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Mesures draconiennes contre la fraude au Bac 2018 : Peut-on atteindre le risque zéro ?

Pas moins de cinq ministères sont en état d’alerte «maximum». Rassurez vous, il n’ y a aucune menace extérieure, mais pour sécuriser, contre la triche, la session du Bac 2018 dont les épreuves débuteront le 20 juin 2018 et pour une durée de cinq jours ; il s’agit, en fait, du ministère de la Défense nationale, de l’Intérieur, de l’Éducation, des Communications et des Tic enfin à un degré moindre celui de la Santé.

Alors peut-on espérer atteindre le risque zéro, et que cet examen se déroulerait dans la sérénité et sans embuches ? En tous les cas, les hautes autorités du pays ont pris conscience du phénomène de la fraude, où tous les moyens ont été mobilisés, sans occulter aussi les sommes colossales déboursées pour la réussite de l’examen phare national. Il va sans dire que le phénomène de la triche en Algérie prend de l’ampleur d’année en année. Phénomène peu étudié en Algérie, la tricherie dans l’éducation et l’université peut paraître marginale, eu égard à la rareté des sanctions juridiques dont elle est l’objet. Aujourd’hui en Algérie, le gouvernement est débordé par la tricherie des élèves pendant les examens. Les écoliers sont largement aidés par leurs amis mais aussi leurs parents, qui ne lésinent pas sur les moyens. Au demeurant, la triche au Baccalauréat existe, et a existé depuis l’institution de ses épreuves et existera tant qu’il y aura un examen à passer. La seule différence qui en caractérisera les annales reste l’ampleur prise ces dernières années et les scandales de fraude qui ont ébranlé ces épreuves. Les sanctions prononcées par la section disciplinaire dans l’éducation et dans l’université sont définies: l’avertissement, le blâme, l’exclusion temporaire ou l’exclusion définitive de tout établissement d’enseignement supérieur ou de l’éducation. Finalement, les dispositions réglementaires visent à prévenir la fraude mais n’en donnent aucune définition. Elles excluent, de surcroît, les situations dans lesquelles les examinateurs, les surveillants et les correcteurs ne peuvent pas apporter une preuve matérielle de fraude aux examens. Par exemple, la fraude au Baccalauréat existe depuis la création de ce diplôme et l’usurpation d’identité organisée à grande échelle était un des moyens utilisés à une période où il était difficile de contrôler l’identité des individus. Aujourd’hui, les nouveaux outils de communication, comme le téléphone portable ou les recherches sur Internet, ont considérablement transformé les moyens de tricher. On peut aussi facilement observer que ce qui est toléré par certains surveillants, comme les déplacements aux toilettes sans être accompagné. Il est toujours utile de préciser que la fraude ne concerne évidemment pas que le seul Baccalauréat. Une récente étude, basée sur la méthode de l’échantillonnage, avait démontré que pendant toute leur scolarité, 80% des élèves avaient triché. La fraude a évolué, les techniques de lutte aussi. Seulement, les possibilités de fraude ont été facilitées avec les progrès techniques et les innovations numériques consécutives (type Smartphone). Un phénomène qui prend d’autant plus d’importance que les sujets sont connus une heure après le début de l’épreuve, quant aux corrigés, ils sont quasiment consultables en temps réel sur Internet. Pour pallier à tout cela, un autre dispositif nouveau a été mis en place cette année, c’est la coupure carrément d’internet durant la première heure des épreuves. En plus une autre dissuasion forte, à laquelle s’est ajouté un décret qui renforce les sanctions lorsqu’un candidat est pris sur le fait et convaincu de fraude. C’est l’interdiction faite de ne pas passer un examen pendant cinq ans. Toutefois toutes ces mesures, dont le coût n’a pas encore été dévoilé, ouvrent une porte pour poser la question d’une réorganisation du Bac. Et le plus important est que l’élève ait appris à tricher dès le primaire et qu’aucune loi sévère permettant d’arrêter ce phénomène à sa source n’a été entreprise. Et quel que soient les moyens logistiques employés, le ministère ne pourra faire face à cela car l’élève trouvera toujours les moyens de les détourner. On le comprend, la question de la triche pose celle de la place et même du rôle du Baccalauréat. Accepter qu’on puisse l’obtenir en trichant est un déni de moralité, de probité et de justice. Il appartient donc à l’éthique de l’École de la République de s’engager avec une grande détermination pour éradiquer ces pratiques fallacieuses. . On a toujours considéré que la triche ça fait partie de la débrouille. . Dans l’absolu, un diplôme est censé refléter le niveau scolaire d’un individu. C’est le moyen de certifier une acquisition de connaissances et un niveau de raisonnement. Les examens sont des épreuves dont le rôle est de déterminer, sinon d’évaluer les aptitudes d’un candidat. Ces filtres sélectifs permettent de comparer la force d’un candidat et le niveau requis pour prétendre à un certain rang dans la société. L’éducation d’un individu est à la fois personnelle et sociale. Le diplôme correspond à l’acquisition de connaissances et de raisonnements. Il reflète un grade scolaire. Sa dévalorisation semble due, d’une part, au manque de sélectivité des examens et, d’autre part, à la confusion entre diplôme et compétence professionnelle. L’urgence aujourd’hui, c’est de faire un bilan général de l’éducation pour pouvoir effectuer une refondation indispensable du système éducatif actuel ayant atteint ses limites et pour suivre l’évolution mondiale de l’éducation à tous les niveaux et rendre enfin la crédibilité à cet examen du Baccalauréat, qui reste, en définitif, le sésame pour l’université.
Mâalem Abdelyakine