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Nucléaire iranien : L’Allemagne exhorte Téhéran à respecter l’accord

Le chef de la diplomatie allemande, en visite à Téhéran, a exhorté hier l’Iran à respecter l’accord international sur le nucléaire et à «maintenir le dialogue avec l’Europe», au moment où l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) s’est dite «inquiète de l’augmentation des tensions».

Heiko Maas a lancé cet appel avant une rencontre d’environ une heure avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, qui avait adressé la veille une pique aux Européens en les jugeant «mal placés pour critiquer l’Iran». «Nous avons eu une discussion sérieuse, franche et plutôt longue», a par la suite affirmé M. Zarif, lors d’une conférence de presse commune. «Avec l’Allemagne et l’Union européenne, nous avons un but commun: conserver (l’accord nucléaire), faire cesser les tensions et les conflits dans la région et (permettre) au peuple iranien de bénéficier» des retombées économiques de cet accord, a-t-il ajouté. Alors que l’Iran reproche aux Européens de ne pas être à la hauteur des engagements pris aux termes du pacte conclu à Vienne en 2015, M. Maas a rappelé avant la rencontre que cet accord était «d’une importance capitale» pour l’Europe. «Nous ne voulons pas que l’Iran dispose d’armes nucléaires». Selon lui, l’Allemagne et ses partenaires européens «ont déployé le maximum d’efforts pour remplir (leurs) engagements» aux termes de cet accord, menacé depuis que les Etats-Unis ont décidé de s’en retirer unilatéralement en mai 2018 et de rétablir une batterie de sanctions économiques contre l’Iran. Depuis le retrait américain, l’Allemagne est, avec la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine, l’un des Etats encore parties à l’accord de Vienne. Aux termes de ce texte, l’Iran avait accepté de limiter drastiquement son programme nucléaire, afin de garantir qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme atomique, en échange de la levée d’une partie des sanctions économiques internationales asphyxiant son économie.

«Engagement»
Mais, face aux conséquences du retrait américain, l’Iran a menacé en mai de s’affranchir progressivement de ce pacte à moins que ses partenaires, en particulier européens, ne l’aident à contourner ces sanctions. La République islamique a donné deux mois aux Européens, Chinois et Russes pour «rendre opérationnels leurs engagements en particulier dans les secteurs pétrolier et bancaire». Les sanctions américaines rendent pratiquement impossible la moindre transaction internationale avec une banque iranienne et de récentes mesures prises par Washington visent à empêcher totalement l’Iran d’exporter son pétrole, première source de recette pour l’Etat.
Sans réponse satisfaisante de ses partenaires d’ici au 8 juillet, l’Iran a menacé de cesser d’observer les restrictions consenties «sur le degré d’enrichissement de l’uranium», et de reprendre son projet de construction d’un réacteur à eau lourde à Arak (centre) mis en sommeil conformément à l’accord de Vienne.
Hier, l’AEIA s’est inquiétée de cette «augmentation des tensions». «J’espère qu’on pourra trouver une façon de (les) réduire (…) par le dialogue», a déclaré son directeur général, Yukiya Amano, à l’ouverture de la réunion trimestrielle du Conseil des gouverneurs de cette agence de l’ONU basée à Vienne. Alors que les grandes entreprises européennes sont dissuadées de la moindre relation commerciale avec l’Iran du fait du caractère extraterritorial des sanctions américaines, l’UE est apparue jusqu’à présent désarmée pour permettre à l’Iran de bénéficier des retombées économiques que le pays escomptait de l’accord de Vienne. Paris, Berlin et Londres ont lancé en début d’année un mécanisme de troc («INSTEX») censé aider l’Iran, mais celui-ci n’a encore accouché d’aucune transaction.

Missiles balistiques
Hier matin, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, a jugé que les Européens n’avaient jusqu’à présent «pas pu ou pas voulu tenir leurs engagements». Cela «est très regrettable», a-t-il ajouté.
M. Maas, qui s’est rendu auparavant en Jordanie, Irak et aux Emirats arabes unis, avait par ailleurs indiqué vouloir discuter avec M. Zarif du rôle de l’Iran dans la région –que les Européens jugent déstabilisateur, notamment en Syrie et au Yémen–, et de ses missiles balistiques.
Téhéran a opposé vendredi une nouvelle fin de non-recevoir à l’idée défendue par le président français Emmanuel Macron d’un nouvel accord avec l’Iran qui viendrait élargir celui de Vienne en intégrant notamment des éléments qui limiteraient l’activité balistique iranienne ou sa politique de voisinage. «Les Européens sont mal placés pour critiquer l’Iran, même sur les questions qui n’ont rien à voir avec» l’accord de Vienne, a jugé dimanche M. Zarif.
Il a argué que les «politiques de l’Europe» dans la région n’avaient eu «d’autre résultat (…) que de produire des dégâts».
Au Yémen, où Téhéran dit soutenir les rebelles Houthis tout en se défendant de les armer –comme l’en accusent Washington et Ryad–, l’Iran dénonce régulièrement les ventes d’armes françaises, britanniques et américaines à l’Arabie saoudite qui, selon M. Zarif, s’en sert «pour bombarder la population».