Lorsque des dizaines de milliers de Marocains ont pris d’assaut la ville autonome espagnole Ceuta, qui a eu lieu les 30 et 31 juillet 2026, la crise migratoire entre le Maroc et l’Espagne a fait des dégâts collatéraux en provoquant des tensions diplomatiques jusqu’en Italie. Pour Rome, Madrid ne doit pas se tromper de cible…
Dans une interview avec le quotidien italien « Corriere della Sera », le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, qui occupe également le poste de vice-président du Conseil des ministres, a évoqué la crise migratoire de Ceuta et les tensions qu’elle a causées aux relations entre son pays et l’Espagne et son président du gouvernement Pedro Sanchez. En cause, la décision de l’Italie de suspendre l’accord Schengen avec l’Espagne en avançant un motif lié à des risques de sécurité qu’occasionnerait la circulation des personnes après l’invasion de Ceuta. Pour Tajani, cette décision est maintenue d’autant plus qu’il y a « le risque d’une nouvelle vague d’arrivées à Ceuta et avec elle de dangers concrets de terrorisme islamiste est signalé par le renseignement espagnol lui-même. Et si c’est clair pour eux (Espagne, ndlr), pourquoi devrions-nous le (problème, ndlr) sous-estimer ? », a affirmé Tajani au journal italien.
Le chef de la diplomatie italienne a ensuite expliqué que cette décision n’a rien de politique avec Madrid. « Nous ne menons aucun type de « bataille » contre l’Espagne, nous nous contentons de contrôler correctement les arrivées, et nous avons déjà renvoyé ou arrêté des personnes qui n’avaient pas le droit d’entrer en Italie », a-t-il ajouté, invitant l’Espagne à, « au lieu de s’inquiéter pour nous, devrait s’inquiéter pour le Maroc : c’est de là que viennent les problèmes, et non pas de nos contrôles qui servent à empêcher que des clandestins (migrants, ndlr) et, pire encore, des terroristes potentiels arrivent en Europe. » Interrogé sur les délais que prendraient la suspension de l’accord de Schengen, le chef du parti libéral-conservateur « Forza Italia » – situé au centre droit – a répondu : « Nous verrons si les alertes sont fondées ou non et nous déciderons. » Mais, il n’en « fait pas un drame », a-t-il souligné pour tempérer les ardeurs, rappelant qu’avec la Slovénie, Schengen est suspendu depuis plus de deux ans précisément parce que c’est une autre porte d’entrée en Italie et en Europe à risque ». Approché au sujet du même dossier mais concernant, cette fois, l’Allemagne, Tajani a estimé que les deux pays partagent les mêmes objectifs visant à organiser la migration, mais en excluant tout recours à la régularisation de masse comme c’est le cas en Espagne. Avec les Allemands, « nous discutons, nous attendons que les règles pour l’application du traité soient décidées en Europe, mais en tenant également compte du nombre d’immigrés qui sont restés ici, débarqués par des navires des ONG allemandes. « Il n’y a pas de conflit entre nous, nous avons le même objectif : oui aux flux réguliers, même importants si nécessaire, de travailleurs étrangers », a-t-il confié. En revanche, le chef de la diplomatie italienne s’oppose catégoriquement à des mesures « à la Sanchez » portant notamment des régularisations massives de ressortissants sans-papiers.
Par ailleurs, il faut noter que les déclarations du ministre italien n’ont pas, comme il fallait s’y attendre, passé inaperçues. Les propos de Tajani ont été très mal reçus au Maroc. Les médias du Makhzen ont d’ores et déjà interprété ça comme un crime de lèse-majesté.
Farid Guellil












































