Marche

RÉPRIMÉE PAR LES FORCES DE L’ORDRE : Démonstration de force de la famille universitaire à Alger

La tension est montée d’un cran hier, dans la capitale, après une grandiose marche des étudiants et d’enseignants universitaires. Encore une fois, la famille universitaire est sortie dans la rue, comme chaque mardi depuis l’avènement historique du 22 février dernier, pour faire entendre sa voix pacifiquement.

Selon les participants, cette action se veut un rejet de la désignation de Abdelkader Bensalah comme chef de l’État par intérim. Cette marche qui a drainé des milliers de personnes a été réprimée par les forces de l’ordre qui ont eu recours au gaz lacrymogène et au canon à eau.
C’est la première fois, depuis le début du mouvement populaire pacifique, que la police intervient pour empêcher le déroulement d’une manifestation dans la Capitale, où une marée, formée par des étudiants et des enseignants, a été poussée, de force, à renoncer à son action pacifique. L’affluence estudiantine constatée, hier, était grandiose, notamment au lendemain de la reprise des cours à l’université. Toutefois, les manifestants ne s’attendaient pas à ce que les forces de l’ordre soient déployées massivement pour les empêcher de manifester.

Blocage des accès menant vers le Tunnel des Facultés
Au début, les centaines d’étudiants et étudiantes comme les enseignants, issus des différents établissements universitaires de la Capitale, mais aussi ceux des environs tels Blida, Boumerdès et Tizi-Ouzou, ont tenté de suivre l’itinéraire traditionnel parcouru, notamment entre la Grande-Poste et la Place Maurice Audin. Sauf que, cette fois-ci, après avoir entamé leur marche en entonnant l’hymne national «Kassaman» devant la Fac centrale, et au moment où tout se déroulait dans le calme au fur et à mesure que la procession humaine avance, les manifestants ont constaté, à leur surprise, que l’accès menant au Tunnel des Facultés était bloqué par un important cordon de sécurité, tenu par les forces anti-émeute. Ce dispositif a été dressé au niveau de l’Avenue Pasteur, juste devant la clinique des brûlés.

Les étudiants évitent l’affrontement !
regroupés face au barrage policier, les étudiants clamaient :« Silmiya, Silmiya (Pacifique, pacifique ) !» , «Chorta wa chaâb, khawa khawa (Police et peuple sont des frères) !», en invitant les agents de police à enlever leurs casquettes pour les rejoindre dans la manifestation. D’ailleurs, les étudiants s’interrogent sur les raisons de l’empêchement de cette marche pacifique. Après les échanges entre policiers et étudiants, déterminés à suivre l’itinéraire habituel, les forces de l’ordre n’ont pas cédé devant la pression, sachant que le bruit court au sujet d’une «instruction» évoquant l’interdiction des marches à Alger en dehors de la journée de vendredi, où la mobilisation du peuple connaissait sa 7e marche grandiose la semaine passée.

« Arrêtez le gaz, c’est néfaste pour les malades ! »
Pour disperser les étudiants manifestants qui semblaient être déterminés à rester sur place, les policiers antiémeutes ont eu recours à l’usage de gaz lacrymogène et au canon à eau. Aussi, les forces de l’ordre ont procédé à des interventions musclées pour opérer des arrestations parmi les manifestants. Larmes aux yeux, sous l’effet du gaz, des étudiants scandaient : «Nous ne sommes pas des terroristes ! Pourquoi vous nous faites çà !» « Prenez mon frère, ce mouchoir est imbibé de vinaigre. C’est la seule solution, en cas de jets de bombes lacrymogènes », nous suggère l’un des étudiants. Un autre criait au travers d’un mégaphone, juste en bas de la clinique des brûlés, «Arrêtez le gaz, vous dérangez les malades !»

Le monde universitaire s’oppose «aux 4 B» maintenant
En marchant vers la Grande-Poste, les étudiants scandaient des slogans hostiles à Bensalah, Bedoui, Belaïz et Bouchareb, communément cités sous «4 B». Les manifestants revendiquent une transition qui passerait « par le peuple » comme le laissaient dire les discussions engagées sur place par des groupes d’étudiants. C’est-à-dire, une période de transition «sans les anciennes figures », a-t-on appris de la bouche de l’un d’entre eux. À proximité de l’esplanade de la Grande-Poste, un autre affirme : «Les étudiants sont engagés à poursuivre leur mobilisation, à sortir tous les mardis et les vendredis, jusqu’à l’application de l’article 7 de la Constitution.»
Mohamed Amrouni