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ENCONTRE TEBBOUNE-MÉDIAS : De belles intentions en attendant qu’elles soient actées

Plusieurs questions ont été passées en revue mercredi, lors de la rencontre entre le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et le premier groupe d’invités composé de directeurs et de responsables de médias publics et privés, portant sur les défis à relever sur le double plan interne et externe.

Le chef de l’État s’est adonné volontiers au jeu des questions-réponses avec ses hôtes qui, visiblement étaient très à l’aise face au Président, en abordant, sans restriction, toutes les questions d’actualité brûlantes sur les plans national et international. Les deux parties ont brassé large au cours de cette entrevue, première du genre dans le pays, et qui signe ainsi la fin d’une époque glaciale entre les deux parties, où chacune se méfiait de l’autre pour des raisons que tout le monde connait. Dans ce premier lot de convives, les responsables de l’Eptv, des chaînes TV El Bilad et El Hayet ainsi que les quotidiens El Moudjahid, El Khabar, Echorouk El Yawmi, Le Soir d’Algérie et Le quotidien d’Oran ont pu échanger avec le chef de l’État sur des questions de l’heure et des dossiers qui peuvent intéresser l’opinion publique.

Les rencontres avec les personnalités et chefs de partis
Abordant ses rencontres avec les personnalités nationales et politiques d’envergures dans le cadre de ses consultations sur la question générale du pays et la future Constitution en voie d’élaboration, le chef de l’État a, a priori, précisé que ces entrevues se poursuivront et qu’aucune date de leur clôture n’a été retenue. Sur une question de savoir si ces consultations seront couronnées par une conférence de consensus national ou par une motion de propositions globales sur le projet de la nouvelle République, le chef de l’État a affirmé, à ce sujet, que les avis des uns et des autres « pourront entrer dans l’élaboration de la mouture finale de la Constitution », précisant, dans le même contexte, que « l’occasion sera également donnée à d’autres personnalités » car, a-t-il ajouté, « la Constitution concerne certes l’ensemble de la société mais son élaboration doit être confiée à des spécialistes en droit constitutionnel ». « Un comité technique se penchera sur la cristallisation de toutes les propositions à ce sujet », a-t-il poursuivi.

Les consultations et les revendications du Hirak
Le chef de l’État a toujours qualifié le mouvement populaire de béni et a réitéré, à l’occasion de cette rencontre inédite, ses engagements formulés lors de sa campagne électorale quant à la satisfaction dans sa globalité des revendications de cette dynamique citoyenne. « Je me suis engagé à satisfaire toutes les revendications du Hirak béni, il y a des revendications qui ont été satisfaites, certaines peuvent trouver des réponses immédiates mais d’autres ont des horizons politiques », a répondu le président Tebboune à une question sur les consultations en rapport avec les doléances du mouvement citoyen, qui a organisé hier son 49e vendredi de mobilisation de suite. Le Président cite entre autres, l’amendement de la Constitution et des lois, le changement radical des fondements de notre démocratie en Algérie et l’édification d’une démocratie réelle, la lutte contre l’exclusion sous toutes ses formes, la lutte contre la corruption et la moralisation de la société. Toutes ces revendications émanent de la protesta et sont prises en compte par ses soins et il a promis de satisfaire le reste des revendications citoyennes. Ne cherchant pas à se voiler la face, le chef de l’État a révélé que toutes les personnalités reçues avaient insisté sur « la nécessité de mesures d’apaisement » qui, en dépit de leur avis favorable à l’amendement de la Constitution, restent quelque peu réticents et craignent de voir, encore une fois, une Constitution révisée sur mesure. Pour tenter de rassurer ses interlocuteurs, Tebboune a coupé net : « Personnellement, je n’ai pas de Constitution », a –t-il assuré. Et d’enchaîner : « l’actuelle Constitution a montré ses limites avec la crise en étant incapable d’apporter des solutions aux problèmes de l’Algérie. Il y a des lacunes mais aussi des clauses incomplètes », avant de relever les avantages qui découlent de la clarté de la Loi fondamentale du pays. « Il faut savoir que plus la Constitution est claire, plus elle saura préserver le pays en cas de crises ou de perturbations et empêcher les dirigeants, y compris le président de la République, d’exercer le pouvoir individuellement, et qui a toujours été rejeté depuis l’Indépendance », a expliqué le président.

Délais de révision de la Constitution et les législatives
Un Comité d’experts composé de spécialistes en droit constitutionnel qui ont une parfaite maîtrise du langage et du contenu constitutionnel, a été installé par le président Tebboune, pour formuler des propositions sur l’amendement de la nouvelle première Loi du pays. Le Président a même formé le noyau autour duquel doit se reposer la nouvelle Constitution, cerné dans sept (7) recommandations pivots. À ce propos, l’élu aux destinées du pays a dévoilé la voie à suivre dans l’élaboration de cette Constitution à laquelle il tient à ce qu’elle soit consensuelle et dans laquelle chaque Algérien pourrait s’identifier. « Lorsque la première mouture de la Constitution révisée sera prête, elle sera distribuée à toutes les catégories de la société pour être enrichie. Il n’y aura pas de débats anarchiques », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une fois le « prototype » de cette feuille établi, « la Commission se réunira, une nouvelle fois, pour étudier toutes les observations, enrichir ou apporter des changements aux propositions initiales ». Le Comité d’experts pourrait, lors de sa réunion d’examen, introduire si nécessaire de « nouvelles clauses dans la première mouture », et inclure les « nouvelles observations », comme elle peut reformuler un article donné en réponse à des revendications de citoyens souhaitant voir le pays immunisé contre certains comportements. Une fois la mouture finale prête, elle sera présentée aux deux chambres du Parlement pour débat et adoption avant de la soumettre au référendum populaire », enchaine le Président.

Tebboune et la nouvelle École algérienne
Le chef de l’État a été catégorique et clair sur sa vision futuriste de l’école algérienne en crise, et sur le plan pédagogique et sur les plans social et professionnel. « Je m’oppose catégoriquement à l’implication de l’idéologie dans l’enseignement primaire », a déclaré sans complaisance, le chef de l’État, en abordant cette question si sensible, car ça va de l’avenir des générations futures auxquelles il faut inculquer les « valeurs du nationalisme, de la morale et de l’appartenance civilisationnelle » car la citoyenneté exige l’édification d’une génération de ce « type ».
Il a plaidé, dans cette optique, pour l’allégement des programmes scolaires en adoptant un apprentissage graduel pour permettre à « l’enfant de vivre son enfance de manière naturelle et équilibrée » de même pour le recours aux avantages des nouvelles technologies pour mettre fin au problème de la surcharge des cartables qui, dans certains cas, avaient donné naissance à des déformations physiques chez l’enfant- écoliers. En s’engageant également à prendre en charge les demandes des élèves des régions enclavées en terme de transport et de restauration, en promettant d’agir sévèrement contre tout manquement dans ce sens.

Le chef de l’État et les médias
Le président Tebboune est revenu sur sa promesse de libérer la parole et les médias, assurant que la liberté de la presse sera garantie, mais dans le cadre des respects des lois de la République et l’éthique professionnelle, et a d’ailleurs promis de sévir contre le « mensonge et la diffamation ». S’agissant des professionnels de la corporation, le chef de l’État a mis l’accent sur la nécessité de prendre en charge leur situation sociale.
« Il existe dans les médias privés des journalistes qui perçoivent de maigres salaires et ne bénéficient d’aucune couverture sociale » a relevé amèrement, le président Tebboune, tout en s’engageant à « lutter contre ce phénomène, qu’il soit dans le privé ou le public » et promettant également d’offrir des cycles de formation sans distinction aucune entre le privé et le public. « J’aiderai cette corporation autant que possible et encouragerai la création de clubs de journalistes dans toutes les wilayas du pays et j’exhorte les journalistes à se réunir dans un syndicat propre », a déclaré Tebboune devant ses hôtes, assurant que le rôle de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV), sera renforcé avant la fin de l’année. C’est dans ce sens que le Président a demandé au directeur de cette institution d’entreprendre des visites à des instances similaires dans d’autres pays pour tirer profit de leurs expériences.
Brahim Oubellil