Katy Perry : la star américaine trouble la géopolitique asiatique

Des milliers de jeunes fans qui agitent des tubes fluorescents : Unconditionally, le tube de la star américaine Katy Perry, a reçu un accueil enthousiaste au Taipei Arena le 28 avril. Et pour cause : l’ancienne chanteuse de gospel, vêtue pour cette chanson d’une robe verte scintillante, deux tournesols agrafés sur les seins, s’est spontanément emparée d’un drapeau de la République de Chine (Taïwan), qu’elle a porté en cape tout au long de sa performance. Une double connotation explosive dans le monde chinois. Les fleurs de tournesol de la robe mais aussi du décor faisaient partie de la panoplie de Katy Perry pour le parcours asiatique de sa tournée mondiale, qui l’avait menée à Tokyo, Canton et Shanghaï. Mais elles constituaient une référence (involontaire ?) au « mouvement des tournesols », qui a paralysé pendant trois semaines, il y a un an, le Parlement taïwanais : distribuées aux manifestants, les fleurs géantes devinrent l’emblème d’une jeunesse gardienne de la souveraineté de l’île face à la Chine voisine et aux tractations opaques du Kouomintang (le KMT, au pouvoir à Taïwan) avec son ancien ennemi communiste. La République de Chine (RDC) est prisonnière d’un statu quo délicat, « ni indépendance ni réunification », la Chine populaire s’appliquant à saboter tous ses attributs de souveraineté : Pékin a ainsi poussé le Népal à refuser l’aide de Taïwan pour le séisme du 25 avril.

Pas son premier coup d’éclat
Le drapeau officiel de la RDC est lui, un enjeu de la coexistence fragile entre Taipei et Pékin : initialement associé au KMT, il n’en est pas moins devenu le symbole de ralliement de la génération militante des tournesols. Son interdiction en 2008 dans les environs immédiats de la délégation chinoise, lors de la visite historique à Taipei, de l’envoyé officieux de Chine populaire, par un gouvernement taïwanais soucieux de ménager Pékin, forgea la conscience contestataire des organisateurs des manifestations de l’an dernier. À Taipei, mardi soir, la prestation de Katy Perry a « ému aux larmes » certains de ses fans, a rapporté le Ziyou Shibao (« Liberty Times »), porte-drapeau du camp indépendantiste. La brunette aux yeux bleus n’en est pas à son premier coup d’éclat en Asie : dans L’Interview qui tue !, la comédie satirique de Sony, la révélation de la passion cachée de Kim Jong-un pour Firework, autre tube de Katy Perry, par le journaliste qui l’interroge, finira par faire « craquer » le dictateur nord-coréen, entraînant sa chute et… la démocratisation du pays ermite.

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