Un projet aussi spectaculaire que controversé porté par le ministre sioniste de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, pourrait bientôt devenir réalité : entourer de crocodiles la prison à haute sécurité de Ketziot, dans le désert du Néguev. Surnommée « l’Alcatraz des alligators » dans certains cercles israéliens, cette installation pénitentiaire accueille majoritairement des détenus palestiniens, dont de nombreux prisonniers arrêtés pendant la guerre à Ghaza. Selon la presse sioniste, qui a révélé l’information le 17 juillet, la ministre de la Protection de l’environnement, Idit Silman, a modifié le 15 juillet le statut juridique du crocodile du Nil. L’animal est désormais classé comme « animal sauvage faisant l’objet d’une gestion spéciale ». Cette reclassification est censée permettre aux organismes gouvernementaux, et en particulier au service pénitentiaire israélien, de détenir ces reptiles dans leurs installations, sous certaines conditions encore à préciser. Cette décision administrative visait explicitement à lever un frein juridique au projet de Ben-Gvir, jugé jusqu’ici incompatible avec la législation en vigueur sur la détention d’animaux sauvages. La légalité de la mesure reste néanmoins vivement contestée. L’Autorité israélienne de la nature et des parcs s’oppose depuis plusieurs mois à ce projet, rappelant que la loi n’autorise la détention d’animaux sauvages qu’à des fins éducatives ou scientifiques — et non comme dispositif de sécurité carcérale. Cette organisation, chargée de la protection de la faune sauvage en Israël, considère que le contournement du cadre légal par un simple reclassement administratif pose un problème de fond, indépendamment du projet lui-même. Aucune date de mise en œuvre n’a pour l’instant été communiquée, et les modalités concrètes — nombre de crocodiles, dispositif de sécurité, financement — restent floues.
Une pratique qui n’est pas sans précédent historique
Au-delà du caractère insolite de l’annonce, ce projet s’inscrit, selon certains observateurs et historiens, dans une tradition plus ancienne de dissuasion par la présence d’animaux dangereux autour de lieux de détention ou de captivité. On peut ainsi rappeler que, durant la période esclavagiste aux États-Unis et dans certaines plantations d’Amérique latine, des propriétaires terriens ont parfois recouru à des dispositifs naturels — cours d’eau infestés de prédateurs, marécages, ou surveillance organisée autour des points de fuite — pour dissuader les personnes réduites en esclavage de tenter de s’échapper. La géographie et la faune locale étaient alors instrumentalisées comme un moyen de contention supplémentaire, en complément de la surveillance humaine. La comparaison avec le projet de Ketziot n’est pas anodine à cet égard : dans les deux cas, il s’agirait d’utiliser un danger naturel — ici des crocodiles — comme barrière dissuasive autour d’un lieu où des populations sont détenues contre leur gré, en marge des dispositifs de sécurité conventionnels. Il convient toutefois de noter que cette analogie relève d’une lecture critique et interprétative des faits, et non d’un élément établi par les sources journalistiques elles-mêmes. Le gouvernement israélien n’a pas présenté le projet en ces termes, et une telle comparaison historique doit être maniée avec prudence, tant les contextes — juridique, politique, et humain — diffèrent profondément entre l’esclavage transatlantique et le système carcéral israélien contemporain, qui reste soumis, du moins en théorie, à un cadre légal nnational et international.
Ce qui reste factuellement établi, en revanche, c’est que ce projet cible spécifiquement une population carcérale majoritairement palestinienne, dans un contexte de guerre à Gaza, et qu’il a suscité une opposition institutionnelle interne en Israël même — de la part d’une autorité chargée de la protection de la nature, qui dénonce un contournement de la loi. L’affaire illustre en tout cas les tensions qui traversent parfois les institutions israéliennes elles-mêmes sur des questions de méthode, au-delà des clivages plus larges sur le traitement des prisonniers palestiniens.
M. S.
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