Accueil À LA UNE ANTICANCÉREUX : 172 médicaments produits en Algérie

ANTICANCÉREUX : 172 médicaments produits en Algérie

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L’Algérie franchit une nouvelle étape dans le développement de sa production pharmaceutique nationale.
Pas moins de 11 établissements pharmaceutiques, dont le groupe public Saidal, fabriquent actuellement 172 produits destinés au traitement du cancer, permettant au pays d’assurer, pour la première fois, la totalité de la liste des médicaments anticancéreux sous forme sèche.  Cette annonce a été faite  par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouassim Kouidri, lors du 2e Congrès international du patient atteint de cancer, organisé mardi passé à l’hôtel El-Aurassi. Le ministre a mis en avant cette progression de la production nationale, qu’il considère comme un levier important pour améliorer la prise en charge des patients et renforcer la sécurité sanitaire du pays.  Avec les 172 produits désormais fabriqués localement par les 11 établissements pharmaceutiques actifs dans ce domaine, « l’Algérie assure, pour la première fois, à 100 %, la production de la liste des médicaments anticancéreux sous forme sèche », a précisé Kouidri.
 
11 établissements mobilisés, d’autres projets en cours
La montée en puissance de la production nationale ne se limite pas aux capacités actuellement opérationnelles. Plusieurs autres projets sont en cours de réalisation, notamment dans la production locale de matières premières pharmaceutiques, un segment appelé à renforcer davantage l’intégration de la filière et à réduire sa dépendance aux approvisionnements extérieurs. Le ministre a souligné que cette évolution s’inscrit dans une démarche visant à réduire progressivement le recours aux importations, particulièrement pour les traitements anticancéreux prioritaires, tout en consolidant les capacités nationales de fabrication. Le développement de cette industrie doit également s’appuyer sur l’investissement et les partenariats. Dans ce cadre, le ministère entend faciliter l’accès des investisseurs au secteur et encourager les partenariats nationaux et internationaux. L’accompagnement des investisseurs, la simplification des procédures ainsi que le transfert de technologies figurent parmi les principaux leviers retenus pour soutenir cette dynamique. Sur le plan réglementaire, le ministre a rappelé la mise en place d’un « couloir vert » destiné à accélérer l’enregistrement des médicaments anticancéreux fabriqués localement. Cette mesure vise à accompagner l’essor de la production nationale et à faciliter l’accès des patients aux traitements produits en Algérie. Le département de l’Industrie pharmaceutique prévoit également de favoriser le développement des essais cliniques, à travers des facilitations réglementaires et administratives conformes aux normes internationales. L’objectif est ainsi de renforcer l’écosystème pharmaceutique national en agissant à la fois sur la production, l’investissement, l’innovation et l’évaluation des nouvelles thérapeutiques.
 
Un comité intersectoriel pour passer de la stratégie à l’action
La mise en œuvre de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre le cancer à l’horizon 2035 franchira prochainement une nouvelle étape avec la création d’un comité intersectoriel de pilotage. L’annonce a été faite  à Alger par le président de la Commission nationale de prévention et de lutte contre le cancer, le Pr Adda Bounedjar, en marge du 2e Congrès international du patient atteint de cancer. Cette instance réunira des représentants de plus de quatorze secteurs, parmi lesquels la Santé, l’Industrie pharmaceutique, le Travail, l’Intérieur, les Finances et la Solidarité. Sa principale mission sera d’assurer la mise en œuvre concrète de la stratégie élaborée par la Commission nationale. Le document stratégique est l’aboutissement des assises nationales tenues les 3 et 4 mai 2025. Il a ensuite été présenté lors d’un Conseil interministériel le 27 mai de la même année, avant d’être débattu en Conseil de gouvernement deux jours plus tard. La stratégie a finalement été adoptée en Conseil des ministres le 3 juin.  À terme, le dispositif sera complété par des comités sectoriels, sur le modèle de l’organisation déjà engagée au niveau du ministère de la Santé. L’objectif est d’assurer un suivi plus opérationnel des différentes mesures et de traduire les orientations arrêtées dans des actions concrètes sur le terrain. La stratégie nationale s’articule autour de plusieurs priorités majeures, portant notamment sur la prévention, le dépistage, le diagnostic, l’amélioration du parcours du patient, ainsi que la formation et la recherche.

Réduire la mortalité, l’objectif prioritaire
Cette nouvelle organisation intervient dans un contexte marqué par une progression attendue du nombre de cas de cancer en Algérie. Les estimations habituellement avancées font état de 57 000 à 60 000 nouveaux cas chaque année. Les données de Globocan publiées en août dernier font toutefois état d’un chiffre supérieur à 70 000 cas. Pour le Pr Bounedjar, la réalité se situerait entre 60 000 et 65 000 nouveaux cas annuels, en tenant compte notamment des wilayas à population moyenne. Au-delà des écarts entre les différentes estimations, le responsable souligne surtout la tendance à la hausse qui se dessine à l’échelle mondiale. L’Organisation mondiale de la santé prévoit en effet une augmentation de plus de 50 % du nombre de cancers à l’horizon 2040. Une évolution qui, selon le Pr Bounedjar, constitue une tendance mondiale sur laquelle « aucun pays n’a de prise ». Face à cette perspective, l’enjeu est double : poursuivre l’amélioration de la prise en charge des patients tout en agissant sur la mortalité. « Notre défi, au moins à court et moyen terme, est de réduire la mortalité », a insisté le président de la Commission nationale, en rappelant l’objectif fixé par l’OMS d’une réduction de 2 %. Ce cap repose notamment sur le renforcement du dépistage des cancers les plus fréquents, particulièrement ceux du sein, du côlon-rectum et du col de l’utérus, ainsi que du poumon. L’identification précoce de la maladie constitue, selon les données présentées lors du congrès, un facteur déterminant dans les chances de survie et l’efficacité des traitements. Le cancer du sein, lorsqu’il est détecté précocement et pris en charge avec des thérapies innovantes, affiche désormais un taux de survie à cinq ans proche de 100 %. Pour le cancer du côlon, tous stades confondus, ce taux atteint 70 %, tandis qu’il s’établit à 50 % pour le cancer du poumon.  Le Pr Bounedjar a également mis en avant l’importance des mesures de prévention et des recommandations issues des assises nationales, notamment celles portant sur le renforcement de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), dans le cadre de la prévention du cancer du col de l’utérus. « La volonté politique est là, mais il faut de l’exécution pour obtenir des résultats », a-t-il insisté, soulignant ainsi l’importance du passage de l’adoption de la stratégie à sa mise en œuvre effective sur le terrain.
Ania N. 

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