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POLITIQUE SOCIALE : Guerre à l’emploi non déclaré

Le phénomène du «travail non déclaré ou dissimulé», qui a fait son irruption dans le paysage économique et social algérien à la faveur des mesures libérales mises en œuvre dans les années 1980 et 1990, a pris, depuis, des proportions telles qu’il est devenu un véritable obstacle à la relance économique engagée par le gouvernement.

On comprend que le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Youcef Cherfa, principal concerné, affirme vouloir lui mener une lutte sans merci. Dimanche, à Béjaïa, lors d’une visite dans cette wilaya, il a «plaidé fortement» dans ce sens, a-t-on appris. Il rappelle que le travail non déclaré ou dissimulé porte préjudice autant aux travailleurs, qu’aux caisses de sécurité sociale qui se trouvent ainsi privées de cotisations. L’impact négatif sur la santé financière des caisses de sécurité sociale est systématiquement avancé comme argument de lutte contre le travail non déclaré. « Tout le monde y perd y compris la caisse de retraite », a confirmé le ministre qui a cité deux pistes d’action en termes de lutte : la multiplication des contrôles et la sensibilisation des chefs d’entreprises ou des porteurs de projets. Mais aucune indication précise n’a été fournie ni sur le nombre de travailleurs non déclarés ni sur les activités touchées. Les données publiées dans les médias ou les ouvrages consacrés à l’économie nationale, à partir de déclarations de dirigeants syndicaux ou d’experts, montrent une évolution inquiétante de ce phénomène. En 1996, l’ancien secrétaire général de l’UGTA, feu Abdelhak Benhamouda, révélait que «sur les 7,5 millions de travailleurs permanents et temporaires, dont 4,5 millions structurés et permanents, seuls 1,5 million sont déclarés à la sécurité sociale». Travail non déclaré et économie informelle sont montés crescendo de pair, l’un alimentant l’autre. Selon des sources diverses et crédibles, en 2009, près de 41% de la population active était constituée d’occupés occasionnels. Plus de la moitié des emplois n’étaient pas déclarés à la sécurité sociale. Ce taux était respectivement de 80%, des 2 376 000 indépendants, et 70%, des
3 101 000 salariés non permanents, d’après les mêmes sources. En 2018, le président de la fédération nationale des travailleurs de la sécurité sociale (FNTSS) a estimé à près de 6 millions, le nombre de travailleurs qui n’étaient pas déclarés.
La même année, dans la seule wilaya d’Oran, une opération de contrôle menée par la CNAS en collaboration avec l’inspection du travail, sur 2 121 entreprises publiques, privées et étrangères exerçant dans différents secteurs économiques, a enregistré 2 514 travailleurs non déclarés par leurs employeurs. La non-déclaration des travailleurs auprès de la CNAS touche principalement des entreprises privées exerçant dans les domaines du bâtiment, des travaux publics et de l’hydraulique (BTPH), a-t-on précisé. Dans ce secteur, les pratiques frauduleuses se révèlent malheureusement trop tard, quand l’accident mortel frappe le travailleur non déclaré. Combien, parmi les travailleurs qui sont tombés des échafaudages -morts ou blessés graves- n’étaient pas déclarés et, donc, pas assurés? Dans cette situation, le rôle de l’inspection du travail est primordial. L’Algérie continue de s’enorgueillir de son système de sécurité sociale qui «fait partie de l’environnement immédiat du travailleur et de sa famille». «Depuis l’indépendance du pays en 1962 jusqu’à nos jours, le système  national de sécurité sociale a connu un développement intense et continu. De grandes améliorations ont été enregistrées, parmi  lesquelles nous citerons  notamment  la tendance à la généralisation de la protection sociale par son extension à de larges catégories de la population et la simplification des procédures  pour l’ouverture des droits », peut-on lire sur le site du ministère du Travail, à propos de «politique nationale et législation de la sécurité sociale ». Mais si la tendance de la pratique du travail non déclaré persiste, les acquis et les avancées vont finir par s’évaporer.
M’hamed Rebah