Soltani dans une pique adressée à Makri : «Il faut dépasser les ambitions personnelles»

Boudjerra Soltani s’est félicité de l’issue des travaux de la récente session extraordinaire du MSP en perspective du congrès de mai prochain. Une session lors de laquelle il a été consacré un «Mouvement pour la société» et non pas un «Mouvement pour les individus», comme prôné par le président actuel Abderrezak Makri. L’ex-président de ce parti islamiste et farouche opposant de la politique d’opposition de Makri, faut-il le rappeler, a mis en garde contre la «déviation de la ligne de conduite» tracée par le fondateur du parti, Mahfoud Nahnah, dont serait l’origine «le détournement de sa ligne politique» et «les ambitions personnelles» de la direction actuelle.
Soltani semble se réjouir du refus par les congressistes de la proposition de Makri sur l’adoption de nouvelles conditions strictes pour se présenter candidat à la tête du parti. Parmi ces nouvelles conditions : la nécessité de définir un programme politique à suivre et se justifier d’une déclaration de patrimoine. Makri n’avait cherché que de maintenir son équipe et se maintenir lui-même à la tête du parti, ce qui serait synonyme, selon Soltani, de piétinement des statuts du MSP et de l’avis de ses militants ainsi que la conduite tracée par le fondateur Nahnah. La semaine dernière, Soltani a exprimé son refus de se porter candidat pour présider le parti, si la direction continue «à s’accaparer» la préparation du prochain congrès. Pour le moment, aucun éventuel candidat ne s’est encore prononcé, alors que des discrétions parlent que Makri, qui a déjà tranché sa décision pour briguer un autre mandat. Les alliés de Soltani, qui se présentent comme les défenseurs de la ligne plaidant pour le retour du parti au gouvernement, accusent Makri d’exercer des pressions sur les militants pour contrôler les instances décisionnelles du MSP et influer sur leur décision.
«Mes hommages et salutations les plus respectueuses à tous les membres du Madjliss Échoura national pour l’esprit de responsabilité et d’implication dont ils ont fait montre », a écrit Soltani sur sa page facebook hier. Les travaux de la rencontre de la semaine dernière augurent d’«un climat d’unité entre les enfants de l’école MSP après le renoncement de toute individualité en faveur des institutions et l’avenir du parti et non pas des ambitions personnelles de certains », a conclu Soltani. La période difficile que traversent actuellement les cadres du MSP s’est accentuée ces derniers jours, alimentée essentiellement par la bataille politique opposant les partisans de Soltani et ceux de Makri. Ce qui compliquerait la tâche à une année de la Présidentielle à venir. Les craintes sur le risque de fracture et d’implosion dans le parti ont été mises en avant par tous les cadres dirigeants et militants, qui n’ont de cesse, depuis, d’appeler à l’unité pour un retour aux fondamentaux initiaux.
Passant d’un sentiment de pessimisme à un semblant d’optimisme, Soltani a souligné que la récente réunion du MSP lui a appris «deux leçons», qu’il ajoutera à son «parcours de militant dans les rangs du Mouvement ». Ceci, comme pour «renforcer ma conscience politique en vu d’envisager un avenir qui va au-delà des considérations personnelles, mais pour mener à bon chemin l’unité» du parti fondé par feu Mahfoud Nahnah. L’ex-président du MSP également ex-ministre au gouvernement pointe du doigt, encore une fois, des pressions qui s’exercent sur les membres du parti et des clivages pour imposer une conduite, notamment celle de l’actuel président Makri. «La pratique démocratique n’est pas l’apanage d’une personne. Elle n’est pas non plus un droit acquis pour une élite ou un groupe quelconque qui soit à sa hiérarchie», estime Soltani, qui apporte ainsi une réponse aux arguments de Makri dans le souci «d’apporter une plus grande démocratie et transparence». «Il s’agit d’une qualité éthique et d’une culture politique générale avec des décisions émanant d’institutions en concertation avec les militants chacun selon ses convictions. Et cela dans un souci d’appartenir à un grand Mouvement régie par les valeurs de ses hommes et les sacrifices de ses martyrs», souligne-t-il. «Le Mouvement est plus grand que ses individus, et les institutions doivent rester loin de toute partialité. Les ambitions personnelles n’engagent pas la collectivité car l’intérêt de la collectivité est plus supérieur que les amitiés qu’on tisse avec les individus», résume Soltani.
Hamid Mecheri