Ramadhan à Constantine : gaspillage pour les uns, strict minimum pour d’autres

Comme chaque année, le mois sacré du Ramadhan est synonyme de grosses dépenses pour beaucoup de citoyens, qui se plient très souvent en quatre pour essayer d’assurer une table bien garnie durant toute sa durée.

Si certaines familles peuvent se permettre des excès en déboursant des sommes astronomiques, la grande majorité des foyers fait avec ce qu’elle a entre les mains et doit bien souvent s’endetter pour assurer le minimum de surcharges financières que sollicite la période du jeûne. Aussi, les familles qui ont l’habitude de se regrouper à plusieurs durant ce mois pour jeûner ensemble, arrivent à s’en sortir du fait que chacune apporte sa contribution pécuniaire lorsque ce n’est pas un apport matériel. Mais, il y a l’autre partie, celle qui ne jouit que d’une seule rentrée d’argent ou quand celle-ci est assez modeste, contrainte de se débrouiller seule en s’endettant. Pour pouvoir trouver une source d’argent sous forme de prêt, il n’y a, malheureusement, que deux possibilités, à savoir le mont de piété (BDL), où les citoyens peuvent gager leurs bijoux en contrepartie d’un prêt d’argent selon la quantité, la nature et la durée de dépôt des joyaux engagés, et les usuriers, une espèce qui a pratiquement disparu, qui vous avancent un peu de pognon contre des intérêts plus ou moins abordables. Du côté de la banque prêteuse, on n’accepte que de l’or poinçonné et, pour l’or dit « de casse », il existe certains bijoutiers ou des particuliers, qui prennent tout ce qui a une valeur en compensation de quelques billets. Ces gens-là, on les rencontre souvent traînant du côté de Rahbet Essouf, où ils attendent d’éventuels clients à la recherche d’un peu d’argent frais. La nouveauté, cette fois, réside au niveau du taux de prêt, qui est de l’ordre de 1.000 DA par gramme d’or poinçonné et qui a doublé relativement l’année passée, où il était de 500 DA aux guichets de la BDL. D’ailleurs, beaucoup de gens ont saisi cette opportunité pour déposer plus de bijoux que d’habitude et ainsi avoir une meilleure somme d’argent. Pour B. Zohra, mère de famille avec quatre enfants et dont le mari n’a qu’un faible revenu : «chaque année, que ce soit pour le Ramadhan ou les fêtes de l’Aïd, El-Fitr ou El-Kébir, je m’en remets au mont de piété. C’est l’unique moyen pour moi de m’en sortir, car personne dans ma famille ou dans celle de mon mari ne veut nous aider, bien que la plupart d’entre eux soient aisés. Grâce à mes bijoux acquis lors de mon mariage, j’arrive à joindre les deux bouts et, comme cela, je n’ai pas à aller quémander à droite ou à gauche. Par la suite, je mets un peu d’argent de côté, chaque mois, pour récupérer ce que j’ai de plus cher. Dieu merci, il y a cette banque-là.» Du côté des usuriers, c’est différent, mais il faut reconnaître qu’énormément de gens, qui n’ont pas d’autres alternatives, préfèrent opter pour cette direction que d’aller vendre leurs biens. C’est le cas de M. Brahim, père de famille, chauffeur de bus et qui, pour subvenir aux besoins d’une famille nombreuse, se fait prêter de l’argent auprès d’une usurière, qu’il connaît avec un taux d’intérêt de 2.000 DA pour 10.000 DA, mensuellement. Il dira à ce sujet : «Nombreux sont ceux qui, comme moi, se tournent vers cette solution pour avoir un peu plus d’argent, afin de pouvoir tenir le coup face aux nombreuses exigences du mois de Ramadhan. Car, il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas que la bouffe, il y a aussi les vêtements de l’Aïd pour les enfants. Personnellement, je préfère faire des sacrifices au niveau des repas que de priver mes gosses de l’Aïd.» D’ailleurs, il semble que le nombre de ces prêteurs occasionnels a sensiblement diminué au cours de ces dernières années. Très souvent, une reconnaissance de dettes, un objet de valeur ou tout simplement un contrat moral, généralement, devant témoins, lorsque les deux parties se font confiance, suffisent pour que le prêt se finalise. Cependant, il existe parmi les gens ceux qui n’hésitent pas à brader des choses de grande valeur uniquement pour se payer un Ramadhan tout en couleurs, avec une somptueuse table, des soirées burlesques avec sorties coûteuses… alors que ce n’est que l’affaire d’un mois, qui ne dure que le temps, qu’auront duré les précédents Ramadhans, avec leurs lots de satisfactions et de voracité.
Mâalem Abdelyakine