Magistrats

SIT-IN DES MAGISTRATS, AUJOURD’HUI, DEVANT LE MINISTÈRE DE LA JUSTICE : Jeter les bases d’une Justice indépendante

À la veille du huitième vendredi de la mobilisation populaire pacifique, Maitres Mokrane Aït Larbi et Mustapha Bouchachi, deux avocats et militants des Droits de l’Homme, ont appelé à la poursuite du mouvement pour le changement du système politique en place, pour l’aboutissement des revendications du peuple, exprimées, depuis le 22 février dernier, à travers des marches grandioses, sur l’ensemble du territoire national.

Et, en perspective de l’édification de l’État de droit, dont l’indépendance de la justice en est un pilier principal et central, les deux militants politiques ont appelé à la tenue, aujourd’hui, d’un rassemblement devant le ministère de la Justice, à El Biar, Alger.

Me Ait Larbi: «Les étudiants et le peuple ne peuvent pas menacer l’ordre public»
L’avocat et militant des droits de l’Homme, Mokrane Aït Larbi, a appelé tous les magistrats à participer au rassemblement qu’ils vont «organiser aujourd’hui devant le ministère de la Justice à El Biar», pour objectif «d’aboutir à l’indépendance de la justice» a-t-il annoncé dans une vidéo postée sur son compte Facebook. Pour Mokrane Aït Larbi, «L’indépendance de la justice c’est la non intervention dans ses affaires ni de la part du président de la République ni du Gouvernement ni d’une autre partie», «ni du chef d’état-major ni du commandement de l’armée», a-t-il précisé, en poursuivant de commenter le discours de Gaïd Salah «Le rôle du chef d’état-major, qui a parlé de la justice, ne va pas au-delà de pouvoir poursuivre les militaires selon la loi de la justice militaire » indique Aït Larbi qui a refusé l’ingérence de l’arméedans les affaires de la justice civile. En abordant l’article 102 de la Constitution, l’avocat et militant des droits de l’Homme a estimé que son application «voudrait dire le maintien du système actuel qui est un système corrompu», a-t-il affirmé. Par ailleurs, l’ex-directeur de la campagne électorale du général à la retraite Ali Ghediri, a dénoncé dans la dite vidéo «avec force la répression des manifestations pacifiques des étudiants et de toutes les manifestations pacifiques». Il a critiqué le porte-parole du gouvernement qui a laissé entendre, mercredi passé, que la police avait répondu à un comportement violent de la part des étudiants, en lançant «Les étudiants et le peuple ne peuvent pas menacer l’ordre public». Aït Larbi a précisé que ceux qui menacent l’ordre sont «les corrompus, ceux qui transfèrent l’argent à l’étranger, se soignent à l’étranger pendant que les Algériens meurent dans les hôpitaux faute de soins » conclu l’avocat.

Me Bouchachi: «Rejet de la Présidentielle annoncée, dans la forme et le fond»
De son côté, l’avocat Mustapha Bouchachi a rejeté, jeudi passé, l’organisation des élections dans trois mois, « Nous rejetons tout cela dans la forme et dans le fond », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur sa page Facebook. « Nous avons toujours dit que les Algériens, quand ils sont sortis le 22 février, ont dit, d’une seule voix, non au 5e mandat, non à ce système», «nous voulons une véritable» précise l’avocat qui a rappelé que les Algériens sont sortis dire «non pas pour le départ de Bouteflika uniquement mais pour le départ du régime » en ajoutant que les «3B ‘’Bensalah, Bedoui, Belaïz’’  ne sont pas habilités à diriger la période de transition ». En s’interrogeant si le peuple peut leur faire confiance afin de gérer la période de transition ? Bouchachi a affirmé qu’ils ne sont pas «  légitimes pour faire cela », en les appellant à  démissionner immédiatement « ces personnes étaient en fait des travailleurs chez l’ex-président Bouteflika, puis chez la bande qui entourait le Président» a-t-il indiqué, avant de lancer «un pouvoir sans légitimité populaire, sera une proie facile aux puissances étrangères» poursuivit-il «Le régime politique savait que le peuple le refusait, et tirait sa force de l’étranger pour plaire aux étrangers, il détruisait l’économie du pays, son histoire», accuse-t-il.
En outre, Mustapha Bouchachi a « regretté » dans la dite vidéo, le dernier communiqué du général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah «le chef d’état-major dit qu’il ne veut pas de revendications irréalisables» reprend-il, «les revendications du peuple ne sont pas irréalisables». Pour l’avocat, «le temps où l’Institution ou l’Armée nationale populaire désignait les présidents doit s’arrêter». «Il faut donner cette liberté au peuple algérien», a affirmé le militant des droits de l’Homme qui appelle à «sauver la révolution».
Sarah Oubraham