Les acteurs noirs ont-ils trouvé leur place à Hollywood ?

Éternels seconds couteaux à Hollywood, les comédiens de couleur bénéficient aujourd’hui de l’essor du cinéma noir américain marqué notamment par les sorties du Majordome, de 12 years a slave ou encore de La Couleur des sentiments. Un engouement né entre autres grâce à l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche. Sans pour autant bouleverser totalement Hollywood, toujours accusé d’être une industrie très « blanche. » On pensait que La Couleur des sentiments allait changer la donne. Malgré ses quatre nominations aux Oscars (et le prix de meilleure actrice dans un second rôle pour Octavia Spencer) et ses 209 millions de recettes dans le monde, ce film n’a rien changé alors que le cinéma noir américain continue de connaître un nouvel essor depuis quelques années. Oubliés les seconds rôles discrets pour ne pas faire de l’ombre aux héros, les acteurs noirs américains bénéficient aujourd’hui d’un nouvel engouement à Hollywood. Et c’est vers la Maison Blanche qu’il faut chercher l’une des explications à cette nouvelle vague qui prend d’assaut les salles obscures. L’élection en novembre 2008 de Barack Obama, et sa réélection en novembre 2012, a ouvert une nouvelle voie dans la société américaine ainsi qu’à Hollywood. « L’élection d’Obama a été un événement historique capital. Dans la foulée, je pense que le public et les artistes américains ont eu inconsciemment besoin de comprendre comment on en était arrivé là. (…) Moi, en tant qu’acteur, j’ai énormément bénéficié de cet engouement », nous confiait d’ailleurs il y a quelques jours David Oyelowo.

Une industrie trop blanche
« Longtemps, le fait qu’il y ait une ou deux superstars noires à Hollywood a servi de cache-misère. D’excuse pour ne pas donner plus de rôles de premier plan aux types comme moi », a ajouté l’acteur qui incarne Martin Luther King dans Selma sorti le 11 mars dernier. De seconds couteaux, les représentants de la communauté noire à Hollywood sont aujourd’hui des têtes d’affiche médiatisées. Une nouvelle place qu’ils attendaient depuis des années. Un changement de taille, loin pourtant de bouleverser totalement le septième art américain. S’ils ont enfin trouvé leur place à Hollywood, ils restent confrontés à une industrie très – trop- « blanche. »"Les gens à la tête des studios hollywoodiens sont presque tous blancs, c’est un fait. Et c’est pour ça qu’il y a autant de Blancs dans les films : les décideurs ont tendance à embaucher des gens qui leur ressemblent. (…) Il est vraiment temps que les Noirs occupent des postes à responsabilités à Hollywood » explique ainsi David Oyelowo. Un avis partagé par Halle Berry qui est revenue au début du mois de mars sur ses « difficultés à trouver un rôle » à cause de sa couleur de peau. « Lorsque j’avais 21 ans, c’était aussi difficile que maintenant, à 48 ans. Pour moi, c’est la même chose » a confié l’actrice.

Un manque de reconnaissance
« C’est une industrie de Blancs. Tout comme la NBA est une industrie de noirs (…) Où est la grosse agence de relation presse pour noirs? Où sont les gros agents noirs? Où est le gros producteur de films pour noirs? » affirmait pour sa part Chris Rock en décembre 2014.
C’est aux cérémonies de récompenses que se voit clairement le paradoxe existant au sein de cette nouvelle vague du cinéma noir américain. Des films incontournables dans les salles obscures qui manquent pourtant d’une vraie reconnaissance. Preuve en est avec les nominations aux Oscars 2015 qui ont zappé David Oyelowo et Ava DuVernay. Tous les acteurs et actrices présents dans les principales catégories étaient d’ailleurs blancs. « L’industrie du cinéma est comme les montagnes Rocheuses, plus vous êtes hauts, plus c’est blanc » a lancé le militant noir Al Sharpton en janvier dernier. De quoi faire resurgir des accusations de racisme – pas une première – à Hollywood. Absente des nominés à l’Oscar du meilleur réalisateur, Ava DuVernay a choisi de relativiser les choses lors d’une conférence de presse donnée samedi au SXSW Film Festival. « C’était une salle à Los Angeles. Rien d’autre qu’une salle à Los Angeles avec des gens très sympas et bien habillés, a-t-elle confié à propos des Oscars.
C’était bien mais la valeur de mon travail ne se fonde pas sur ce qui se passe dans et autour de cette salle. » Interrogée par un membre du public sur les raisons expliquant pourquoi il avait fallu attendre 50 ans pour que la marche de Selma soit racontée sur le grand écran, elle a conclu : « Les studios ne font pas la queue pour faire des films sur des personnages noirs… »

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