Tabac

Lutte contre le tabagisme et l’intoxication tabagique : Appel à la décentralisation de l’application des dispositions

Pour le professeur Nouredine Zidouni, président du comité multi sectoriel de prévention et de sensibilisation aux dangers du tabagisme, la nouvelle loi qui interdit de fumer dans les lieux publics doit être appuyée par une décentralisation de l’application des dispositions réglementaires. Selon lui, l’effort devrait d’abord tendre à responsabiliser les autorités au niveau régional, afin qu’elles facilitent l’installation d’un comité de prévention au sein de chaque wilaya, et des brigades mixtes chargées de faire appliquer cette loi dans tous les espaces publics.
S’exprimant, hier, sur les ondes de la Radio nationale chaîne III, Zidouni a estimé que la nouvelle loi sur la santé est une percée dans le domaine de la lutte contre le tabagisme et l’intoxication tabagique. Selon lui, cette loi concernant le tabagisme n’est pas semblable aux deux précédentes (1985 et 2001) puisqu’elle est plus précise, notamment, en ce qui concerne les dispositions prises à l’encontre des contrevenants et le montant des amendes fixées, en plus d’être, a-t-il poursuivi, une avancée notable dans la protection des citoyens (non fumeurs) soumis à un tabagisme passif dangereux. Mais pour que cette lutte soit efficace, le responsable a mis en avant la nécessité de décentraliser l’applicabilité des dispositions réglementaire et de responsabiliser les autorités à un niveau régional. « À notre niveau, nous avons tenté de prendre les devants et nous avons soumis un projet d’arrêté interministériel (Commerce, Santé, Intérieur) pour aller vers cette décentralisation, a-t-il déclaré. Pour ce faire, le comité a proposé à ce que l’autorité qui se charge d’appliquer la loi soit au siège de la wilaya en association avec les ministères cités-ci-dessus, outre l’installation de brigades mixtes pour qu’il y ait une application de cette loi dans les espaces publics, a-t-il ajouté. En même temps que d’interdire la consommation de cigarettes dans ces lieux, l’intervenant n’en estime pas moins que les fumeurs devraient pouvoir y disposer d’un espace pour satisfaire leur envie. Une mesure qui, a-t-il noté, reste à être codifiée à travers un décret d’application. Pointant du doigt la SNTA, gérant des milliers d’hectares de cultures du tabac lui permettant d’engranger plusieurs milliards de dinars, ainsi que la présence en Algérie de sociétés mixtes productrices de cigarettes, le professeur Zidouni attire, d’autre part, l’attention sur les dangers que représente pour le pays la présence d’une contrebande activant au service des multinationales du tabac. «Aujourd’hui il ya une double bataille qui est menée sur le plan réglementaire mais également contre les contrebandiers qui sont eux-mêmes encouragés par les multinationales du tabac », a-t-il signalé dans ce contexte. Tout en maintenant et en développant les activités de sensibilisation sur les effets néfastes du tabagisme qui est un enjeu majeur de santé publique, l’intervenant a appelé, par ailleurs, les autorités à combattre avec force cette épidémie sans cesse croissante.
Chiffres à l’appui, il a indiqué que le cancer bronchite atteint 16 à 17 cas pour 100 000 habitants en Algérie, alors que le nombre de maladies cardiovasculaires reste encore plus important. Pour arriver à retarder au maximum l’intoxication tabagique et aider les fumeurs à se débarrasser de ce fléau, il a rappelé que le ministère de la Santé, à travers sa stratégie nationale de lutte contre le tabac est en phase d’augmenter le nombre de consultation d’aide au sevrage tabagique. À une question, par ailleurs, sur le phénomène de vente libre de cigarette aux mineurs, Zidouni propose à ce qu’il y ait des brigades mixtes au niveau de la région locale qui seront chargées de faire pression sur les vendeurs, d’effectuer des contrôles inopinés et réprimander les contrevenants.
Ania Nait Chalal