Harvey Keitel

Cinéma : Harvey Keitel appelle à une réforme d’Hollywood

L’acteur américain espère que l’industrie hollywoodienne retrouve un souffle créatif et dénonce une « perte d’intégrité », à l’avant-première de son dernier film « The Irishman ».

Harvey Keitel veut faire bouger les lignes au sein de l’« industrie des rêves ». L’acteur américain a déclaré à l’Agence France-Presse qu’Hollywood « a besoin d’être réformé » pour retrouver un souffle créatif. « Hollywood est une grande création. Quand j’étais jeune, je pensais qu’il fallait le détruire. Mais je ne pense plus cela, je pense qu’il doit être réformé », a-t-il affirmé au cours d’un entretien avec plusieurs journalistes, avant l’une des rares projections en salle de The Irishman lundi soir au Festival du film de Marrakech, au Maroc.
Pour lui, « ce qui a été accompli (par Hollywood) est sensationnel. Mais il y a une perte d’intégrité : il fut un temps où les grands studios portaient l’art et où l’industrie du cinéma essayait de trouver de jeunes nouveaux réalisateurs ». « Cela a vite disparu », a ajouté celui qui joue un second rôle dans le dernier film de Martin ScorseseThe Irishman, une épopée de près de 3 h 30 présentée pendant une séance spéciale de la 18e édition du Festival de Marrakech.

« Voir les cinémas fermer nous rend tous un peu tristes »
La salle comble a ainsi profité d’une rare occasion de voir un film réservé aux abonnés de la plateforme Netflix, dont la distribution limitée en salle fait grincer les dents des cinéphiles du monde entier. Si Martin Scorsese implore les spectateurs de ne pas regarder le film sur leur téléphone, Harvey Keitel a rappelé que le réalisateur américain n’aurait pas pu faire The Irishman sans les bonnes grâces de Netflix : « personne n’en voulait ». « Voir les cinémas fermer nous rend tous un peu tristes, mais pour moi, j’ai toujours pensé qu’il faut évoluer avec son temps », a argué l’acteur, qui vient de fêter ses 80 ans.
Il a par ailleurs assuré n’avoir jamais cherché à « travailler avec des réalisateurs très reconnus » : « j’ai toujours cherché l’expérience des mots (…), une expérience de vie qui me donne l’impression d’apprendre quelque chose sur ce que je suis, où je vais et comment y arriver ». Harvey Keitel a rappelé avoir accepté le premier rôle dans Reservoir Dogs, le premier film de Quentin Tarantino (1992) qu’il avait soutenu pour trouver des financements. Il a aussi tourné avec l’Australienne Jane Campion (La leçon de piano) et le Français Bertrand Tavernier (Mort en direct).

Nostalgie des années 1950
Son idéal d’authenticité remonte aux années 1950 à Broadway, à la grande époque d’Elia Kazan, d’Arthur Miller ou de Tennessee Williams, quand « il y avait des gens habités par la nécessité d’être honnête sur scène ». « Nous voulions être authentiques, c’était le plus important, il ne s’agissait non pas de ne pas être commercial, parce qu’il faut bien vivre, mais de ne pas être commercialisé. » C’est cet esprit « qu’il ne faut pas perdre ». À l’heure actuelle, « est-ce que l’authenticité est toujours là ? Oui. Est-ce qu’on pourrait en avoir plus ? Moi je dis que oui », a-t-il estimé.
Son seul regret ? « Ne pas avoir fini ses études et avoir commencé sa vie comme Marine », même si cette « grande expérience » lui a permis de forger son physique et son mental. « Je viens d’un milieu très modeste (…) j’avais 16 ans, je voulais devenir quelqu’un » et, avec deux amis, « nous avons décidé de rejoindre les Marines pour devenir des héros », a rappelé ce fils d’immigrants roumano-polonais. Il a ensuite « travaillé dur » et eu « beaucoup de chance, quelque chose d’indispensable qui ne s’achète pas ».