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Salah Goudjil réagit à la reconnaissance française de l’assassinat de Maurice Audin : «Il faut aller encore beaucoup plus loin»

La reconnaissance officielle du crime commis sur le militant Maurice Audin a fait réagir la classe politique et historique française. D’aucuns estiment la déclaration faite par le président Macron de «courageuse» et d’un signe allant dans le sens d’éclairer davantage les zones d’ombre de la Guerre d’Algérie, longtemps entretenues dans le flou par les gouvernements successifs de la France officielle. En Algérie, quand bien même cette reconnaissance en est «un bon début», lui qui a déjà déclaré en tant que candidat, en févier 2017 à Alger, que la colonisation française est «un crime contre l’humanité», la famille révolutionnaire pense qu’il y a encore du chemin à faire. Ainsi, joint hier par téléphone, à l’effet de savoir ce qu’il pense de la déclaration du président Français, Salah Goudjil, ancien officier de l’ALN dans la wilaya-III historique, considère que c’est «un très bon début mais il faut aller encore beaucoup plus loin. Car, il faut rappeler qu’on a combattu le colonialisme français et non pas le peuple français», a déclaré l’ancien moudjahid de la région des Aurès, qui donne un exemple parmi tant d’autres, de ces crimes commis contre le peuple et ses leaders qui ont mené la Révolution de novembre. En d’autres termes, la reconnaissance officielle de l’assassinat de Maurice Audin doit être suivie de la reconnaissance de tous les autres crimes commis sur les militants algériens durant la Guerre d’Algérie. C’est-à-dire, reconnaître un cas c’est bien, mais il faudra surtout déclarer la colonisation française en Algérie comme étant un crime contre un peuple, qui aspire alors à une indépendance légitime. Or, jusque là, «les arrières fonds de la colonisation française en Algérie sont toujours là», poursuit notre interlocuteur qui plaide d’aller dans le fond des choses et de reconnaître un crime avéré. Pour mieux étayer ses dires, Goudjil tire le parallèle avec l’assassinat de Larbi Ben M’hidi, l’autre dirigeant de la Révolution, torturé et tué par les parachutistes français lors de la Bataille d’Alger. «Ce sont les mêmes parachutistes français qui ont torturé Maurice Audin qui ont torturé Larbi Ben M’hidi», témoigne le compagnon d’armes de Mostefa Ben Boulaïd, comme pour exclure toute thèse soutenant un acte isolé commis sur la personne du communiste français. «Si le président Macron a ajouté le nom de Larbi Ben M’hidi, il aurait été encore sur la bonne voie», soutient l’actuel membre du Conseil de la nation. En effet, partant du fait que des massacres à ciel ouvert ont été commis par l’armée française contre le peuple algérien, et non pas ciblant uniquement les leaders de la Révolution, il faudra le dire sans détour et oser le reconnaître comme tel. Ceci, dans la mesure où le président français s’est engagé à assainir le contentieux mémoriel entre l’Algérie et la France pour aspirer à aller de l’avant dans les relations entre les deux pays.
Jeudi, le président Macron a reconnu officiellement, au nom de la République française, que le militant de la cause algérienne, Maurice Audin, a été torturé puis exécuté ou torturé à mort, par les parachutistes de l’armée française lors de la Bataille d’Alger de 1957. La déclaration-reconnaissance du chef d’État français tranche, 61 ans après, avec la thèse officielle de l’État français et son armée, selon laquelle le militant communiste s’était évadé de prison. Le chef d’État français a également demandé «pardon» à Josette Audin, veuve du militant de la Révolution algérienne.
Farid Guellil