Hamid Benamra, l’ovni du cinéma algérien

Il est connu pour ses documentaires de fictions et ses portraits poétiques et philosophiques d’artistes qui débordent souvent dans des œuvres en perpétuelle oscillation entre l’archive et la fiction.
Lui, c’est Hamid Benamra, un cinéaste atypique qui, sans financement aucun, s’impose dans le paysage du 7ème art international. Derrière son calme olympien de maître des arts martiaux et sa bonne humeur à toute épreuve, se cache un cinéaste qui ne se sépare jamais de son outil de travail: flanqué de sa caméra, Benamra filme depuis des décennies, tout ce que son regard croise: plans urbains, représentations de théâtre, conférences, rassemblements culturelles et même les personnalités étrangères de passage en Algérie. Avec sa dégaine de sportif de haut niveau, où qu’il soit convié, Hamid Benamra filme méticuleusement les débats, le public, avant de revêtir son costume d’agent artistique pour placer son film dans un maximum de manifestations cinématographiques. Et c’est grâce à cette « obsession » de tout filmer qu’il est parvenu à se constituer une importante banque d’images d’archives, libre de droit, qu’il exploite dans ses documentaires, dont le dernier en date, « Rêveries de l’acteur solitaire », qui a lui a valu la mention spéciale du jury aux dernières Jca (Journées cinématographiques d’Alger). Ce quinquagénaire, natif d’Alger en 1964, est tombé dans le chaudron du cinéma à l’adolescence. A l’âge de 14 ans, sa mère lui avait offert, en piochant dans « le budget de la marmite familiale » et à l’insu du père, sa première caméra 8mm. Cette même caméra, illustre l’affiche de son dernier film. Sa première oeuvre, « Pour une vie meilleure », Hamid Benamra la réalise en 1981. Elle sera suivie d’une production prolifique de courts métrages: « Un film raté » (1983), « Gros plan » (1984), « Une manière de vivre » (1985) ou encore « Histoire off », en 1989. A 23 ans, il quitte l’Algérie pour la France où il entamera des études de philosophie, d’histoire et de cinéma, un bagage universitaire qui transparaît dans ces deux dernières œuvres, truffées d’images d’archives, cachant derrière chaque séquence une invitation à la réflexion. Dans « Bouts de vies, bouts de rêves » (2012), un portrait du plasticien Mustapha Boutadjine reprenant en filigrane la vie culturelle de l’Algérie des années 1970 et 1980, le réalisateur opère un véritable collage cinématographique faits d’archives et parcouru de poésie, de musique et de petites séquences de tournage.

Zéro financement
Avec « Bouts de vies, bouts de rêves », un documentaire de fiction de 100 mn, le réalisateur signe son entrée dans les plus grands festivals internationaux du cinéma dont les Journées cinématographiques de Carthage (Tunisie), le Festival du film arabe de San Francisco (USA) ou encore les Festival du film panafricain de Cannes (France) et de Los Angeles (USA). Pourtant, cette oeuvre qui a voyagé sur trois continents pendant près de trois ans n’a pratiquement rien coûté à son réalisateur et producteur Hamid Benamra. Et pour cause, avec sa compagne, Stéphanie, poète et comédienne, il a fondé sa propre entreprise de production « Nunfilm », pour échapper aux contraintes du financement. « Réaliser un film sans financement, c’est maîtriser tous les outils de production et être propriétaire de son matériel », explique le cinéaste pour qui le plus difficile est de concevoir un propos cinématographique « original avec une portée politique et historique, toujours », selon sa conception du cinéma. Pour le couple, monter des images et mixer le son, en trouvant un rythme narratif accessible pour « transmettre un message » philosophique et poétique, « n’a pas de prix ». Et le prix se calcule en investissement personnel. Pour les Benamra, la recette, s’avère payante: en consacrant « tout leur temps à travailler pour le public », malgré l’absence de financements, leur cinéma, « dans toute sa liberté », parvient à se faire une place dans les salles obscures. Leur boîte de production s’occupe également de la promotion et de la diffusion des films de Benamra à travers le monde, en misant sur la seule détermination du réalisateur qui se transforme en un redoutable agent artistique à chaque manifestation cinématographique. Résultat, « Bouts de vies, bouts de rêves » a participé, à ce jour, à 19 festivals internationaux.
Toujours avec la même démarche filmique déroutante et incisive, Hamid et Stéphanie Benamra, qui entament à peine la promotion de leur dernier né, travaillent déjà sur un nouveau projet. Provisoirement intitulé « Yolla », leur prochain film est dédié à l’épouse du grand chanteur engagé libanais, Marcel Khalifa, qui a porté les rêves de son compagnon et de leurs enfants, tous musiciens, avant de se lancer, sur le tard, dans une carrière musicale.