Marché

VIOLATION DES MESURES BARRIÈRES CONTRE LE COVID-19 : Quand des citoyens jouent avec le feu

Que ce soit dans les localités profondes de Bab El-Oued, El-Harrach, Alger-centre ou dans les autres quartiers algérois comme ailleurs, ou encore dans les autres wilayas du pays, en particulier dans les quartiers isolés, loin des regards des services de sécurité, le constat est identique concernant le respect des mesures sanitaires en ces premiers jours du mois sacré de Ramadhan. Après ces histoires de sacs de semoules qui avaient fait couler beaucoup d’encre où les gens se faisaient les épaules pour s’en procurer, nous y voilà encore pour les délices du mois de carême. Mais qu’en est-il du respect des mesures de prévention en cette période pandémique ? Rien. Elles sont tout simplement reléguées au deuxième plan.

Qui assumera une probable détérioration de la situation pandémique ?
Les Algériens se font les coudes pour la Zlabia ou le Kelb Elouz, ou autres produits prisés lors de ce mois de jeûne, après que ces activités « occasionnelles » pour la plupart d’entre elles, aient été autorisées à exercer en dépit de la pandémie du coronavirus. De vrais comités d’accueil pour le coronavirus se formaient autour de ces vendeurs, sans aucune mesure de sécurité, ni distanciation sociale, ou autres. Des vecteurs ambulants du virus corona. À qui imputer la responsabilité des conséquences désastreuses qui pourraient découler de tels agissements ? Citoyens, commerçants et autorités dans le même sac. Les autorités publiques attendent à ce que la population s’organise d’elle-même, en adoptant des comportements responsables à même de briser la chaîne de transmission du virus, seule solution possible pour stopper l’avancée galopante du virus mortel. Par manque de courage politique, les autorités du pays se contentent ainsi de remâcher les appels au respect du confinement et les mesures qui l’accompagnent, sans trop s’aventurer à prendre les décisions qui s’imposent en pareilles situations, laissant ainsi les choses trainer jusqu’à ce qu’on ne pourra plus compter nos morts. À l’origine de l’élaboration des lois, c’est pour justement pouvoir gérer les errements de l’être humain, ses appétits et son anarchie. Et en l’absence de la force publique qui veille au strict respect de ces lois, en infligeant des amendes et autres sanctions aux contrevenants, aucune mesure ne pourra être respectée.
De l’autre côté, des citoyens insouciants, habitués à l’anarchie, font la sourde oreille aux sollicitations « sentimentales » des autorités. À défaut de mesures concrètes, sans complaisance et surtout dissuasives, les gens font comme si de rien n’était jusqu’à ce que sonnera le glas.
Pour les commerçants, ils sont toujours otages de la vision étroite du gain, sans trop faire de soucis sur les risques auxquels ils sont exposés et ceux qu’ils font courrir à leurs entourages. Autrement, ils peuvent peser de tous leur poids dans l’organisation et le respect de la distanciation sociale, en rappelant aux clients la nécessité de se soumettre au respect des mesures de prévention pour ne pas devenir des courroies de transmission du virus au risque de contaminer toutes les personnes croisées. Et quelles seront les conséquences de tels comportements irresponsables et ses répercussions sur la lutte contre le coronavirus ?

La réponse des spécialistes
«Le nombre de nouveaux cas de Covid-19 dans certaines villes du pays connaît actuellement une progression inquiétante. Il est urgent de revenir au respect des mesures barrières et surtout la distanciation sociale, qui permettent de casser la chaîne de contamination», a averti, le Pr Lyes Rahal, directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP), qui craint ainsi que  « tous les résultats probants obtenus jusque-là grâce au confinement et au protocole de traitement mis en place avec une prise de conscience de la population au début de l’épidémie ne soit mis à mal » par le relâchement et le manque de respect des mesures de prévention et de précaution constaté ces jours-ci, notamment la distanciation sociale, à la veille du mois de Ramadhan. M. Rahal a appelé ainsi au respect des mesures de protection et éviter les déplacements inutiles. «Plusieurs personnes sont décédées, faisons l’effort de réduire les contaminations et par là la mortalité», a-t-il ajouté. De son côté, le DG de l’Institut Pasteur, Fawzi Derrar, a expliqué, lors de son passage sur les ondes de la Radio algérienne chaîne 3 que l’objectif de la stratégie du confinement c’est de ramener la contamination du virus à moins d’une personne car, a-t-il ajouté, c’est à partir de là que la pandémie est maîtrisée, mais si , a-t-il enchaîné, le virus contamine plus d’une personne l’épidémie reprend, d’où l’importance du respect du confinement pour éviter la deuxième vague qui est plus virulente et permet au virus de circuler et muter.
Les appels au respect des mesures de prévention et de confinement se sont multipliés ces derniers jours en raison du relâchement constaté dans l’application de ces restrictions sanitaires qui ne peut qu’anéantir tous les efforts consentis et qui ont été récompensés par une amélioration significative de la situation pandémique dans le pays, qui avait nourri tous l’espoir de pouvoir enfin vaincre le virus mortel. Sauf que l’inconscience à grande échelle de nos concitoyens risque de raviver le virus et provoquer une deuxième vague de la pandémie encore plus sévère et plus difficile à gérer.
Brahim Oubellil