Marche des étudiants

LE 23E MARDI DE MOBILISATION CIBLE LE PANEL DE MÉDIATION POUR LE DIALOGUE La réponse cinglante des étudiants

Apportant une réponse sèche au panel de médiation pour le dialogue national que dirige Karim Younès, après les annonces du chef de l’État pour amorcer un processus aboutissant à des élections présidentielles dans le pays, la journée d’hier, le 23e mardi de marche des étudiants, a été l’occasion pour les manifestants de formuler une réponse. Les universitaires étaient une nouvelle fois dans la rue, malgré la période des vacances et un soleil de plomb, pour manifester et également pour dénoncer toute tentative de «négocier avec le pouvoir au nom du Hirak», alors que les détenus sont toujours emprisonnés. À Alger, lieu des principales manifestations, la marche des étudiants s’est déroulée dans le calme entre la Place des Martyrs et la Faculté centrale d’Alger en passant par l’esplanade mitoyenne à la Grande Poste. Comme lors du précédent mardi, ils ont improvisé un rassemblement instantané près de la station de métro de la Place des Martyrs et la station de bus ETUSA afin de débattre de leur mouvement et donner leur propre appréciation. En quête d’un nouveau souffle, vue la période des vacances universitaires et les nombres importants d’étudiants hors-Alger qui devront quitter leurs cités universitaires pour rejoindre leurs domiciles, les manifestants ont lancé un appel aux résidents riverains et passants pour rejoindre la manifestation. Le renfort ne tarde pas à venir, puisque la marche d’hier a été dominée par une présence remarquable des personnes âgées, souvent accompagnées de leurs enfants, d’autres d’un certain âge, ont tenu quand-même à apporter leur contribution dans la mesure du possible vue la grande canicule caractérisant la journée d’hier.
À l’unisson, les étudiants ont réitéré leur appel à la mise en place d’un État civil et le refus de tout dialogue en l’absence de libération des détenus, interpellés lors de précédentes marches des vendredis, pour avoir brandi l’emblème amazigh. À 10h50, et après avoir entonné les chants patriotiques, comme «Min DJibalina» et «Watanni, Watanni», les étudiants ont commencé leur marche de la Place des Martyrs en empruntant la rue Bab Azzoun, en passant par les boulevards Ali Bou Mendjel, Larbi Ben M’hidi et avant d’observer une brève halte devant la Place Émir Abd el Kader.
Les étudiants ont porté sur les épaules, de la place Émir Abd el Kader jusqu’à une distance lointaine de la marche, Benyoucef Mellouk, ex-magistrat, radié pour avoir dénoncé les faux moudjahidine et la mafia politico-financière accompagné systématiquement par un silence judiciaire.
Un important dispositif sécuritaire, appuyé par un hélicoptère de surveillance depuis le ciel algérois, a été mobilisé dans le centre de la capitale, en bouclant notamment les accès vers les édifices de l’Assemblée populaire nationale et le Conseil de la nation et le tribunal de Sidi M’hamed (Abane Ramdane). Les accès à la Grande Poste et le Tunnel des facultés sont toujours interdits pour les manifestants. Les marcheurs ont crié: «Makach hiwar m3a el 3issabate (pas de dialogue avec la bande)», «ya lel 3ar, ya lel 3ar, 3issaba t’koud el hiwar (la honte, la honte, une bande mafieuse dirige le dialogue)», «Makanch Hiwar m3a L3issaba, Karim Younès dégage, dégage ! », «Ya S’hab Lkaskrout, Makanch L’vot !», (oh ! hommes-sandwichs, pas de vote !), allusion aux «opportunistes» qui s’érigent en porte-paroles du Hirak pour négocier avec le pouvoir.
D’autres slogans ont été soulevés comme : «Article 7 : le pouvoir est au peuple», «Makach Hiwar m3a l’3issaba», (pas de dialogue avec la bande), «Une presse libre, une justice libre», «le peuple veut un État civil», «Ya H’na, ya n’touma, Maranach rayhin», (soit nous, soit vous, on ne s’arrêtera jamais!), «Système dégage !»… etc. Ils ont repris ensuite leur marche, en passant par la placette mitoyenne à la Grande Poste pour descendre par le boulevard Khemisti Mohammed, et d’emprunter le boulevard colonel Amirouche. Devant le commissariat de police, sur place les marcheurs observent une pause, en scandant : «libérez les détenus !», «libérez Bouregâa», « quelle honte ! Bouregâa à la prison, alors que Zaâlane est libre ! ». Une référence claire à l’ex-ministre des TP et des Transport, néanmoins directeur de campagne de l’ex-Président déchu, Abdelaziz Bouteflika. En effet, entendu par la Cour suprême dans le cadre de l’affaire Mazouz et du financement occulte de la campagne électorale pour le projet avorté du 5e mandat pour Bouteflika, Zaâlane a été mis en liberté.
Les étudiants ont continué ensuite leur action jusqu’à la Faculté centrale. D’autres ont insisté pour continuer jusqu’à la Place de la Grande Poste, lieu symbolique du mouvement populaire, qui a vu la naissance des premières marches des vendredis dans le pays depuis le 22 Février. Le rassemblement de ce 23e mardi s’est dispersé dans le calme, aux environs de 13H. Mobilisation qui se donne comme prélude donné au rendez-vous au 24e vendredi de mobilisation populaire et citoyen.
Hamid Mecheri