Poutine appelle les Européens au «bon sens»

Le président russe Vladimir Poutine a appelé lundi au «bon sens» les Européens, qui ont menacé Moscou de nouvelles sanctions dès cette semaine pour son implication présumée dans la crise ukrainienne. «J’espère que le bon sens va prévaloir (…) et que ni nous, ni nos partenaires n’allons provoquer de dégâts avec ces piques respectives», a-t-il déclaré, cité par les agences russes, lors d’une réunion dans l’Extrême-Orient. La menace de nouvelles sanctions, ainsi que la poursuite des combats en Ukraine, continuait de peser lundi sur les marchés financiers russes, déjà ébranlés en fin de semaine dernière par les accusations de plus en plus nombreuses d’intervention militaire russe en Ukraine et la crainte d’une guerre ouverte d’ampleur entre les deux pays. Le rouble, tombé vendredi à un niveau jamais vu face au billet vert, s’est enfoncé lundi, le dollar montant jusque 37,46 roubles. L’euro a de son côté franchi le seuil des 49 roubles pour la première fois depuis début mai et a atteint 49,23 roubles. «Le marché reste focalisé sur les risques géopolitiques», ont constaté les analystes de VTB Capital. «Il est clair qu’un tel environnement assombrit les perspectives à court terme». La chute de la monnaie russe menace d’accentuer l’inflation, déjà à plus de 7% en raison de la crise ukrainienne. La hausse des prix devrait en outre être dopée par l’embargo décrété par Moscou sur la plupart des produits alimentaires des pays qui la sanctionnent. Les indices boursiers moscovites évoluaient en ordre dispersé: vers 10H00 GMT, l’indice Micex (libellé en roubles) gagnait 0,05% mais le RTS (en dollars) reculait de 1,07%. Ils avaient chuté jeudi et vendredi, les investisseurs se préparant au Conseil européen du week-end et à l’éventuelle annonce de nouvelles sanctions contre l’économie russe, déjà au bord de la récession. Les Européens ont finalement temporisé, donnant une semaine à la Russie pour changer de cap, alors que se multiplient les accusations d’intervention militaire russe dans l’est de l’Ukraine. Le ministre russe de l’Economie Alexeï Oulioukaev avait prévenu la semaine dernière que Moscou avait déjà préparé des mesures de rétorsion contre les Occidentaux en cas de nouvelles sanctions, en plus de l’embargo alimentaire qui prive les agriculteurs européens d’un important marché. La Russie n’a pas l’intention de «claquer la porte», mais va «défendre son économie (…) et tirer les conclusions des actes de nos partenaires», a estimé lundi le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. L’escalade des sanctions a provoqué d’importantes fuites de capitaux et limite l’accès de certaines entreprises, dont les grandes banques publiques, aux marchés financiers occidentaux. La baisse de la monnaie et l’incertitude économique commence à peser sur la consommation. Le gouvernement prévoit officiellement une croissance de 0,5% cette année, après 1,3% l’an dernier, mais un responsable du ministère des Finances a estimé la semaine dernière qu’elle serait plus probablement quasi nulle. Dans tous les cas, on est loin des taux de croissance de 7% à 8% qui ont caractérisé les deux premiers mandats de Vladimir Poutine au début des années 2000. En revanche, l’industrie soutient l’activité notamment parce qu’il faut remplacer localement la production importée jusqu’alors d’Ukraine. «Dans l’ensemble, l’industrie russe se montre étonnamment résistante face aux vents contraires», a estimé Alexandre Morozov, chef économiste chez HSBC, dans une note publiée lundi. Selon lui, la substitution des importations pourrait soutenir la production à court terme mais une telle politique augmente traditionnellement les coûts à long terme et pèse sur la consommation et donc sur l’économie.

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