Turfistes Carroubier

Pari Mutuel Urbain Le tonneau des Danaïdes de la SCHPM

Faisant suite à nos deux précédentes éditions (lire Le Courrier d’Algérie des mercredi 9 et lundi 14 janvier passés), cet article tentera, tant bien que mal, de cerner les contours des détournements et autres malversations que connaît la direction du Pari mutuel urbain relevant de la SCHPM et surtout pourquoi l’impunité est devenue une règle tacite afin d’épargner, voire même, préserver les cadres et agents indélicats au point où cette pratique risque de se voir démocratiser. Se basant uniquement sur les documents en notre possession, nous nous interrogerons, dans les lignes qui suivent, sur le fait que les directeurs généraux successifs de la SCHPM ont toujours protégé des cadres de cette structure jusqu’au point de rupture, c’est à dire jusqu’à ce que le pot-aux-roses prenne des allures de scandale public.

Depuis la promotion, de Karim Cheriet, à sa tête, en date du 12 janvier 2002, la direction du PMU de la SCHPM est entrée dans sa phase la plus critique et la plus préjudiciable aussi bien à cette entreprise publique qu’aux nombreux parieurs, ces turfistes dont l’amour du cheval n’a d’égal que l’insouciance des différents DG passés par la boîte pour son développement. Des amoureux du cheval et du jeu qui continuent cahin-caha à miser leur argent pour tenter de trouver la combinaison gagnante dans des courses à quinté ou quarté aléatoires puisque la plupart des bons tickets trouvant la bonne série sont soit joués a posteriori, une fois l’arrivée connue, soit le fait du hasard. Et dans ce cas, les statistiques ne sont pas reluisantes. Combien sont-ils, ces anonymes, à avoir décroché le sésame en empochant une somme dépassant, à titre d’exemple, les 50 millions de centimes? Peu ou prou. Les lauréats sont souvent à chercher parmi les copains et les coquins quand ce ne sont pas des employés de la SCHPM qui traficotent avec certains buralistes malveillants (le cas d’un « commissaire de course » est édifiant à ce sujet et que nous évoquerons dans une prochaine édition) pour arrondir généreusement leurs fins de mois.
Mais où va donc l’argent des parieurs, qui constitue la seule et unique recette de la SCHPM? Examinons la structure de cette recette pour y voir plus clair. En brut, il faut compter le prix des carnets de jeu, les dotations des propriétaires, le timbre fiscal, les frais de sécurité et des buralistes, et la quote-part revenant à la SCHPM ainsi que l’argent des gains des parieurs. Une fois toutes les charges défalquées, 35% de la recette nette iront à la SCHPM et 65% aux gains des parieurs. Schématiquement, sur une recette brute de 300 millions de centimes, les charges représentent près de 96 millions, la SCHPM encaisse quelques 71 millions tandis que les parieurs empocheront pas moins de 133 millions. Mais souvent, il arrive qu’une « banqueroute » survienne au cours de plusieurs journées de jeu au niveau du PMU. Ce cas de figure est une conséquence du solde négatif du compte « fort centime » qui est supposé être un fonds de roulement à même de renflouer notamment les gains des parieurs et les allocations des propriétaires de chevaux de course. Il est appelé » fort centime » du fait que lorsque les gains des parieurs sont arrondis, les centimes apparus dans le calcul des rapports atterrissent dans ce compte. Ce qui signifie que ce compte doit être en permanence à flot, ce qui n’est pas le cas depuis l’arrivée de Karim Cheriet à la tête du PMU. Comment est-ce possible que le compte  » fort centime » soit négatif? L’astuce consiste à vider ce compte lors d’une course où le gagnant est connu à l’avance car faisant partie des copains et des coquins. Ainsi, donc, le solde du  » fort centime » est rajouté aux gains des parieurs afin de gonfler les rapports du quinté et du quarté sur une course donnée et permettre à l’heureux « lauréat » d’empocher un pactole consistant. Néanmoins, pour les jours suivants, les recettes des parieurs sont imputées afin de remettre à flot le compte « fort centime » et par conséquent, le rapport des courses suivantes sera à la baisse. C’est la raison pour laquelle il arrive que la combinaison gagnante d’une course servant de support à un quinté est très difficile à trouver, sauf que le rapport est dérisoire. Ceci s’explique par le fait que le montant de la recette allouée aux gains des parieurs a été imputé soit au profit du compte « fort centime » soit pour aller ailleurs. Même chose lors des « cagnottes » où des sommes importantes sont puisées des recettes allant aux parieurs pour être distillées on ne sait où. Vu sous cet angle, on comprend mieux pourquoi Karim Cheriet, le directeur du PMU refuse l’installation d’un logiciel comptable sécurisé pour le calcul des rapports des gains des parieurs. Cette direction continue de fonctionner avec un système Excel comme les petites gargottes du coin. D’ailleurs cette façon de faire de ce responsable a connu un précédent grave en septembre 2002, à peine quelques mois après l’installation de Cheriet à la tête du PMU. Plus exactement, lors de la journée PMU 219 du 14 septembre 2009 lorsque la quote-part des gains des parieurs était de 1 379 129,00 DA alors que la répartition effective était de plus de 1 644 685,00 DA ; ce qui signifie que le compte « fort centime » a été sollicité pour près de 265 558,00 DA pour voler au secours du PMU. Mais pourquoi donc, cette gymnastique comptable, qui n’a pas lieu d’être? Tout simplement, parce qu’un ticket gagnant portant le numéro 385 624 de la série « M » d’un montant de 939 655,00 DA a été comptabilisé à l’agence de M’Sila. Mais, où est donc, le problème dans cette histoire? Le problème est que cette série de carnets de jeu dont le ticket gagnant en question ne devait pas se trouver à M’Sila mais à El Eulma où ils n’ont été envoyés que le 19 septembre 2002, soit 5 jours après le jackpot de plus de 90 millions de centimes. Les feuilles de relevés de carnets de jeux ont été, a posteriori, falsifiées maladroitement à la main pour faire apparaître que la destination des carnets était effectivement M’Sila alors qu’en bas de feuille, le cachet de l’agence d’El Eulma est bien visible. Autre mystère, le gagnant, demeurant à Bab Ezzouar, a été payé par un… chèque barré (BEA n°2834669), une première dans les annales du PMU. Suite aux conclusions d’une enquête interne décidée par la direction générale de la SCHPM, Karim Cheriet est déchargé, en date du 14 décembre 2003, de son poste de directeur du PMU, rétrogradé et muté à la direction des courses, au motif d’essai non concluant. Le 28 mai de la même année, il est suspendu de ses fonctions, une suspension qui sera levée deux mois plus tard, assortie, cependant, d’une autre rétrogradation au poste de simple chef de service pour se voir finalement signifier, par la commission de discipline, un licenciement pour abandon de poste, en date du 4 novembre 2003. Licenciement confirmé par jugement du tribunal d’El Harrach le 19 avril 2005. Réintégré le 11 septembre 2006, par le nouveau DG de cette époque, M. Bouallit, il se voit propulser, malgré son dossier administratif et disciplinaire, directeur du PMU par intérim le 5 juin 2007 et nommé cadre dirigeant en date du 1er août 2007. On prend les mêmes et on recommence! N’empêche, Karim Cheriet va récidiver ce qui lui vaudra, le 1er juin 2010, un autre licenciement pour faute grave, sans indemnités ni préavis avec dépôt de plainte au niveau de la justice dans ce qui est appelée l’affaire des 400 millions.
Pour aborder cette affaire, il faut remonter à plusieurs mois avant cette mesure disciplinaire. Par sa passivité incroyable qui cache pas mal de choses en fait, Karim Cheriet laissait s’accumuler sur son bureau ce qu’on appelle les fiches de décomptes qui englobent le montant des enjeux sur les paris, les charges inhérentes, la quote-part des gains des parieurs et la comptabilité journalière du PMU. Ces fiches censées être quotidiennement consignées par la direction du PMU juste après l’arrêt des paris, rendant ainsi définitive l’exactitude du calcul des gains des parieurs, traînaient plusieurs mois sur le bureau de Cheriet sans avoir été validées ni transmises à la direction des finances et de la comptabilité. Ainsi, toutes les spéculations sont ouvertes et les falsifications rendues possibles à cause de cette « négligence » du directeur du PMU. Un trou de 400 millions sera découvert à la suite de cette faute professionnelle grave. En fait, une fiche non signée et non transmise à la direction des finances et de la comptabilité est sujette à falsification. Ce qui a conduit le chargé de l’élaboration de ces fiches, collaborateur immédiat de Karim Cheriet, en complicité avec le chef d’agence du Caroubier, agence mitoyenne au bureau du DPMU, de procéder à la falsification de ces fiches de gains, tout en veillant à transmettre une fiche exacte du premier décompte aux services du 4ème volet du PMU aux fins de corroborer les gains annoncés initialement. Le gonflement des gains implique la collaboration de certains buralistes indélicats pour faciliter le paiement des gains faussement déclarés. Dans cette affaire, le directeur du PMU a été contraint par La direction générale sous la conduite de M. Hadji, de prendre ses responsabilités et de recourir à la justice. Une plainte sera alors déposée à l’encontre du chef d’agence incriminé et du proche collaborateur de Karim Cheriet. Les coupables seront finalement condamnés à deux années de prison ferme avec versement de 400 millions de centimes au profit de la SCHPM. Ces fonds n’ont, à ce jour, pas été récupérés par la SCHPM. Par la suite, une autre plainte sera déposée par la Direction générale contre Karim Cheriet. Après le départ de Hadji Farid et son remplacement par Retiti Mohamed en 2012, cette plainte n’a pas connu de suite. L’avocat de la société ne s’étant jamais présenté à aucune audience soit au niveau du tribunal soit à la cour de justice. Cette bienveillance du nouveau DG Retiti et sa mansuétude, pas désintéressées du tout, conduiront à une autre réintégration « à l’amiable » de Karim Cheriet à la SCHPM. Cette pratique est monnaie courante à la SCHPM, les gestionnaires bafouant la loi et la réglementation à leur guise. L’actuel DG de la SCHPM, Othmane Benslimane, n’est pas en reste, loin s’en faut. Le maintien de Cheriet à ce poste névralgique est une preuve que la future gestion de cette société ne dérogera pas aux règles et sera semblable sinon pire que les précédentes. Actuellement, Cheriet sert de missi dominici à l’actuel directeur général, en sillonnant le pays pour essayer de convaincre les travailleurs de soutenir le nouveau « patron ». À la SCHPM, tout le monde connaît la crédibilité du directeur du PMU ; ce qui laisse penser que cette tentative de soutien à l’actuel DG est sûrement vouée à l’échec. Le ras-le-bol des turfistes et autres parieurs, pourvoyeurs de fonds de cette société traduit aisément le malaise dans lequel se débat la SCHPM. Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche vient d’être rendu destinataire, le 21 janvier courant, d’une lettre adressée( que nous reproduisons in extenso en encadré) par un groupe de parieurs de la capitale pour examiner de plus près la mauvaise gestion du PMU. Le manège est compris par les parieurs. Les bonnes décisions tardent à venir.
(À suivre)
ALI DOUIB