Programme télé ramadan

La polémique sur les prgrammes télé Ramadhan 2018 atterrit à l’APN : Mensonge, kitsch, esprit retors et mauvais goût

Une question orale a été proposée à l’APN concernant les programmes des chaînes de télévisions privées durant le Ramadhan. Le ministre de la Communication est interpellé par la question et devrait répondre au sujet des contenus, très discutables, de ces chaînes depuis le début de Ramadhan.

Selon nos informations, la question est du fait d’un député d’El Binâ, mais plusieurs autres députés de la mouvance islamiste et même nationale, comptent lui emboîter le pas, ne faisant en cela, que confirmer la tendance presqu’unanime de refuser les contenus de certaines émissions très discutables, tant sur le plan de la moralité publique, que sur celui de la probité et de la culture.
No man’s land médiatique
Aussi bien dans la presse écrite, les médias sociaux et même sur certaines chaînes satellitaires étrangères, les programmes produits par les télévisions privées durant ce Ramadhan ont fait désordre. En seulement deux semaines depuis le début de Ramadhan, ces programmes ont fait consensus contre eux, et c’est une des bizarreries de ces chaînes. Insolence, effronterie, bas niveau, caniveau, immoralité, recherche du buzz, tous les mots n’ont pas été suffisants ni très durs pour exprimer un niveau de qualité romanesque, esthétique, moral et intellectuel qui, souvent, à flirté avec le langage du milieu et des adolescents, alternant violence verbale et physique, kitsch, esprit retors et mauvais goût.
Les caméras cachées «Tefret fik» (Dzair TV), «Dar teksar» (Echourouk TV) et «Redou Balkoum» (El Bilad TV)) ont été particulièrement pointées du doigt. «Redou Balkoum» a été même accusé d’être un piètre copié-collé d’une caméra cachée marocaine de Medi 1 TV «Rod ebalek». La chaine de Mohamed Djemaâ a fait des merveilles dans l’effronterie avec «Redou Balkoum», poussant ses amis du Msp à se poser des questions sur la pertinence de ses choix durant ce Ramadhan, entre autres critiques acérées pas bonnes à redire.
La chanteuse raï Cheba Dalila, a sauté de la caméra cachée «Studio teksar» d’Ennahar TV, aux autres chaînes, avec la désinvolture et le langage qui la caractérisent, faisant penser qu’il y avait volonté affichée de promouvoir son profil.

Les chaînes étatiques résorbent le mécontentement
Un autre animateur n’a pas trouvé mieux pour poser une question dans un jeu que celle-ci : »Qui est l’animateur qui a été atteint d’un cancer et qui n’est pas encore mort ? ». Il s’agissait bien sûr de Rayan, mais poser cette question sur un ancien animateur malade est d’une insolence criminelle. Le sujet a fait le buzz et c’est apparemment ce que cherchait la Rastignac de la télévision.
Au final, les plus bénéficiaires de ce tollé général au sujet des ces chaînes ont été les chaines de télévisions étatiques, qui ont trouvé du crédit aux yeux des familles algériennes, jetées, les yeux grands ouverts, dans l’univers des cabarets dès le premier jour de Ramadhan. On est arrivé, avec la nostalgie de l’âge, à rêver des vieilles recettes télévisuelles de l’ENTV, qui réussissait le tour de force de réunir les familles algériennes autour d’un bon film, une belle chanson, une pièce de théâtre savoureuse ou un débat de qualité. On s’en souvient encore, avec un pincement au cœur, des « Au théâtre ce soir », les « Cahiers du cinéma», «Al Hadika as-sahira », « Alhan wa chabab », etc. et l’ENTV clôturait ses émissions avec une musique classique, du Chopin, du Strauss, du Stravinsky ou du Débussy.

Le cabaret s’invite chez vous… malgré vous
Fini tout cela ! Place aux caméras cachées agressives, écrite avec la désinvolture et le mauvais de ceux qui n’en ont pas ; place au mensonge des caméras cachées qui n’en sont pas, puisque plusieurs protagonistes de ces émissions ont avoué par la suite avoir été mis au courant du principe et qu’ils ont seulement « joué le jeu ». Sur le plan de l’éthique, cela porte un nom : le mensonge, la triche. Au final, c’est une insulte au téléspectateur moyen. Pour le lettré et l’intellectuel, c’est une séance de torture, qui ne peut prendre fin que si vous changez carrément de chaînes.
Cheba Dalila, Warda Charlomanti et Benchenet junior ont été les stars de ces caméras cachées, faisant en même temps le buzz, et dire que le concept caché avait été «si tu n’aimes pas aller aux cabarets, les cabarets vont venir chez toi».
Le ministre de la Communication, Djamel Kaouane, a dénoncé, «la violence» de certaines émissions de télévision et a parlé de «manque de créativité». Mais les choses ne sont pas tassées pour autant.
Seule embellie dans un naufrage télévisuel général, la série de sketchs «Dekious et Mekious», réalisée par Abdelkader Djeriou, avec Nabil Asli et Nassim Hadouche, diffusée par Echourouk TV, Dekious et Mekious sont deux anciens chibanis de la vielle école, la langue fourchue, le propos acide et l’œil vif. Le regard savoureux, critique, parfois hypocrite et vilain, qu’il posent sur la société et les gens est délicieux. Des capsules de 7-10 minutes durant lesquelles si vous n’allez pas rire, vous sourirez certainement.

Kitsch et mauvais goût
Hormis quelques très rares émissions qui sortent la tête de ce naufrage, on n’a eu droit qu’au mensonge, au kitsch, à l’esprit retors et au mauvais goût. Pourquoi le kitsch ? Pour les traits dominants faits d’inauthenticité, de surcharge, de mauvais goût ou de médiocrité.
Même si on ne discute pas les émissions incriminées sur le plan de la moralité publique, pendant le mois de Ramadhan, de surcroît, on ne peut taire le côté langagier des expressions, racollant largement dans le lexique du milieu et des ados, ni le côté esthétique, très improbable, ni technique, piètre et de mauvaise facture, ni encore moins le script, qui laisse abasourdi.
Au final, peut-on réellement en vouloir aux concepteurs de ces émissions, dont on connait au moins, le profil ? Les chaînes de télé privées ne produisent pas, ou rarement, ou seulement des couvertures et des plateaux, ce qui est simple et ne requérant pas d’effort d’imagination. Aussi, achètent-elles chez des boîtes de production. La minute se vend au rabais et le film est cédé, en ces temps de disette, à moindre coût. On brade et on solde des scénarios de troisième zone. Tout le monde y trouve son compte. Mais pas la culture, si l’on veut se tenir uniquement au seul paramètre de culture.
Le seul critère de télé divertissement n’est plus valable dès lors que ce divertissement, s’il en fut jamais un, se met en faux avec certaines constantes de la société, de la culture de la nation et des fondamentaux de la nation.
Des toutes sociétés humaines, il est dans mesures qu’il faut savoir respecter. Loin des lois et des restrictions juridiques, cela s’appelle moralité publique
Imad Med Amine