Louis Bulidon témoigne sur l’essai nucléaire français d’In Ekker, au sud algérien, et accuse les autorités de son pays : «La France a totalement abandonné les victimes»

Dans une tribune publiée hier sur le blog du journal français Mediapart, l’un des témoins oculaires de l’essai nucléaire Béryl, opéré par la France coloniale dans le Hoggar algérien, en mai 1962, dévoile l’ampleur des dégâts, ressentie jusqu’à aujourd’hui, et ses conséquences sur les populations locales.
«L’essai Béryl par la propagation accidentelle de son  nuage radioactif a durablement irradié les populations sahariennes, au premier rang desquelles les touareg du Hoggar mais aussi les populations locales des oasis du sud algérien, du Mali, du Niger et à l’est jusqu’au Tchad», écrit Louis Bulidon, l’un des rares soldats toujours en vie, néanmoins ingénieur en chimie, qui a assisté à cette opération. Du coup, cette déclaration risque d’acculer davantage les autorités françaises d’aujourd’hui et réfléchir au comment «réparer les dégâts» sachant que les victimes algériennes réclament de droit un dédommagement. Récemment encore, le débat a été relancé sur la question à l’occasion de la visite du président français Emmanuel Macron en Algérie. Visiblement rattrapé par sa mémoire, Louis Bulidon apporte en appui à son témoignage des études, récemment menées en France et en Angleterre. Et lesquelles ont démontré selon lui les séquelles du nuage radioactif qui s’était dégagé de l’explosion de la bombe nucléaire sur les enfants et les petits enfants des populations exposées à l’époque aux rayons radioactifs. En plus du témoignage, l’ancien soldat de l’armée française accuse son pays d’avoir abandonné les victimes.
«Après les accords sur l’indépendance de l’Algérie, la France a totalement abandonné les victimes de son programme nucléaire à leur sort d’irradiés vivant sur des sols durablement radioactifs comme ont pu le démontrer les prélèvements sur la végétation  que nous avons effectué mes camarades et moi à l’époque après béryl en nous déplaçant jusqu’aux  frontières du territoire algérien». Plus loin, Louis Bulidon tire le parallèle entre ce dossier mémoriel et la crise d’immigration d’aujourd’hui.
«La France a une dette envers ces hommes et ces femmes, leurs enfants auxquels nous n’avons apporté aucune attention sur leur sort de descendants des irradiés de Béryl», interpelle le témoin français qui attend un geste du président français. «Notre jeune président de la République se doit d’assumer cet héritage de l’époque gaullienne et de notre présence en Algérie  en accueillant dignement cette classe d’immigrés et en leur octroyant sans réserve le statut de réfugiés», conclut Louis Bulidon.
Farid Guellil