En l’absence de réponses concrètes aux causes de la crise en France : Macron vivement critiqué par les oppositions sur son discours

0

Depuis le 17 octobre, jour des manifestations à travers la France et de convergence des colères et de la contestation contre la chute drastique du pouvoir d’achat, la perte d’emplois, la hausse des prix de l’essence, du gaz et de l’électricité, ainsi que la dégradation des conditions de scolarité des lycéens (alourdies par Parcour, le manque de professeurs, etc.), les scènes chaotiques et les violences inédites entre casseurs et policiers ayant entaché la mobilisation populaire et citoyenne semblent imposer leur logique, en l’absence de réponses politiques à la crise socio-économique profonde en France.
Celle-ci risquant, dans les jours à venir, d’accentuer les tensions politiques déjà existantes en prévision du scrutin présidentiel de 2027, le discours à la Nation du locataire de l’Élysée, dans la soirée de dimanche, avant de s’envoler en tournée aux Émirats arabes unis, n’a pas été de nature à apaiser les attentes de la classe politique et des citoyens. « Le pays a besoin d’ordre, d’apaisement et pas d’une escalade », a appelé le président Macron au lendemain du 17 octobre, sans aucune annonce concrète. À l’adresse, notamment, du mouvement des lycéens qui est mobilisé depuis des semaines, Emmanuel Macron a évoqué l’« angoisse profonde » qu’exprimerait la jeunesse française, en se contentant de leur lancer : « Je comprends nos lycéens et nos étudiants, ils sont au cœur de mon engagement politique depuis plus de dix ans. » Il a ainsi renvoyé aux mesures et annonces déjà faites auparavant, sans trouver un écho favorable auprès du mouvement des lycéens. Hier, les syndicats ont appelé à une grève le 5 novembre prochain. Les partis politiques ont vivement critiqué ce discours qui, pour beaucoup, devait apporter des « réponses concrètes » aux doléances de centaines de milliers de manifestants à travers les villes françaises. Les scènes chaotiques et les actions violentes des Black Blocs ne pourront occuper dans la durée la première place des priorités de l’exécutif, alors que la société attend des réponses concrètes à ses attentes et à ses droits exprimés ; l’apaisement sera donc au rendez-vous par l’absence de manifestations et de contestations. Hier, des manifestations ont eu lieu ici et là dans certaines villes de France, notamment à Paris, où l’accès au Louvre a été bloqué le 19 dans la matinée par des étudiants, notamment de l’École du Louvre, « en soutien au mouvement lycéen et pour dénoncer la répression policière », empêchant le musée d’ouvrir à 9 heures.

« La désescalade est possible si des réponses politiques sont apportées »
De la gauche à l’extrême droite, l’allocution d’Emmanuel Macron, dimanche soir, au lendemain des violences du samedi 17 octobre, a été jugée « insuffisante ». Les opposants dénoncent « l’absence de décisions fortes » et fustigent un président « dépassé ». Après les scènes de chaos et de pillages en marge des manifestations contre la vie chère, son discours — centré sur la « colère », la « honte », l’appel au calme et la promesse de « transparence » selon des acteurs politiques et des syndicalistes cités hier par les médias locaux et sur les réseaux sociaux — a suscité un tollé unanime au sein de la classe politique non macroniste.
« Il est irresponsable de prendre la parole pour ne rien dire », a lancé le député Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise. « La désescalade est possible si des réponses politiques sont apportées, mais Emmanuel Macron a choisi ce soir de s’enfoncer dans le pourrissement », a-t-il estimé. Marine Tondelier (Les Écologistes) a, quant à elle, dénoncé sur X : « Au lieu d’entamer un début de commencement de mea culpa, Emmanuel Macron nous convoque à Matignon comme des enfants au tableau ». La secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT), Sophie Binet, a affirmé que « le président n’a rien compris à ce qui se passe dans le pays » et n’a fait « aucune annonce concrète ». De son côté, Édouard Philippe du parti Horizons, ex-Premier ministre d’Emmanuel Macron et candidat à la présidentielle, a regretté « l’absence de décisions et d’initiatives permettant le retour à l’ordre et le rétablissement de l’autorité de l’État ». Du côté du Rassemblement national, on fustige une « lamentable allocution » d’un « pouvoir lâche et désorienté [qui] n’a plus rien à dire aux Français ». Des experts français et étrangers de la vie politico-médiatique en France pointent le rôle des Black Blocs envahissant et entachant les manifestations citoyennes et revendicatives. « Quel est l’intérêt pour les manifestants de discréditer ainsi leur mouvement ? Aucun. En revanche, cela justifie la violence policière et les déclarations creuses des dirigeants, en l’absence non seulement de volonté politique pour répondre aux doléances, mais aussi par le mépris vis-à-vis de milliers de Français exigeant leurs droits légitimes. »

Les syndicats appellent à une grève générale le 5 novembre
Les syndicats français observeront une grève nationale le 5 novembre prochain pour exprimer leur mécontentement face à la cherté de la vie et à la dégradation du pouvoir d’achat. La grève du 5 novembre, programmée à l’initiative de l’intersyndicale française, verra la participation de travailleurs représentant différents secteurs d’activité à travers le territoire français. « La grande journée intersyndicale de grève et de manifestation interprofessionnelle du 5 novembre » est l’intitulé choisi pour cette action impliquant plusieurs syndicats, dont la Confédération française démocratique du travail (CFDT), Force Ouvrière (FO), l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) et la Fédération syndicale unitaire (FSU).

Une politique gouvernementale favorisant les plus riches
Dans un texte publié dimanche sur son site, la Confédération générale du travail (CGT) assure que la situation difficile que vivent les ménages français est due à une politique gouvernementale favorisant les plus riches. « La situation actuelle n’est pas due au niveau des dépenses sociales, qui sont utiles pour toutes et tous, mais aux milliards d’euros de recettes dont on se prive en faisant des cadeaux aux ultra-riches et aux grandes entreprises, sans aucune utilité sociale », soutient le syndicat. « Affaiblir les services publics, c’est aussi préparer leur privatisation, et quand c’est privé, c’est plus cher ! Hôpitaux, écoles, transports, petite enfance.
Pour des services publics accessibles et de qualité, il faut plus d’emplois, de meilleurs salaires et des investissements. Réduire les moyens, c’est dégrader les services et les conditions de travail de celles et ceux qui les font vivre », ajoute le même texte. La CGT estime que l’urgence actuelle est d’« augmenter le Smic (salaire minimum), le point d’indice dans la fonction publique, les pensions et les minima sociaux, et d’indexer les salaires et les prestations sociales sur les prix ». « Alors que les entreprises bénéficient de milliards d’aides publiques, des milliers d’emplois sont supprimés », s’étonne la CGT. « Cet argent doit servir à maintenir et à créer des emplois de qualité, à relocaliser notre industrie et à investir dans la transition écologique, et non à réaliser des licenciements boursiers », préconise le syndicat.
Samedi, des manifestations ont été organisées dans de nombreuses villes françaises. Les participants représentaient des catégories très variées de la société. La mobilisation, qui a réuni entre 550 000 personnes, selon le ministère français de l’Intérieur, et 800 000 personnes, selon les organisateurs, rassemblait des lycéens, des étudiants, des salariés et des sympathisants du mouvement des « Gilets jaunes », dans le prolongement de plusieurs semaines de mobilisation lycéenne. Selon des médias locaux, la police a eu recours, à plusieurs reprises, aux gaz lacrymogènes contre des manifestants dès le début de la manifestation à Paris, signalant que les forces de l’ordre ont fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes.
Karima B.