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Présent de ressortissants sahraouis dans l’avion militaire qui a crashé à Boufarik : Le délire de la presse du Makhzen

En voilà, en période de disette politique, des anecdotes qui prennent l’ampleur d’un évènement majeur. Alors que l’Algérie, consternée par le crash le plus meurtrier de son histoire, pleure encore ses morts, la presse marocaine se donnait à cœur joie de «dénoncer» non pas la présence de Sahraouis dans l’avion algérien, mais d’officiers et de combattants du Front Polisario. Ne restait que tirer la conclusion de ces détails.

En réalité, le transport de Sahraouis dans les avions algériens a toujours constitué un geste humanitaire de secours et de profonde humilité consenti envers un peuple colonisé. La trentaine de Sahraouis qui étaient présents dans l’avion étaient des mamans en soins à Alger, des enfants les accompagnant et des étudiants. C’est tout à l’honneur d’un pays comme l’Algérie d’ouvrir ses portes à un peuple colonisé, de permettre au simple soldat de marcher sur le tarmac d’un aérodrome et de prendre place dans un prestigieux avion militaire de type Iliouchine ; c’est aussi tout à l’honneur de l’Algérie de permettre aux jeunes étudiants sahraouis de s’inscrire dans les meilleures universités algériennes, en attendant la décolonisation. Ce qui est honteux par contre, c’est de savoir que ces enfants et ces femmes morts dans le crash auraient pu se retrouver, n’était-ce la colonisation marocaine, sur le sol, dans leurs terres, avec leurs familles, chez eux, et non pas réfugiés dans un pays voisin, par la faute d’un autre pays voisin.
Il est vrai, dans l’imaginaire des Marocains, que Sahraouis est synonyme de Front Polisario, mais c’est là l’effet pervers de plus de quarante années de matraquage médiatique ininterrompu de la part de la presse du Makhzen. C’est la tentative de conditionnement d’un peuple, qui est loin d’être dupe, sur la menace sahraouie et sur les droits inaliénables des terres sahraouies pour Rabat. Alors que dans les faits, la réalité est très amère: le Maroc constitue le dernier pays colonisateur dans tout le continent africain.
Le transport gratuit des Sahraouis sur les avions algériens est matière à mérite et à satisfaction. Ce n’est un secret pour personne que l’Algérie fait don aux Sahraouis de toutes les possibilités de vivre en dignité en attendant de vivre chez eux. Dès l’annonce du crash, un communiqué du FP annonçait : « Parmi les passagers de l’avion, il y avait trente patients sahraouis et leurs accompagnateurs, dont des hommes, des femmes et des enfants. Ils étaient de retour d’une période de soins dans les hôpitaux algériens ». La présence de ressortissants sahraouis dans l’avion n’a pas été ébruitée malencontreusement, mais a été annoncée par le chef du FLN, parti majoritaire, comme par d’autres sources, avec la dignité et la sérénité qu’exigeait le contexte. Rabat, par le biais de certains de ses journaux les plus en vue, accusait le jour même l’Algérie de transporter des soldats de l’armée sahraouie dans le cadre de son redéploiement, cette armée sahraouie que Rabat accuse d’avoir violé la zone tampon de Gerguerat, que le royaume alaouite revendique comme faisant partie intégrante du «territoire marocain».
Au lieu de compatir, ou, à défaut de garder le silence et la dignité, la presse marocaine pavoisait presque : «Crash d’un avion militaire algérien : Une vingtaine de cadres du Polisario parmi les victimes», titrait le journal électronique «Yabiladi», alors que le site « 360ma » annonçait «36 polisariens ont péri dans le crash de l’Iliouchine II-76, un appareil de transport de troupes appartenant à l’armée de l’air algérienne», en prétendant qu’une réunion devait se tenir dans l’après-midi au siège du ministère de la Défense avec des «membres de la hiérarchie militaire du voisin de l’Est».
Loin de ces animosités perverses et indignes, de surcroit dans des moments de douleur, il y a juste à rappeler un évènement pour constater que l’Algérie a toujours su garder raison envers son voisin de l’ouest : lorsque la région de Mohammadia, dans la région administrative de Casablanca-Settat, avait été secouée par un tremblement de terre, l’Algérie avait même ouvert la frontière, pour acheminer des cargaisons entières de produits alimentaires et du gaz au profit des Marocains.
Deux images illustratives d’un comportement politique qui sait transcender les querelles. Ou qui ne le sait pas…
F.O.