L’artiste portoricain, star mondiale du reggaeton, s’apprête à vivre deux moments historiques: les Grammy Awards et le Super Bowl. Mais son succès dérange une partie de l’Amérique trumpiste.
Benito Antonio Martínez Ocasio, alias Bad Bunny, incarne une ascension fulgurante. Découvert en 2016 sur SoundCloud alors qu’il travaillait dans un supermarché de Porto Rico, cet artiste de 31 ans a propulsé le reggaeton et la trap latino au sommet des charts mondiaux. En une décennie, il est devenu l’un des artistes les plus écoutés au monde, brisant les barrières linguistiques avec des albums entièrement en espagnol.
Dans son dernier album, Bad Bunny fait une grande place aux rythmes traditionnels portoricains et évoque la colonisation de son île natale. Opposé à la politique migratoire de Donald Trump, il a décidé d’éviter les États-Unis dans sa tournée 2025 pour protéger ses fans de raids de la police de l’immigration.
La colère des trumpistes
La présence de Bad Sunny au Super Bowl cristallise les tensions. Les partisans de Donald Trump s’insurgent contre son choix de chanter en espagnol. « La NFL ne comprend donc rien à rien? », s’est indigné Sebastian Gorka, conseiller du président américain.
Certains critiquent également son esthétique qui brouille les codes de genre. « Son choix de chanter en espagnol se heurte à une idée nationaliste de qui a le droit d’appartenir aux États-Unis », explique l’historien Jorell Meléndez-Badillo.
Longtemps, les musiques latines ont été cantonnées à des catégories spécifiques. Cette année, l’intégration de milliers de nouveaux votants reflète une volonté de diversification. Le choix de Bad Bunny pour le Super Bowl n’est pas un faux pas : la NFL « veut devenir globale », rappelle Jorell Meléndez-Badillo. L’artiste, populaire aux États-Unis et à l’international, « attire les foules » et coche toutes les cases pour un événement de portée mondiale. Dans un pays où plus de 40 millions de personnes parlent espagnol à la maison, l’ascension de Bad Bunny reflète une réalité démographique.
Un double rendez-vous historique
Bad Bunny obtient six nominations pour son album « Debí Tirar Más Fotos », dont celle d’album de l’année. C’est seulement la deuxième fois qu’un disque en espagnol concourt dans cette catégorie, après son propre album « Un Verano Sin Ti » en 2022. Une semaine après les Grammys, le 8 février, il assurera le spectacle de la mi-temps du Super Bowl devant des dizaines de millions de téléspectateurs.
Historiquement, la cérémonie a été critiquée pour son conservatisme. La Recording Academy, qui décerne les Grammys, a intégré 3.800 nouveaux membres pour voter lors de la cérémonie, dont la moitié a moins de 39 ans et 58% sont des personnes racisées.











































