Le constat est alarmant. L’absence du judo algérien ne se limite plus aux grandes compétitions internationales, elle s’étend désormais aux rendez-vous régionaux. Un symbole fort illustre cette régression : alors que l’Algérie participait autrefois à l’Open africain de Tunisie avec une délégation plus nombreuse que celle du pays hôte, elle brille aujourd’hui par son absence totale.
Cette situation suscite incompréhension et colère au sein de la famille du judo national. Pour de nombreux observateurs, ce recul progressif traduit un dysfonctionnement profond au sein de la Fédération algérienne de judo, pointée du doigt pour sa gestion et son incapacité à maintenir la présence algérienne sur la scène continentale.
Dans une discipline où la régularité des compétitions est essentielle pour progresser et accumuler de l’expérience, ne pas participer aux tournois régionaux constitue un sérieux handicap. Les Opens africains ne sont pas de simples compétitions secondaires : ils représentent des opportunités cruciales pour engranger des points au classement mondial, tester les athlètes face à une opposition variée et préparer les échéances majeures.
L’inquiétude est telle que certains n’excluent plus un scénario impensable il y a quelques années : voir l’Algérie absente même de l’Open africain organisé à Alger. Une perspective qui illustrerait un recul structurel préoccupant.
Un nouveau système de qualification plus exigeant
La situation est d’autant plus délicate que les judokas algériens s’apprêtent à entrer, dès le mois de juin prochain, dans la course aux points en vue des Jeux olympiques d’été de 2028, qui se tiendront à Los Angeles, aux États-Unis.
Selon les explications de Zoubida Bouyaacoub, membre du bureau exécutif du Comité olympique et sportif algérien, le système de qualification a évolué. Auparavant, le titre de champion d’Afrique permettait une qualification directe aux Jeux olympiques. Désormais, le processus repose sur l’accumulation de points obtenus lors des Opens africains et des différents tournois internationaux majeurs.
Ce changement complexifie considérablement la tâche des athlètes. La qualification ne dépend plus d’un exploit ponctuel, mais d’une constance sur plusieurs compétitions étalées dans le temps. Elle exige une planification rigoureuse, des déplacements fréquents et une présence soutenue sur le circuit international.
Le poids des contraintes financières
Or, c’est précisément là que le bât blesse. La Fédération algérienne de judo fait face à des contraintes budgétaires importantes qui limitent la participation des sportifs aux tournois internationaux. Ne pas pouvoir inscrire les judokas à l’ensemble des compétitions qualificatives réduit mathématiquement leurs chances d’atteindre le seuil minimal de points requis.
Dans un contexte où les grandes nations du judo multiplient les engagements pour maximiser les opportunités de classement, chaque absence coûte cher. Les athlètes algériens risquent ainsi de partir avec un handicap structurel face à leurs concurrents africains et mondiaux.
Malgré ces obstacles, Zoubida Bouyaacoub a assuré que « tous les efforts seront déployés » afin d’aider le plus grand nombre possible de judokas à décrocher leur billet pour Los Angeles 2028. Une déclaration volontariste qui témoigne de la volonté institutionnelle de redresser la barre.
Cependant, au-delà des discours, le défi reste immense. La préparation olympique ne se limite pas à la dimension sportive : elle suppose un encadrement technique stable, un soutien médical adapté, une programmation internationale cohérente et surtout des ressources financières à la hauteur des ambitions affichées.
Un tournant décisif pour la discipline
Le judo algérien a longtemps été une discipline pourvoyeuse de fierté nationale, avec des performances continentales solides et une présence régulière sur la scène olympique. Aujourd’hui, il se trouve à un tournant stratégique.
Soit les instances parviennent à réorganiser la gestion, mobiliser des moyens et restaurer la confiance des athlètes ; soit le pays risque de s’éloigner progressivement des grandes échéances internationales, au moment même où la concurrence africaine se renforce.
À l’approche de la nouvelle olympiade, l’heure n’est plus au constat, mais à l’action. Car dans le système actuel, chaque tournoi manqué est une occasion perdue. Et pour espérer briller à Los Angeles en 2028, le judo algérien ne peut plus se permettre d’être spectateur.
H. S.












































