Hirak

LES ÉTUDIANTS LORS DU 51E MARDI : « Notre Hirak continue… »

Pour le 51ème mardi de mobilisation consécutif, des étudiants, ainsi que des citoyens de tout âge, ont battu le pavé dans la capitale en réitérant leur détermination de poursuivre leur mouvement jusqu’au «changement total du système».

Un drapeau algérien géant au devant, une procession de centaines de manifestants s’est ébranlée de la Place des Martyrs pour sillonner, entre autres, la Rue Bab Azoun, la rue Larbi Ben M’hidi, l’Avenue Pasteur…
Le mot d’ordre : maintenir la pression jusqu’au bout. « Notre Hirak continue », peut-on lire, en quatre langues (tamazight, arabe, français et anglais), sur des pancartes largement brandies par des dizaines de manifestants. Sur celles-ci on peut déceler, en cinq points, les revendications auxquelles la communauté estudiantine semble fortement attachée.
En premier, on note « la libération immédiate et inconditionnelle des prisonniers d’opinion, des étudiants et des militants du Hirak ». En deuxième, figure les libertés individuelles et collectives : liberté d’expression, liberté de manifestation, liberté de rassemblement…, ainsi que l’ouverture des champs médiatique et politique. Puis vient une troisième revendication : « une transition démocratique à travers une feuille de route consensuelle visant une rupture définitive avec le système ».
La communauté estudiantine exige en quatrième « l’instauration d’un État de droit » basé sur la séparation des pouvoirs et une justice indépendante. En dernier, l’on a insisté sur l’instauration d’un État civil et démocratique, garantissant le pluralisme et la tolérance. D’autres pancartes ont été brandies tout le long de la manifestation à laquelle se sont joints, comme déjà cité, des fonctionnaires, des chômeurs, des vieux, des vieilles… « Tout l’honneur revient aux étudiants, mais nous leurs devons bien un coup de pouce », dira un homme d’un certain âge brandissant une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « madania, machi askaria » un État civil, non militaire). « Nous sommes sortis pour sauver notre avenir », a écrit une manifestante sur la sienne.
« Une presse libre, une justice indépendante, libérez les détenus », peut-on lire sur une autre. « Le peuple veut un changement radical », peut-on encore lire sur une autre. Sur une grande banderole blanche, les étudiants ont écrit : « quand tu saura que tu es prisonnier sans barreaux, tu comprendra la valeur du Hirak ». Les manifestants ont, en outre, scandé une dizaine – les uns habituels, d’autres vont avec l’actualité de la semaine – de slogans. C’est ainsi que la libération de Louisa Hanoune a fait objet de railleries et de doutes de la part des marcheurs. Les uns soupçonnent d’ailleurs une énième manœuvre du pouvoir visant à éteindre la protestation populaire.
Des slogans classiques du Hirak estudiantin (petit frère du Hirak de vendredi, dira un manifestant), on citera : « h’na ouled Amirouche, marche-arrière manwelouche, jaybine el’houriya » (nous sommes les descendants du colonel Amirouche, nous ne ferons jamais marche-arrière. Nous l’aurons, notre liberté) ; « djazair hora dimokratiya » (une Algérie libre et démocratique) ; « koulna el issaba t’rouh » (nous avons dit que le clan cédera le pouvoir) ; « echaâb yourid iskat ennidhame » (le peuple veut la chute du système)…
Hamid F.

« On ne joue pas dans la même équipe… »
La étudiants ainsi que les autres manifestants n’ont pas, comme il fallait s’y attendre, oublié les détenus. Ceux-ci ont eu droit et à leurs pancartes et à leurs slogans. « Libérez les détenus, ils n’ont pas vendu la cocaïne », scandaient, de temps à autre, les manifestants. Les portraits de Karim Tabbou, Fodil Boumala, Brahim Laalami et bien d’autres ont été également brandis. Les manifestants ont en outre repris un thème qui, depuis la rencontre du Chef de l’État avec la presse nationale, est devenu capital : le gaz de schiste. « Le Sud a besoin d’eau, pas de gaz de schiste », peut-on lire sur l’une des pancartes. « Ils (les détenteurs du pouvoir, ndlr) ne veulent pas partir avant d’être sûrs d’avoir tout bouffé », dira un étudiant rencontré sur place. Et s’agissant des débats autour du plan d’action du gouvernement qui se tenaient à quelques dizaines de mètres, à l’Assemblée populaire nationale (APN), le même étudiant dira : « ils (députés et ministres) ne jouent pas dans la même équipe que nous. Nous, nous avons un pays à construire. Eux, ils ont des ventres à remplir ».
H. F.

LOGEMENT SOCIAL
Un sit-in devant l’APC d’Alger-Centre
C’était un peu une – petite – manifestation dans une grande : des dizaines de personnes, brandissant des pancartes, ont tenu un sit-in face au siège de l’APC d’Alger-Centre, d’où passe la marche « de mardi » des étudiants. Et à l’arrivée de ces derniers, tout le monde s’était mis à scander des slogans hostiles au P/APC. La raison ? On pouvait aisément la déceler sur les pancartes brandies. «Mon pays, mon pays, où est mon droit au logement ? », peut-on lire sur l’une d’elles. « Vingt ans d’attente ! Où est mon droit au logement social ?», a-t-on écrit sur une autre ; ou : « Jusqu’à quand se poursuivront les souffrances et la hogra ? ». Encore : « Les habitants d’Alger-Centre sont privés de leur droit au logement social ». Les protestataires assurent qu’ils n’ont que trop attendu en dépit du fait qu’ils remplissent, pour la plupart, les conditions d’attribution de ce type logement.
H. F.