Siège UE

Mesures de restriction à l’importation prises par l’Algérie : L’UE se ressaisit et baisse le ton

Le dernier rapport sur l’état d’avancement des relations UE-Algérie, publié avant-hier, laisse croire à une baisse de ton, sinon plus flexible, voire même plus clément, de la part des européens envers Alger. Il y a quelques jours en effet, l’UE a tenté de mettre la pression sur l’Algérie au sujet des mesures de restrictions qu’elle a décidées sur les importations. Une salve de critiques qui lui ont valu une réponse ferme depuis l’Algérie, le tout pour défendre une décision «souveraine» du gouvernement.

«Alger et l’UE vont intensifier le dialogue», se ressaisit l’Union européenne qui annonce une série de rencontres entre les deux parties en vue d’ «analyser de manière conjointe l’impact de ces mesures dans le commerce bilatéral et l’environnement des affaires en Algérie et cherchant des solutions conformes aux termes de l’Accord d’association».
Ainsi, après ses critiques à la limite de la diplomatie, l’UE tempère les ardeurs en affirmant que « les mesures provisoires prises par l’Algérie pour réduire ses importations en raison de difficultés financières ont fait l’objet d’un échange de correspondance entre la commissaire au Commerce et la haute représentante de la Commission européenne et leurs homologues algériens, le ministre du Commerce et le ministre des Affaires étrangères ».
D’ailleurs, plusieurs réunions, entre hauts fonctionnaires concernant les questions d’accès au marché, ont également eu lieu.
Dans le cadre de leurs « priorités de partenariat », adoptées en mars 2017, l’UE et l’Algérie s’engagent à « développer un partenariat stratégique qui consacre leur sécurité énergétique mutuellement bénéfique, et conviennent d’explorer les mesures possibles pour l’accroissement des investissements et des interconnexions électriques en Europe et en Méditerranée», a rappelé la Commission.
Comme pour marquer les bonnes intentions entre les deux parties, l’UE a énuméré dans son rapport les domaines de partenariats susceptibles de hisser la coopération, dont les hydrocarbures, les énergies renouvelables, l’agriculture, ou encore la pêche.
Pour rappel, le différend commercial opposant l’Algérie à l’Union européenne était né des suites des déclarations récentes de la Commissaire européenne du Commerce, Cécilia Malmstrom, devant la Commission des affaires économiques et des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française sur le dispositif algérien de sauvegarde de l’économie nationale. Cécilia Malmstrom a ouvertement critiqué les mesures dites d’encadrement des importations entrées en vigueur depuis janvier dernier, y voyant une atteinte au principe de libre-échange, sinon de l’Accord d’association en vigueur depuis 2005. Ces déclarations ont provoqué un tollé poussant le nouveau ministre du Commerce, Saïd Djellab à appeler Bruxelles à faire prévaloir le dialogue dans ce dossier lancinant. «  Nous sommes prêts à dialoguer et nous avons instauré un dialogue et nous espérons que nos partenaires participent avec nous dans cette transition économique », avait tenu comme réponse le ministre du Commerce. Ainsi, cet appel au dialogue n’est pas tombé visiblement dans l’oreille d’un sourd, puisque Bruxelles se montre désormais plus flexible, voire plus compréhensible à l’égard de la crise que traverse l’Algérie.
Par ailleurs, l’Union européenne a distribué de « bonnes notes » à l’Algérie en ce qui concerne le taux de croissance. Selon le dit rapport, ce taux est resté « relativement élevé » entre 2013 et 2016 malgré la chute drastique du cours des hydrocarbures ». L’exécutif européen a souligné que « le gouvernement (algérien) avait réussi à maintenir des taux de croissance relativement élevés -moyenne de croissance de 3,6% entre 2014 et 2016- grâce au maintien de niveaux de dépenses publiques depuis le début du choc pétrolier ». La Commission européenne a fait remarquer, dans son rapport, que le niveau de dette publique « reste bas » au regard des standards internationaux avec une estimation du ratio dette publique-PIB de 17,7% pour 2017, dont la dette publique extérieur est « négligeable ».
« Le gouvernement maintient sa position de non-endettement extérieur », a-t-elle soutenu. Selon l’exécutif européen, malgré la diminution accélérée des réserves en devises de l’Algérie -le niveau des réserves de change officielles a chuté de 194 milliards de dollars américains fin décembre 2013 à moins de 100 milliards à la fin de 2017- « le niveau actuel reste substantiel ».
Lamia Boufassa