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Témoin des siècles et narrateur des temps : Le Qanun, instrument de musique traditionnelle

Le Qanun, cet instrument noble de musique traditionnelle, témoin des siècles, présent aux premiers rangs des orchestres classiques de musiques savantes, représente la richesse du patrimoine culturel de nombreux pays, un narrateur des temps, dont les méthodes d’apprentissage sont simplifiées par le musicien passionné, Mohamed Saâdaoui dans son ouvrage « Méthodes de Qanun », à paraitre prochainement.
Bien que son invention ait été attribuée au philosophe musulman d’origine perse, Abû Nasr Al-Fârâbî, le Qanun aurait existé bien avant, à l’époque de l’empire byzantin, où il était « très présent dans la musique savante profane », explique le maître-qanuni, avant d’ajouter qu’au Xe siècle, il figurait dans les contes des « Milles et une nuits ».
Introduit dans l’instrumentarium musical traditionnel algérien via la Tunisie vers 1835, le Qanun était encore absent dans l’orchestre de Sfindja, à la fin du XIXe siècle, pour le voir apparaître à l’époque de Larbi Bensari à Tlemcen au début du 20ème siècle et bien après à Alger, grâce à Boudjemaâ Fergane. Le spécialiste du qanun rappelle, avec regret, l’absence d’écoles dédiées à l’apprentissage de cet instrument et encore moins de classes dans les différents instituts de musique en raison de l’inexistence de professeurs qualifiés, ce qui a réduit l’apprentissage à l’oralité et l’expérience pratique des maîtres qui l’enseignent.
Après « huit ans de recherches et d’études » de plusieurs méthodes d’apprentissage d’éminent qanunis à travers le monde, et exploré pendant longtemps les différents styles et techniques de jeu, le musicien chercheur a mis au point une « méthode idoine » qui pourrait donner les meilleurs résultats à terme et rendre cet instrument plus accessible à l’universalité.
Apportant du nouveau dans la méthodologie, basée sur une « pédagogie progressive propre » et dans le développement de l’harmonie, l’auteur a créé environs 2000 exercices, avec et sans plectre (lamelle pour faire vibrer les cordes), après les avoir structurés en chapitres en explorant le domaine de l’harmonie. Instrument à cordes pincées de la famille des cithares sur table, le Qanun, souvent qualifié de « magique et de céleste », est utilisé dans le monde arabe, en Asie mineure et sur la rive sud de la méditerranée.
Cet instrument traditionnel a connu les premières transformations au XIXe siècle, avec l’introduction, par les « luthiers de l’Empire ottoman », de leviers (« mandal » en turc et « âorab » en arabe), à sa gauche près des chevilles, pour modifier la hauteur du son. De nos jours, le qanun présente une forme trapézoïde et compte 78 cordes, avec une caisse de résonance en noyer, acajou ou en érable, à l’épaisseur variant selon les modèles de 3 à 10 centimètres. Rappelant que l’instrument possède un registre tonal qui s’étale des sonorités basses à celles aigues (3 octaves et demi), l’auteur a précisé que les partitions pour Qanun, s’écrivaient, comme pour le piano et la harpe.
Après un passage à l’association de musique andalouse El-Fekhardjia et une reconversion réussie du piano au qanun, Mohamed Saâdaoui a rencontré le grand qanuni turc Halil Karaduman, avec qui il collaborera longtemps pour promouvoir davantage cet instrument en Algérie. Il a, entre autres, enseigné pendant 12 ans dans différentes associations de musique andalouse de Miliana (Ezziria, Balabel El-Andalous et El-Anasser).
En 2010, il fonde l’Ensemble « Ibnou Sina », avec lequel il, anime plusieurs concerts en Algérie et à l’étranger, enregistre des albums et encadre des séminaires et symposiums scientifique, des ateliers, et assure plusieurs représentations, avec le qanun comme axe principal, au Festival international du qanun est organisé par l’Institut des arts traditionnels turcs et l’Association pour les musiques et cultures d’Anatolie.