À l’ouest de la ville de Doura, dans le gouvernorat d’Elkhalil, le village de Sakka illustre l’ampleur croissante de l’offensive coloniale en Cisjordanie occupée, marquée par la confiscation des terres, l’imposition de nouvelles réalités sur le terrain et la multiplication des agressions contre les Palestiniens, sous la protection des forces d’occupation et avec l’appui du gouvernement de l’occupation et des associations de colons.
Depuis 2023, un colon connu sous le nom de «Hagai » s’est progressivement emparé de vastes superficies de terres appartenant aux habitants de Sakka et des villages environnants, jusqu’à atteindre près de 1 500 dounams. Au fur et à mesure de cette prise de contrôle, les forces d’occupation ont empêché les propriétaires palestiniens d’accéder à leurs terres, de les cultiver, d’entretenir leurs oliviers et de récolter leurs productions. Durant la saison agricole actuelle, la confiscation de fait est allée encore plus loin, le colon ayant commencé à cultiver lui-même certaines parties de ces terres.
Les « jeunes des collines »
Daoud Haribat, habitant de la région de Sakka, témoigne de la situation alarmante dans laquelle se trouvent les agriculteurs palestiniens. Selon lui, les forces d’occupation et les colons les empêchent d’accéder à leurs terres plantées d’oliviers, tandis que des groupes de colons, notamment ceux qui se désignent sous le nom de « jeunes des collines », maintiennent une présence permanente dans la région. Il décrit la situation à Sakka comme « sinistrée », soulignant que le village souffre d’un abandon persistant. Les agriculteurs privés d’accès à leurs terres ne bénéficient, selon lui, d’aucune compensation pour les agressions, la confiscation de leurs propriétés ou la perte de leurs récoltes. La poursuite de cette situation ne se traduit donc pas uniquement par une perte de terres. Elle prive également les familles d’une importante source de revenus et de leur droit à exploiter, protéger et préserver leurs propriétés. Les agressions ne se limitent par ailleurs pas aux terres agricoles. Les environs de l’école du village sont également exposés aux attaques des colons, suscitant l’inquiétude des habitants à l’approche de la rentrée scolaire. La sécurité des élèves est particulièrement préoccupante, ceux-ci étant contraints de rejoindre leur établissement dans une zone soumise à une pression coloniale croissante. Sakka s’inscrit dans un espace géographique plus vaste où les Palestiniens de l’ouest de Doura et des villages voisins font face à des restrictions continues. La région est progressivement encerclée par des colonies, des avant-postes coloniaux et des routes destinées aux colons, qui morcellent les terres palestiniennes et entravent l’accès des propriétaires à leurs exploitations. Le gouvernorat d’Elkhalil figure parmi les principales zones où l’occupant sioniste cherche à étendre la colonisation et à renforcer son contrôle sur les terres palestiniennes, parallèlement à des mesures visant à fragiliser la présence palestinienne dans la vieille ville d’Hébron et dans d’autres secteurs du gouvernorat.
Colonies et avant-postes
Aux abords de Doura, cette politique apparaît avec une particulière netteté à travers l’encerclement de la ville par plusieurs colonies et avant-postes, ainsi que l’ouverture de routes destinées à faciliter les déplacements des colons au détriment de vastes superficies de terres palestiniennes. La colonie d’« Adora » figure parmi les implantations établies dans la région. Elle avait initialement été créée dans les années 1980 comme position militaire, avant d’être transformée en colonie agricole et résidentielle sur des terres appartenant aux habitants de Doura et de Tarousa. Au nord-ouest de Doura se trouve également la colonie de « Telem », construite sur des terres appartenant aux habitants de Doura et des villages voisins. Quant à la colonie de « Negohot », située à l’ouest de Doura, elle poursuit son expansion aux dépens des terres palestiniennes. Au cours de la période récente, de nouveaux avant-postes et foyers coloniaux sont apparus dans les secteurs de Tarousa, Dourane, Faqiqis et d’autres zones. Cette dynamique vise à imposer progressivement le contrôle sur de nouvelles superficies et à empêcher les agriculteurs et les éleveurs palestiniens d’y accéder. Ces avant-postes constituent un instrument de colonisation progressive : la prise de contrôle commence par l’occupation de la terre avant de se traduire par sa transformation en zone fermée à ses propriétaires palestiniens.
À Sakka, cette politique apparaît de manière particulièrement flagrante : des terres appartenant à des Palestiniens et cultivées par eux deviennent progressivement inaccessibles à leurs propriétaires, avant d’être cultivées par les colons eux-mêmes. Entre ces deux étapes, la capacité des habitants à protéger leurs biens s’amenuise, tandis que l’agriculture, principale source de revenus pour de nombreuses familles, recule face à l’expansion coloniale. Il ne s’agit donc ni d’un cas isolé ni d’une agression ponctuelle. La confiscation des terres de Sakka, l’interdiction faite à leurs propriétaires d’y accéder, les attaques visant les abords de l’école ainsi que l’expansion coloniale à Doura et dans les villages environnants révèlent une dynamique continue visant à remodeler progressivement la réalité géographique et démographique de la région. Sakka apparaît ainsi comme un exemple particulièrement révélateur du prix payé par les populations palestiniennes lorsque la protection militaire accordée aux colons devient un facteur permettant l’extension de leur contrôle sur les terres. La question demeure dès lors entière : jusqu’où la confiscation des terres et l’interdiction faite à leurs propriétaires d’y accéder pourront-elles se poursuivre avant que la colonisation ne devienne une réalité irréversible sur le terrain ?
Raids et arrestations dans plusieurs secteurs de la Cisjordanie occupée
Dans la nuit de mardi à hier et à l’aube, plusieurs gouvernorats de la Cisjordanie occupée et d’ElQods occupée ont été le théâtre d’une vaste campagne de raids et d’arrestations menée par les forces de l’occupation sioniste. Ces opérations ont été accompagnées d’attaques contre des biens, de la dégradation de symboles nationaux palestiniens et de l’arrestation de plusieurs citoyens, dont une femme et un ancien prisonnier libéré, ainsi que de confrontations dans plusieurs secteurs et d’une intensification des provocations des colons.
Dans le nord de la Cisjordanie occupée, les forces d’occupation ont poursuivi leurs opérations à grande échelle dans le gouvernorat de Jénine, en faisant notamment irruption dans la localité d’Arraba, au sud-ouest de la ville, à Meithaloun, au sud, ainsi que dans le village d’Aba, à l’est, où elles ont perquisitionné une habitation. Elles ont également investi plusieurs immeubles résidentiels du quartier d’Al-Zahra, dans la ville de Jénine, et arrêté une Palestinienne. Les forces d’occupation ont par ailleurs fait irruption dans le secteur abritant des logements de déplacés du camp de Jénine, à proximité de l’Université arabe américaine, où elles ont arrêté le jeune Souleimane Al-Zoulfi. À Tulkarem, les forces d’occupation ont poursuivi leurs incursions dans les localités de Deir Al-Ghoussoun et Attil, au nord, dans le cadre d’une vaste campagne de perquisitions qui s’est soldée par l’arrestation de trois Palestiniens à Deïr Al-Ghoussoun : Mazen Al-Zoubeidi, Ikrima Ghanem et Saher Ghanem. Elles ont également fait irruption dans la localité de Balâa, au nord du gouvernorat. À Tubas, les forces d’occupation ont perquisitionné une habitation lors de leur incursion dans la ville, avant de renouveler leur opération dans la localité d’Aqqaba, au nord, où une maison a également été fouillée, sur fond de présence intensive de drones. À Naplouse, l’armée d’occupation a dégradé et déchiré des portraits et des fresques dédiés aux martyrs palestiniens lors de son incursion dans la localité de Beïta, au sud de la ville. Dans le gouvernorat de Qalqilya, les forces d’occupation ont investi la localité d’Azzoun, à l’est, et perquisitionné plusieurs habitations, tout en renforçant leur dispositif militaire à l’intérieur et aux abords de la localité.
Dans le centre de la Cisjordanie occupée et à El-Qods occupée, des affrontements ont éclaté entre de jeunes Palestiniens et les forces d’occupation après l’incursion de ces dernières dans la rue de l’Institut, à proximité du camp de Qalandiya, au nord d’El-Qods occupée. Les soldats de l’occupation ont fait un usage intensif de grenades lacrymogènes contre les habitants et les personnes présentes dans le secteur. Dans le sud de la Cisjordanie occupée, les forces d’occupation ont perquisitionné plusieurs maisons lors de leur incursion dans la localité de Nahalin, à l’ouest de Bethléem. Dans le gouvernorat d’Hébron, les forces d’occupation et les colons ont intensifié leurs agressions. Les militaires ont notamment investi le secteur de Douma, dans la ville d’Al-Dhahiriya, au sud, tandis que l’ancien prisonnier palestinien Yaman Omar Khachan a été arrêté à l’aube après la perquisition de son domicile dans le camp d’Al-Fawwar. Parallèlement, des colons ont effectué des tournées provocatrices dans le secteur de Hawara, à l’est de Yatta, sous la protection des forces militaires de l’occupation.
M. S.

