LES BOMBARDEMENTS ET LE BLOCUS SIONISTE AGGRAVENT LA CRISE : Des centaines de milliers de familles sans abris à Ghaza 

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La crise humanitaire se poursuit dans la bande de Ghaza, où des centaines de milliers de familles déplacées font face à la dégradation de leurs conditions d’hébergement, tandis que les établissements de santé sont confrontés à de graves pénuries de carburant et de moyens de fonctionnement.

Les autorités locales et les organisations humanitaires alertent parallèlement sur les risques liés aux bâtiments endommagés, dont certains menacent directement la vie des habitants et des déplacés. Le ministère du Développement social à Ghaza a ainsi mis en garde contre l’aggravation de la crise de l’hébergement des déplacés, dans un contexte marqué par la détérioration d’une grande partie des tentes et des centres d’accueil et par une pénurie persistante de fournitures nécessaires à l’hébergement. Dans un communiqué de presse, le ministère a demandé l’acheminement urgent de 200.000 nouvelles tentes et de 300.000 bâches plastiques résistantes aux conditions météorologiques, afin de répondre aux besoins les plus immédiats des familles déplacées. Selon les estimations du ministère, fondées sur les données et rapports des agences des Nations unies, entre 1,2 et 1,5 million de personnes déplacées vivent actuellement dans des camps et des zones d’accueil surpeuplés et exposés, où les conditions minimales de vie ne sont pas réunies. Le ministère estime également que 70 à 80% des tentes et centres d’accueil existants ont été endommagés ou se sont fortement dégradés après une longue période d’utilisation et une exposition continue aux intempéries. Cette situation réduit la capacité des familles à se protéger contre les pluies, les vents et les fluctuations météorologiques. Face à l’urgence, les autorités locales évaluent à près d’un demi-million le nombre de structures d’hébergement temporaire nécessaires, réparties entre 200.000 tentes et 300.000 bâches, afin d’assurer un niveau minimal de protection aux populations déplacées. Le ministère a appelé la communauté internationale, les agences onusiennes et les organisations humanitaires à accélérer l’acheminement des équipements d’hébergement et à lever les restrictions entravant l’entrée des cargaisons humanitaires, avertissant que tout nouveau retard accroîtrait les risques auxquels sont exposées des centaines de milliers de familles.

Près de deux millions de personnes ont besoin d’aide au logement

Ces alertes rejoignent les dernières estimations humanitaires des Nations unies. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), près de 1,98 million de personnes, soit 94% de la population de Ghaza, ont besoin d’une aide dans le domaine de l’hébergement et des articles non alimentaires. Quelque 58% de la population présentent des besoins qualifiés de critiques ou catastrophiques, tandis que 84% des ménages sont confrontés à de graves restrictions concernant leurs conditions de logement, notamment en matière de protection contre les intempéries. Des évaluations onusiennes portant récemment sur 178.632 unités d’habitation dans la bande de Ghaza ont montré que 107.941 logements, soit près de 60%, avaient été détruits, gravement endommagés ou rendus inhabitables. Dans le même temps, les réparations de base effectuées par les partenaires humanitaires depuis le début de l’année jusqu’au mois d’août n’ont concerné que 627 unités. La situation est d’autant plus préoccupante que certaines familles sont contraintes de vivre dans des bâtiments endommagés faute d’alternatives. L’effondrement d’un immeuble endommagé dans la ville de Ghaza en septembre a de nouveau mis en évidence les dangers auxquels sont exposées les populations. Le Conseil norvégien pour les réfugiés a, de son côté, indiqué que des centaines de bâtiments classés comme dangereux restent occupés en raison de l’absence de solutions de logement plus sûres, alors que des obstacles persistent concernant l’entrée de certains matériaux destinés à l’hébergement.

L’effondrement de l’« immeuble Al-Saada » fait plus de 21 martyrs

Le Bureau médiatique gouvernemental à Ghaza a imputé à l’occupation sioniste la responsabilité de l’effondrement de l’« immeuble Al-Saada », qui a fait plus de 21 martyrs palestiniens, ainsi que des dizaines de blessés, alors que plusieurs personnes restent portées disparues sous les décombres. Dans une déclaration à la presse, le Bureau médiatique gouvernemental a affirmé que l’armée d’occupation avait nié avoir ciblé l’immeuble, tout en indiquant que celui-ci avait été directement bombardé le 9 octobre 2023, vers 17h00. Selon la même source, les frappes avaient notamment touché les fondations ainsi que les premier et deuxième étages, provoquant d’importants dégâts structurels. Le Bureau médiatique gouvernemental a estimé que les dommages causés par ces frappes constituaient la cause directe de l’effondrement de l’immeuble, s’appuyant, selon lui, sur des constatations techniques, des rapports de terrain et des témoignages de résidents. Il a également mis en garde contre le risque d’effondrement de dizaines d’autres bâtiments fissurés ou fortement endommagés, qui menacent les habitants, les familles déplacées et les personnes présentes dans leur environnement immédiat.

255 bâtiments menacent ruine 

Face à l’ampleur des dégâts, le Bureau médiatique gouvernemental a annoncé le lancement d’un plan d’urgence pour évacuer et démolir 255 bâtiments fissurés et menacés d’effondrement. Le plan, conduit par le ministère des Travaux publics et du Logement, prévoit notamment l’envoi de notifications officielles aux propriétaires des bâtiments dangereux afin d’ordonner leur évacuation immédiate, ainsi que l’installation de panneaux d’avertissement interdisant leur accès. Les autorités prévoient également de mettre en place des solutions d’hébergement temporaires pour les familles contraintes de quitter leurs logements. Plusieurs institutions participent à cette opération, notamment les ministères des Travaux publics et du Logement, du Développement social et des Collectivités locales, ainsi que la Défense civile, la police palestinienne et d’autres organismes publics. Des rapports de terrain doivent permettre de recenser les bâtiments concernés et les opérations d’évacuation. Les équipes du ministère du Développement social ont déjà entrepris des opérations de recensement des familles déplacées vivant dans certains bâtiments classés dangereux. Les commissions chargées de cette mission rencontrent toutefois des difficultés, notamment en raison du manque de coopération des responsables de certains immeubles. Le plan est également confronté à un déficit de financement, de véhicules et d’équipements lourds nécessaires à l’évacuation et à la démolition des bâtiments menaçant de s’effondrer, ainsi qu’à la pénurie de terrains sûrs pouvant accueillir les familles déplacées. La commission égyptienne a, pour sa part, fait part de sa disponibilité à fournir les moyens de transport nécessaires à l’évacuation des déplacés vers les centres d’accueil désignés.

L’hôpital Al-Wafaa suspend plusieurs services

Parallèlement à la crise de l’hébergement, le système de santé de Ghaza continue de subir de fortes contraintes opérationnelles. L’hôpital Al-Wafaa de réadaptation médicale et de chirurgie spécialisée a annoncé lundi la suspension temporaire de plusieurs de ses services essentiels en raison d’une pénurie aiguë de diesel et de carburant nécessaires au fonctionnement des générateurs électriques et des véhicules. Cette suspension prend effet aujourd’hui et concerne les consultations externes, les interventions chirurgicales, la physiothérapie ambulatoire, l’ergothérapie ambulatoire, ainsi que les services d’orthophonie et de prise en charge des troubles de la déglutition en ambulatoire. L’établissement a précisé que ses difficultés ne se limitaient pas au manque de carburant, mais concernaient également l’approvisionnement en huiles, pneumatiques, pièces détachées et équipements nécessaires à l’entretien des véhicules et du matériel médical. Selon l’hôpital, la décision de suspendre certains services vise à préserver les ressources disponibles et à les consacrer aux patients hospitalisés ainsi qu’aux prestations médicales essentielles. L’établissement a averti que la poursuite de cette crise pourrait entraîner une nouvelle réduction des services dans les prochaines semaines. Il a lancé un appel urgent à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), aux Nations unies, aux institutions sanitaires et humanitaires ainsi qu’aux bailleurs de fonds afin d’assurer la fourniture de carburant, d’huiles, de pièces détachées et de matériel de fonctionnement et de maintenance.

L’Unrwa confrontée à une crise financière persistante

La crise humanitaire intervient également alors que l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (Unrwa) continue de faire face à des difficultés financières. Le conseiller médiatique de l’agence, Adnan Abu Hasna, a indiqué que la crise financière n’était toujours pas résolue, malgré la poursuite des services de l’Unrwa et la reprise du processus éducatif dans la bande de Ghaza. Il a précisé que l’agence avait dû prendre plusieurs mesures pour faire face à son déficit financier, notamment une réduction des salaires de ses employés, tout en poursuivant ses efforts pour mobiliser les financements nécessaires au maintien des services essentiels.

Près d’un demi-million d’élèves ont repris leur scolarité

Selon Abu Hasna, près de 500.000 élèves ont repris leur scolarité dans la bande de Ghaza. Il a estimé que l’année scolaire en cours pourrait être meilleure que la précédente, dans un contexte marqué par une accalmie sécuritaire relative. Quelque 86 espaces éducatifs fonctionnent actuellement dans la bande de Ghaza et accueillent entre 70.000 et 80.000 élèves dans le cadre de l’enseignement en présentiel. Ce nombre pourrait atteindre environ 100.000 élèves au cours des prochains mois. L’enseignement virtuel et à distance devrait, pour sa part, concerner quelque 280.000 élèves, alors que les infrastructures éducatives du territoire ont subi d’importants dégâts. Abu Hasna a également fait état de la mort de quelque 390 employés de l’Unrwa, dont des enseignants et des travailleurs de différents secteurs, ainsi que de milliers d’enfants, tandis que d’autres restent portés disparus ou ensevelis sous les décombres, en plus de dizaines de milliers de blessés. Concernant la remise en état des établissements scolaires endommagés, le responsable de l’Unrwa a indiqué que cette question demeurait directement liée au processus de reconstruction de la bande de Ghaza, qui reste, selon lui, éloigné à ce stade. L’agence considère la reconstruction comme faisant partie d’un processus plus large lié à l’avenir politique de la bande de Ghaza et aux arrangements concernant sa gestion, ce qui rend la réhabilitation des établissements éducatifs étroitement dépendante du processus global de reconstruction et de rétablissement des services essentiels.

M.Seghilani