On l’appelait « T’Bib » Lakhdar. Il officiait jadis à Belouizdad (ex-Belcourt) dans la capitale. Un petit magasin où se pressaient beaucoup de « patients » venus de toutes les régions du pays. Il avait un grand succès. Selon le « bouche à oreilles », il « guérissait » toutes les maladies. Impossible d’affirmer ou d’infirmer s’il était diplômé mais « T’Bib » Lakhdar était herboriste ou peut-être même phytothérapeute. Voire les deux à la fois, car les étagères de sa boutique contenaient une multitude de plantes tandis qu’à l’intérieur de son arrière-boutique il « auscultait » et fournissait, à ses « patients », ses propres breuvages à base de plantes. Il faut dire qu’à l’époque (avant l’Indépendance) le recours au médecin conventionnel n’était pas courant chez les algériens. À cause du code de l’indigénat plus l’incapacité financière de payer le médecin et le pharmacien par la suite. « T’Bib » était les deux à la fois et ses prix étaient très étudiés. Il applique même la gratuité pour les plus pauvres. Sa réputation était telle que l’effet placebo faisait certainement des « miracles ». Quoiqu’il en soit, quelques années après, il acheta un terrain à Birkhadem et construisit un Hammam avec son « cabinet » attenant. Nos grands parents ne juraient que par lui et ses dons. On ne disait pas compétences. Aujourd’hui cette activité artisanale subsiste peut-être exceptionnellement encore à l’intérieur du pays. Il y a même des marchés de plantes médicinales avec comme produit phare le « Chih » très recommandé pour toute une panoplie de maux. Des décennies plus tard, on trouve actuellement dans les villes, des commerces d’herboristes ayant pignon sur rue. Des produits naturels venus du monde entier y sont vendus. Difficile de se positionner sur ce type de commerce. Difficile de dire si ces « officines » sont dirigées par des spécialistes formés par l’université. Elles sont cependant, là et notamment dans la rue Didouche Mourad, l’artère principale d’Alger. Mais l’effet de « T’bib » Lakhdar a disparu. L’autre métier d’artisan qui disparaît lentement est celui de matelassier. Ils en existent encore mais il faut savoir où les dénicher. Les différents types de matelas aujourd’hui sur le marché ont eu le dessus sur le matelas de laine de mouton ou de crin que nos grand-mères confiaient en dernière étape au matelassier. Leur entretien demande aujourd’hui beaucoup d’efforts qui n’encouragent pas les familles.
Plus curieux est ce métier dont les artisans ont changé. On les appelait « Khaffafdji », il étaient tunisiens établis en Algérie. Ils détenaient le monopole de marchands de beignets et de « Zlabia ». Leurs beignets « aérés » diffèrent totalement des beignets faits à la maison qui sont plus épais et plus consistants. Leur « Zlabia » (quelques fois aux saveurs de la vanille) aussi est remplacée par celle qui a pris le nom de la ville de Boufarik dans la wilaya de Blida. Le seul tunisien qui reste vaillamment devant ses fourneaux à cuire et à vendre ses beignets et sa « Zlabia » inimitables, se trouve à Hydra un quartier huppé de la capitale. Sur les réseaux sociaux apparaît, de temps à autre, la photo du « Khfaffdji », tunisien lui aussi, qui se trouve au quartier Zoudj Aîoun à la place des martyrs. Une photo peu avenante, en termes d’hygiène, il faut le dire. Pour trouver les derniers dinandiers de la capitale, il faut les chercher dans les ruelles de la Casbah. Comme il faut faire le déplacement à Koléa (ville située à 30 Km de la capitale) dans la wilaya de Tipasa pour rencontrer les artisans de la vannerie d’osier et de rotin. Ils ont le mérite de maintenir en vie ce type d’artisanat. La société de consommation a fait reculer deux autres types d’artisanat. Le premier est celui de retoucheuse qui répare les déchirures des vêtements voire même des bas féminins. Le second est celui de cordonnier. On ne répare plus, ou rarement, les chaussures. Quelques rares cordonniers sub-africains occupent encore ce métier dans la rue de certains quartiers d’Alger. Ce n’est là qu’un rapide tour d’horizon de quelques métiers composant notre artisanat qui compte plus de 500 000 activités. Un artisanat qui fait partie des paramètres de notre sociologie. Notons qu’actuellement, au ministère du Tourisme et de l’Artisanat se prépare la 27ème édition du Salon international de l’artisanat qui se tiendra du 3 au 7 décembre prochain, au Palais des expositions des Pins maritimes à Alger. Une occasion pour constater de visu les changements. Avec l’évolution de notre société!
Zouhir Mebarki
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