UNE HISTORIENNE ESPAGNOLE DÉCONSTRUIT LE RÉCIT DU MAKHZEN SUR LA PATERNITÉ DE CEUTA ET MELILLA : « De la pure fantaisie marocaine »
Margarita Torres, historienne espagnole, sans équivoque sur les velléités marocaines dans la région : « Jusqu’en 1957, le Royaume du Maroc n’existait pas. Nous n’allons pas perdre les villes espagnoles de Ceuta et Melilla. Elles n’ont jamais été marocaines. » L’historien passe en revue les trois mille ans d’histoire des deux villes dans l’émission emblématique « La Tarde » sur COPE, l’une des radios privées les plus écoutées en Espagne.
L’historienne a d’abord analysé les fondements historiques de l’identité espagnole de Ceuta et Melilla. En réponse au Makhzen qui développe, petit à petit, l’idée d’une supposée paternité marocaine des deux villes espagnoles, elle a qualifié ces revendications de « pure fantaisie », dénuée de fondement documenté et de crédibilité historique. Dans ses déclarations, Torres a souligné que les deux villes autonomes peuvent s’enorgueillir d’une histoire, qui se perpétue, de plus de trois millénaires. « C’est la première chose que les Espagnols doivent bien comprendre : le royaume du Maroc n’existait pas avant 1957 », a affirmé la chercheuse pour battre en brèche les arguments et déconstruire le récit du Maroc, dont le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a rebondi, vendredi dernier, sur le sujet, en suggérant, dans une interview à la chaîne publique 2M, que « la question de Ceuta et Melilla restera un sujet de dialogue entre nous et l’Espagne ». La spécialiste de l’histoire a réservé une fin de non-recevoir aux velléités d’expansion marocaines dans la région. Elle a expliqué que l’intégration de ces enclaves s’est faite au sein de l’Hispanie romaine, et plus précisément dans la province de Maurétanie tingitane, et non sous une quelconque souveraineté, prétendument « millénaire », du Maroc. « Il s’agissait du diocèse d’Hispanie, messieurs, et non du Maroc, de l’Afrique du Nord ou de quoi que ce soit de ce genre, avec Mérida pour capitale », a souligné Margarita Torres pour illustrer l’administration partagée des deux côtés du détroit. Après les périodes vandale, wisigothique et byzantine, le lien avec la péninsule fut maintenu durant l’époque andalouse sous l’autorité de Cordoue. Comme l’a expliqué l’historienne, des souverains tels qu’Almanzor ont même fortifié Ceuta en 978 car « Ceuta et Melilla dépendaient de Cordoue, tout comme Grenade ou Almería ». Elle a aussi rappelé la prise de Ceuta par le Portugal aux Mérinides en 1415, bien avant l’avènement de la dynastie alaouite. Elle a également souligné que les sultans marocains eux-mêmes avaient signé des traités de paix et de commerce en 1767 et 1799, dans lesquels ils « reconnaissaient la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla » et définissaient clairement les frontières.
De la « Marche verte » aux îles Canaries
En examinant la déclaration d’indépendance du protectorat en 1956 sous le régime de Francisco Franco, la chercheuse en histoire a établi des parallèles avec l’occupation marocaine, dite « Marche verte » dans le vocabulaire officiel du Makhzen, du Sahara occidental en 1975. « Si les habitants de Ceuta, de Melilla et tous les Espagnols veulent savoir ce qui se passe actuellement à Ceuta, alors ils devraient étudier la « Marche verte de 1975 », a-t-elle averti sur les ondes de la radio. L’historienne a, en outre, mis en garde contre les pressions qui s’exercent au niveau des frontières et les différends liés aux eaux territoriales, non pas à Ceuta et Melilla, mais aussi concernant les îles Canaries appartenant à l’Espagne. « Ceuta est la première étape, Melilla la deuxième et les îles Canaries la troisième », a prévenu l’historienne qui tire cette conclusion des revendications et des actions du Maroc.
Farid Guellil



















































