent, de la possibilité d’être vraiment ému».
Le cinéma aussi s’apprête à toiletter West Side Story , avec Steven Spielberg à la manœuvre et une sortie prévue en salles en décembre.

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