Le patrimoine architectural et urbain hérité de l’époque coloniale tombe en ruine : Ces balcons qui menacent de nous tomber sur la tête…

Les fragments de balcon qui viennent de tomber et tuer un passant viennent –encore une fois- confirmer l’urgence de se pencher sur le vieux bâti datant de l’époque coloniale. Et comme le cœur battant des habitations d’Alger date de la fin des années 1800 et du début des années 1900, il serait d’utilité publique de recenser, immeuble après immeuble, les cas voués à la destruction immédiate, ou, pour le moins, au renforcement des fondations et des balcons. Si selon les experts consultés, certaines bâtisses peuvent atteindre à Alger l’âge vénérable de deux cents ans, voire plus, il est aussi important de tenir compte des éléments exogènes, comme le taux d’humidité, la proximité de la mer, l’absence d’entretien, etc. soit autant de motifs qui diminuent la vie d’une habitation, souvent exposé à un surplus d’occupants. Mais souvent, ce sont les balcons qui constituent la partie fragile de la construction, d’où l’urgence, là aussi, d’y remédier, puisqu’il y a mort d’homme en jeu. Le patrimoine architectural et urbain d’El Djazaïr, hérité aussi bien de l’époque coloniale que turque, tombe en ruine. Depuis quelques années, des cas de chute de fragments des balcons, entrainant morts et blessés ont été enregistrés à Alger, mais aussi à Constantine, Annaba, Oran et Blida. Ce triste constat est d’une réalité plus inquiétante, souvent dans l’insouciance totale des autorités locales, qui ont le devoir de recenser et de marquer au rouge ce type d’habitation qui vient à expiration. Le désintérêt total des autorités locales, premières instances étatiques de proximité à être en principe, au courant des risques urbanistiques de ce type, est à mettre à l’index, à un moment où le tissu urbain des vieux quartiers de la capitale subit de plus en plus l’usure du temps, sans qu’aucune réelle manœuvre de réaménagement n’est était prise, mis à part quelques travaux d’embellissement des façades, notamment au niveau des artères principales d’Alger-centre.
Malheureusement, ces artifices ne servent qu’à maquiller, voire juste camoufler un état d’usure souvent bien trop avancé. Dans certains immeubles du centre d’Alger, l’état d’insalubrité est tel, que l’on en arrive à penser que la bâtisse ne tient que par miracle. En plus des ascenseurs qui ne fonctionnent plus depuis belle lurette, handicap de taille pour les occupants des derniers étages, en particulier les plus âgés, l’on retrouve, dans de très nombreux immeubles de style colonial, les escaliers de marbre en colimaçon dans un état plus que déplorable. Dans d’autres édifices, certes un peu plus récents, mais qui n’ont pas pour autant étaient épargnés par les facteurs humains et naturel, les plafonds tombent littéralement en morceaux sur la tête des habitants, dévorés par l’humidité de gouttières mal entretenues. Les murs, quant à eux, ne sont pas en meilleure forme que le reste, ils suintent l’humidité par tous les pores. Récemment, le Collège national des experts architectes (CNEA), avançait ces chiffres terribles : 45% du parc immobilier national datant de l’époque coloniale est en état d’insalubrité et de dégradation avancée. Ces statistiques viennent contredire le bilan du département de l’Habitat, qui se veut rassurant, en estimant le vieux bâti à seulement 8% au lieu des 45% du (CNEA).
Loin de la guerre des statistiques et du dernier mot, il y a mort d’homme. Donc il y a urgence à trouver la parade…
F. O.