L’écrivaine et journaliste américaine Elaine Mokhtefi, connue notamment pour son ouvrage « Alger, la révolutionnaire », a officiellement obtenu la nationalité algérienne à l’âge de 98 ans, en vertu d’un décret présidentiel publié au Journal officiel n° 55. Cette naturalisation vient consacrer un parcours exceptionnel, intimement lié à l’histoire de la lutte de libération nationale et à l’engagement anticolonial.
Le décret présidentiel, daté du 23 juillet dernier, précise qu’« est naturalisée algérienne dans les conditions prévues par les articles 11 (alinéa 1er) et 12 de l’ordonnance n° 70-86 du 15 décembre 1970, modifiée et complétée, portant code de la nationalité algérienne, la dénommée Elaine Klein, née le 10 décembre 1928 à New York (États-Unis d’Amérique) ». Née à New York en 1928 au sein d’une famille d’origine juive, Elaine Klein s’installe en France en 1952.
C’est durant cette période qu’elle prend conscience de la réalité de la colonisation en Algérie et décide de soutenir activement le combat du peuple algérien pour son indépendance. À la suite des Accords d’Évian en 1962, elle s’établit à Alger où elle exerce le métier de journaliste et de traductrice. En 1974, elle épouse Mokhtar Mokhtefi, ancien combattant de l’Armée de libération nationale (ALN), écrivain et figure du mouvement indépendantiste. Depuis cette union, elle est connue sous le nom d’Elaine Mokhtefi.
Son époux est décédé en 2015. Pendant les douze années qu’elle passe en Algérie, Elaine Mokhtefi contribue à la vie intellectuelle et politique du pays tout en accompagnant plusieurs personnalités des mouvements de libération. Parmi les épisodes les plus marquants de son parcours figure son soutien à Frantz Fanon, qu’elle avait rencontré en Algérie et qu’elle accompagne lors de ses derniers jours dans un hôpital aux États-Unis, où il succombe à une leucémie. Son témoignage sur cette période est rassemblé dans ses mémoires et plus particulièrement dans son ouvrage Alger, la révolutionnaire. Elle y retrace le rôle central qu’a joué la capitale algérienne dans les années 1960 en tant que carrefour des mouvements de libération, accueillant des militants anticoloniaux et antiracistes venus du monde entier.
À travers ce récit, Elaine Mokhtefi revient également sur les rencontres qui ont marqué son parcours, notamment avec le premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella, ou encore le dirigeant cubain Fidel Castro. Son livre constitue aujourd’hui un témoignage précieux sur une période où Alger s’était imposée comme l’une des capitales mondiales des luttes pour l’émancipation des peuples. Par cette décision de naturalisation, les autorités algériennes rendent hommage à une femme dont l’engagement en faveur de l’indépendance de l’Algérie et des causes anticoloniales a marqué durablement l’histoire contemporaine du pays.
M. Seghilani















































