L’Aïd El-Adha s’est ouvert cette année dans la bande de Ghaza sous le signe de la guerre et du blocus, dans un contexte humanitaire dramatique qui continue d’affecter la vie quotidienne de plus de deux millions de personnes.
Pour la troisième année consécutive, les habitants sont privés de la tradition du sacrifice, en raison de la poursuite du conflit et du durcissement des restrictions imposées à l’enclave.
Selon des témoignages locaux, les autorités sionistes continuent de ne pas respecter pleinement les dispositions du cessez-le-feu, tandis que les restrictions sur l’entrée de l’aide humanitaire demeurent strictes : seules 38 % des quantités convenues seraient autorisées à entrer dans la bande de Ghaza. Plus de deux millions d’habitants de la bande de Ghaza sont privés de la possibilité d’accomplir le rituel du sacrifice, en raison de la flambée des prix et de la pénurie de bétail. Les conditions économiques et humanitaires se sont aggravées depuis le début de la guerre en octobre 2023. Un habitant, Mohammed Al-Soussi (45 ans), explique avoir renoncé à acheter un mouton cette année « C’est la troisième année consécutive que je ne peux pas sacrifier. L’offre est rare et les prix sont très élevés. » Il déplore également une atteinte aux pratiques religieuses « Nous accomplissons ce sacrifice pour nous rapprocher de Dieu, mais aujourd’hui nous en sommes incapables ». Un autre citoyen, Obeïd Al-Salem (56 ans), indique avoir dû acheter de la viande congelée pour aider ses proches, faute de moyens pour acheter un animal vivant. Toutefois, il précise avoir appris que cette alternative ne peut remplacer le sacrifice rituel selon les avis religieux. La situation du bétail s’est fortement dégradée après des frappes ayant visé des fermes, des élevages et des stocks d’aliments pour animaux. Ces destructions ont entraîné la mort d’un grand nombre de bêtes et un quasi-effondrement du secteur. Selon le commerçant et éleveur Akram Saïd, les marchés ne proposent plus que des quantités très limitées de bétail local « Un mouton de 45 kg coûte environ 3 900 dollars, soit plus de 83 dollars le kilo » Il explique que cette hausse des prix est liée à la fermeture des points de passage et à l’interdiction d’importer du bétail. Avant la guerre, le prix du kilo était estimé à environ cinq dinars (25 shekels). Il ajoute que la disponibilité actuelle ne représente pas plus de 5 % des niveaux d’avant-guerre, et que la majorité des achats est désormais effectuée par des associations caritatives, les particuliers étant quasiment absents du marché. Les autorités concernées continueraient, selon les mêmes sources, à ne pas appliquer pleinement les termes de l’accord de cessez-le-feu signé en octobre, notamment concernant l’ouverture des points de passage et l’entrée de l’aide humanitaire, prévue à hauteur de 600 camions par jour. Avant la guerre, Gaza importait entre 10 000 et 20 000 bovins ainsi que 30 000 à
40 000 ovins. Aujourd’hui, aucun animal d’élevage n’entre dans le territoire. Selon le Programme alimentaire mondial, environ 1,6 million de personnes, soit 77 % de la population, font face à une insécurité alimentaire aiguë, dont des dizaines de milliers de femmes enceintes et d’enfants. Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu, les violences se poursuivent. Les sources locales font état de 880 morts et 2 605 blessés depuis son entrée en vigueur en octobre dernier, ainsi que de centaines de corps récupérés dans différentes zones. Depuis le début de la guerre en octobre 2023, le bilan global s’élèverait à plus de 72 000 morts et plus de 172 000 blessés, selon des sources médicales locales. Dans ce contexte, l’Aïd El-Adha se déroule dans la douleur, loin des traditions de partage et de célébration habituelles, sur fond d’une crise humanitaire sans précédent dans la bande de Ghaza.
M. Seghilani













































