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Les restes mortuaires retrouvent leur terre natale après un « exil » forcé de plus d’un siècle : Le repos des guerriers !

Cette (re)mise en terre s’est faite dans un climat empreint d’une indicible émotion. Tout est bien qui finit bien. Après des années d’effort, l’Algérie a réussi la gageure de mettre un terme à l’exil forcé de certains de ses plus anciens combattants qui s’étaient élevés contre l’invasion et les crimes français commis en Algérie dès 1830.

De fait, les restes mortuaires des 24 martyrs de la Résistance populaire rapatriés de France, ce vendredi dernier, ont été inhumés, hier au Carré des Martyrs du cimetière d’El Alia. Le peuple algérien, comme un seul homme, a vibré face à ces funérailles solennelles à la hauteur des sacrifices consentis par ces héros de la première heure. Après un exil forcé de plus d’un siècle, ces derniers ont enfin retrouvé le bonheur de reposer dans « les bras aimants » de cette terre pour laquelle ils ont accepté de leur plein gré de consentir le sacrifice suprême. Plus tôt dans la journée, le cortège funèbre s’est ébranlé à partir du Palais de la culture. Ces héros de la première heure, dont les descendants ne pouvaient sans doute pas s’attendre à un pareil honneur lorsqu’ils avaient décidé de prendre les armes pour s’insurger contre cette criminelle et génocidaire invasion. Ces restes mortuaires, exposés au Palais de la Culture avec tous les honneurs qui leur sont dus, ont par la suite effectué leur parcours final en direction de leur dernière demeure : le carré des martyrs du cimetière d’El Alia. Drapés de l’emblème national, et escortés par un détachement militaire, avec tous les honneurs qui leur sont dus, ils ont fini par être mis en terre, alors que leur escorte militaire leur a rendu un ultime hommage en tirant une vingtaine de coups de fusil. Ces restes mortuaires ont été posés sur des véhicules militaires ornés de fleurs, avant de se diriger vers leur dernière demeure au cimetière d’El-Alia pour y être enterrés aux côtés de leurs frères, enfants, martyrs et moudjahidine de différentes générations, après que la France coloniale leur ait confisquée leur droit naturel et humain d’être inhumés sur leur Patrie Mère. De nombreux citoyens ont préféré graver ces moments historiques, en filmant le cortège avec leur téléphone portable, exprimant à cette occasion leur immense fierté de ces héros qui ont sacrifié leur vie pour libérer la patrie du joug colonial. Au moment des funérailles, en présence du président la République, de hauts responsables de l’État et d’officiers supérieurs de l’ANP, la Fatiha, suivie de « Dou’a » (prières), ont été lues par un Imam à la mémoire des défunts, avant la prise de parole du ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit, Tayeb Zitouni, chargé de l’éloge funèbre. Mettant en exergue, dans son intervention, la valeur de cette journée « mémorable et éternelle » dans l’histoire de l’Algérie, le ministre a loué les sacrifices de ces héros, tombés au champ d’honneur, et salué la démarche noble du président de la République pour le respect de l’engagement et la préservation de la mémoire.
M. Zitouni a passé en revue, par la même, les différentes étapes de la résistance populaire contre le colonialisme français, depuis la révolte de l’Emir Abdelkader, jusqu’à la glorieuse révolution du 1er Novembre, en passant par la résistance d’Ahmed Bey, des Cheikhs El Mokrani et El Haddad ou encore de celle des Ouled Sidi Cheikh. À l’issue de la cérémonie funèbre, le président de la République a offert les drapeaux qui enveloppaient les cercueils contenant les restes mortuaires à des membres des écoles de Cadets de la Nation, dans un geste symbolique qui illustre la continuité intergénérationnelle, en vue de protéger et défendre l’Algérie. Il a déposé, par la suite, une gerbe de fleurs à proximité des tombes des martyrs de la résistance, puis a lu la Fatiha à la mémoire de leurs âmes vertueuses.
Rapatriés vendredi à Alger à bord d’un avion militaire des Forces armées en provenance de France, les restes mortuaires des martyrs avaient été accueillis à leur arrivée à l’aéroport par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors d’une cérémonie militaire. La restitution des crânes des résistants algériens à l’invasion et la colonisation françaises, conservés depuis plus d’un siècle et demi au Musée d’histoire naturelle de Paris constitue une des principales revendications de l’Etat algérien sur la question de la mémoire. La restitution des crânes de ces résistants avait fait l’objet d’une demande officielle de l’Algérie à la France et la question avait été soulevée lors d’entretiens entre les plus hautes autorités des deux pays.
Mohamed Abdoun